QUI ETAIT ANNE CATHERINE EMMERICH ?

La plus grande visionnaire de tous les temps

 

Les Saintes-Maries-de-la-Mer, légende ou réalité?

 

 

"Jésus est né en Provence, entre Avignon et les Saintes-Maries… "


Cette chanson interprétée par Noam dans les années 70 résonnait particulièrement à mes jeunes oreilles. Pourtant Jésus était né à Bethléem ; le doute n'était pas permis ! Mais comment ne pas rêver devant nos crèches provençales à l'approche de Noël ?
Au delà de l'expression artistique, il reste tout de même cette interrogation sur la réalité des Saintes-Maries-de-la-Mer.

Que venaient faire en France (pardon, en Gaule), à nos portes, ces "Maries" contemporaines et proches de Jésus ?

Ne serait-ce pas une légende complaisante pour convaincre des chrétiens un peu tièdes dans leur foi ?

Illustrons ci-dessous cette "légende" des Saintes-Maries à l'aide du guide Gallimard des Bouches-du-Rhône.


LES SAINTES MARIES DE LA MER DANS LES GUIDES TOURISTIQUES

Guide Gallimard , Editions Nouveaux-loisirs 1994

LA LÉGENDE DES SAINTES MARIES.
A la mort du Christ, Marie Jacobé, sœur de la Vierge, et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques le Majeur et Jean, accompagnées de Sarah, leur servante, originaire d'Égypte, de Lazare, le ressuscité, de Marthe, sa sœur, et de Marie Madeleine, la pécheresse, sont chassés de Palestine. Après une traversée en barque, sans voile ni rame, ils accostent en Camargue. Tandis que leurs compagnons partent évangéliser la Provence, les saintes, plus âgées, s'installent à l'endroit de l'actuelle église du village, où, dit-on, elles font construire un autel.

LE PÈLERINAGE.
En 1315, la constitution de la confrérie des Saintes-Maries révèle l'importance de la dévotion religieuse populaire aux saintes Marie Jacobé et Marie Salomé. L'affluence des pèlerins conduit l'évêque de Paris, Foulques de Chanac, à instituer dans tout son diocèse, en 1343, la célébration de leur fête, le 25 mai pour l'une et le 22 octobre pour l'autre. Un siècle plus tard, René d'Anjou organise dans l'église Notre-Dame-de-la-Mer les fouilles qui permettront de retrouver les reliques des saintes. Reposant dans des châsses jumelées, elles sont conservées dans la chapelle dédiée à saint Michel. Depuis 1448, une cérémonie, au cours de laquelle les reliques sont descendues dans la crypte, exposées puis remontées, se déroule les 24 et 25 mai, le 22 octobre (aujourd'hui le dimanche le plus proche) et le 3 décembre, en souvenir du jour de leur consécration par le cardinal de Foix, délégué du pape Nicolas V, en 1447.

LES GITANS.
La participation des gitans à la dévotion de Sarah, leur sainte patronne jamais reconnue par l'église, mais vénérée par les Tziganes pour ses cheveux noirs et sa peau bistrée n'est décrite dans aucun ouvrage ancien; elle est supposée, du fait de leur présence signalée à la Foire de Beaucaire et parce qu'ils effectuaient le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle; Folco de Baroncelli a souvenance qu'ils assistaient à la célébration des 24 et 25 mai aux premiers temps de son enfance, mais que, n'ayant pas accès à l'église, ils se rendaient dans la crypte de Sarah par une porte latérale. C'est lui qui, en 1935, remédie à cette exclusion; il obtient de l'archevêque d'Aix que la statue de Sarah sorte le 24 mai et soit conduite jusqu'à la plage en procession à l'image du culte rendu aux autres saintes. Ainsi, le 24 mai est consacré à sainte Sarah et le 25 aux saintes Maries. La semaine précédant le 24 mai, près de huit mille gitans viennent installer leurs caravanes.


La tradition conserve finalement le souvenir de l'arrivée en Gaule d'une frêle embarcation comprenant cinq femmes et un homme : Marie Jacobé, sœur de la Vierge, et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques le Majeur et Jean, accompagnées de Sarah, leur servante, originaire d'Égypte, de Lazare, le ressuscité, de Marthe, sa sœur, et de Marie Madeleine.

 

 

QUE SONT-ILS DEVENUS ?

LES SAINTES MARIE JACOBE ET MARIE SALOME

"La légende des Saintes nous raconte que les Saintes Maries venues miraculeusement de Palestine débarquent sur la plage. Les trois Maries et Sarah restent sur place. A leur mort, sur leur sépulture, on élève un oratoire puis une église. De nombreux miracles répondent à la ferveur populaire. Le culte des Saintes entre ainsi dans l’histoire et des pèlerinages autour du sanctuaire perpétueront la légende. L’origine de la dévotion à Sarah, vers 1496, coïncide à peu près avec l’installation des premières tribus tziganes en Camargue. Depuis cette date, l’ampleur des pèlerinages n’a cessé de croître. Les Saintes Maries de la Mer sont devenues le lieu de rencontre et de dévotion du peuple des gitans."

http://www.lessaintesmariesdelamer-camargue.com/modules/news/

 

SAINTE MARTHE ET LA TARASQUE
"Il y avait à cette époque sur les rives du Rhône dans un bois, entre Arles et Avignon, un dragon moitié animal, moitié poisson, plus épais qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, avec des dents semblables à des épées et grosses comme des cornes, qui était armé de chaque côté de deux boucliers; il se cachait dans le fleuve d'où il ôtait la vie à tous les passants et submergeait les navires [...]. A la prière des peuples, Marthe alla dans le bois et l'y trouva mangeant un homme. Elle jeta sur lui de l'eau bénite et lui montra une croix. À l'instant le monstre dompté resta tranquille comme un agneau. Sainte Marthe le lia à sa ceinture et incontinent il fut tué par le peuple..." Jacques de Voragine

TARASCON
Le site est occupé, dès l'Antiquité, par une petite agglomération. Mais Tarascon n'entre véritablement dans l'histoire qu'au 1er siècle, lorsque sainte Marthe délivre ses habitants de la tarasque, monstre fabuleux caché dans une grotte du Rhône et qui terrorise la région. Au VIe siècle, Clovis, malade, se rend en pèlerinage sur le tombeau de la sainte; ayant obtenu sa guérison, il dote la ville de franchises et de privilèges.

LA FÊTE DE LA TARASQUE
Les premières fêtes de la tarasque remontent à 1474 et se déroulent de nos jours le 29 juillet.

 

MARIE MADELEINE A LA SAINTE-BAUME

"Marie Madeleine venue prêcher la parole du Christ à Massilia, fuyant les persécutions ou guidée peut-être par le désir de retrouver son rabbouni (Jésus-Christ), aurait passé [à la Sainte-Baume] les dernières années de sa vie, dans une immense et ténébreuse cavité naturelle, la Baoumo (grotte), qui donna son nom à tout le massif."

Marie-Madeleine de Francesco Hayez, (1825)

Découvrez Marie Madeleine à la Sainte-Baume

 

LE MYSTÈRE DE SARA

"On connaît la légende de cette barque sans voile ni rames, chassée de Palestine après la mort du Christ, qui accosta le rivage camarguais. À son bord se trouvaient Marie Salomé, mère des apôtres Jean et jacques le Majeur, Marie Jacobé - selon saint jean la sœur de la Vierge , Marie-Madeleine, Lazare et sa sœur Marthe, ainsi que Maximin et Joseph d'Arimathie qui transportait le Saint-Graal. Les avis divergent sur la présence de Sara la Noire à bord. Était-elle leur servante? Était-elle égyptienne? "Sara campait avec sa tribu en pleine forêt de pins parasols, à l'endroit où s'élève aujourd'hui Aigues-Mortes. Avertie miraculeusement elle courut vers la mer et, s'étant dévêtue, elle étendit sur les vagues sa robe qui la porta vers les saintes. Baptisée de leurs mains, elle les conduisit au temple païen où affluaient les grands pèlerinages de sa race." Il est plus vraisemblable que Sara appartenait à une tribu celto-ligure indigène, et fort probable que Marie Salomé et Marie Jacobé, restées pour évangéliser la région, aient transformé l'autel païen en oratoire chrétien."

http://www.camargue.fr/pages/histosmm.html

 

LE SAINT GRAAL

"Le culte des reliques est d'ailleurs à l'origine du Saint Graal, puisque Joseph d'Arimathie avait récolté le sang de Jésus dans le fameux vase qui arrivera, selon la tradition, aux Saintes-Maries de la Mer.
C'est également ainsi que les reliques de sainte Anne, la mère de la Vierge, arrivent à Apt (Lubéron)." http://anagogie.online.fr/1-reliques.htm

 

C'est fascinant de voir comme Marthe, Marie-Madeleine, Marie Jacobé, Marie Salomé, Lazare ou Maximin ont marqué profondément l'histoire de la Provence. C'est assez incroyable d'imaginer ces femmes et ces hommes parcourir la campagne gauloise alors qu'on les imaginerait plutôt finir leur vie à Jérusalem ou en Palestine.

Les septiques doivent sourire en pensant que nos ancêtres avaient beaucoup d'imagination. Pourtant, le fait est tellement inattendu ou inimaginable que cela renforce l'idée de sa probable réalité.

Joseph d'Arimathie s'ajoute à la liste des personnages qui ont abordés notre rivage provençal. La Tradition semble être plus ou moins fiable. La statue des Saintes-Maries montre l'une d'elles avec un calice en or (le Graal ?).

Site de l'Association de Soutien à la Tradition des Saints de Provence: http://www.saintsdeprovence.com

Voir aussi Histoire chrétienne de la FRANCE

 

 

 

RECIT DE CETTE "LEGENDE" DANS "LA LEGENDE DOREE" (XIIIe SIECLE)

La légende dorée, Jacques de Voragine, Editions du Seuil, 1998

Jacques de Voragine, né vers 1228 à Varaggio (près de Gênes) a compilé sous le titre "La légende dorée" une multitude de témoignages touchant la vie de saints. En voici un extrait qui concerne cet exil dans une frêle embarcation de saints:

" Après l'ascension du Seigneur, la quatorzième année après la Passion, les disciples se répandirent dans les diverses contrées pour y semer la parole divine; et saint Pierre confia Marie-Madeleine à saint Maximin, l'un des soixante-douze disciples du Seigneur. Alors saint Maximin, Marie-Madeleine, Lazare, Marthe, Martille, et avec eux saint Cédon, l'aveugle-né guéri par Jésus, ainsi que d'autres chrétiens encore, furent jetés par les infidèles sur un bateau et lancés à la mer, sans personne pour diriger le bateau. Les infidèles espéraient que, de cette façon, ils seraient tous noyés il la fois. Mais le bateau, conduit par la grâce divine, arriva heureusement dans le port de Marseille. Là, personne ne voulut recevoir les nouveaux venus, qui s'abritèrent sous le portique d'un temple [...]

Alors les habitants de Marseille détruisirent tous les temples des idoles, qu'ils remplacèrent par des églises chrétiennes; et, d'un consentement unanime, ils nommèrent Lazare évêque de Marseille. Puis Marie-Madeleine et ses disciples se rendirent à Aix, où, par de nombreux miracles, ils convertirent le peuple à la foi du Christ; et saint Maximin y fut élu évêque. " (La légende dorée, Editions du Seuil, 1998)

Contrairement à la tradition, parmi les occupants de cette barque ne figurent pas les Saintes-Maries et Sarah. Elles ont disparu ! Elles laissent place à Maximin, Martille (la servante de Marthe), et saint Cédon.
Si la présence de Maximin près de Marie-Madeleine est logique sur le plan de l'Histoire, il est frustrant de ne pas trouver de confirmation de la traditions des Saintes-Maries.

 

 

 

 

IL EXISTE UNE AUTRE SOURCE MOINS CONNUE !

Au fil des centaines de pages relatant ses visions, Anne Catherine Emmerich (1774-1824), mystique stigmatisée, dévoile en toute simplicité les évènements qui jalonnent la vie de Jésus-Christ et de ses contemporains.

Voici ce qu'elle dévoile sur l'épisode de la venue de ces personnages en Gaule.


" Exil de Lazare et de ses sœurs dans les Gaules.

Peu après l'ascension de Jésus-Christ, Madeleine s'était retirée dans le désert, un peu au delà de l'endroit où avait résidé Jean-Baptiste. Elle avait des vêtements qui l'enveloppaient tout entière. Plus tard, elle s'enfonça plus avant dans une contrée sauvage, hérissée de rochers et vécut loin des hommes, dans une grotte où Elisabeth s'était retirée avec Jean-Baptiste, lors du massacre des Innocents. Lazare se tenait le plus souvent caché et se montrait que la nuit. Trois ou quatre ans après l'Ascension, les apôtres se trouvèrent réunis ensemble à Jérusalem. Dès les premiers temps, ils avaient réglé tout ce qui a rapport au corps de l'Eglise. Alors éclata à Jérusalem une persécution contre Lazare et ses sœurs. Marthe et lui furent jetés en prison par les Juifs.
Madeleine, ayant voulut les visiter pendant la nuit fut également arrêtée. Avec Lazare et ses deux sœurs furent aussi emmenés un jeune homme nommé Maximin, Marcelle, servante de Madeleine, et la servante de Marthe. Ils étaient sept: trois hommes et quatre femmes. Après les avoir accablés de mauvais traitements, les Juifs les firent monter dans une méchante barque faisant eau de toutes parts, et n'ayant ni voiles ni gouvernail. Elle fut amarrée à un grand vaisseau, qui l'abandonna après l'avoir remorquée en pleine mer. Tandis que Lazare et ses compagnons priaient et chantaient des cantiques, je vis la barque aborder sur le rivage de la Gaule, dans un lieu où les vagues venaient baigner doucement la plage. Ils descendirent à terre, et abandonnèrent leur esquif à la merci des flots. Leur voyage s'était fait avec une vitesse miraculeuse.
Je les vis arriver dans la grande ville de Massilia (1). On les laissa passer, et l'on se contenta de les regarder, sans leur faire aucun mal. On célébrait alors la fête d'une idole, et je vis les sept étrangers s'asseoir sur la place publique, sous le péristyle d'un temple. Ils demeurèrent là longtemps; enfin Marthe la première adressa la parole au peuple qui s'était rassemblé autour d'eux. Elle raconta les circonstances de leur voyage, et parla de Jésus avec beaucoup de vivacité et d'émotion. Bientôt la foule voulut les forcer à se retirer, et leur jeta des pierres, mais qui ne les atteignirent pas, et ils restèrent là tranquillement assis à la même place jusqu'au lendemain matin. Les autres aussi s'étaient mis à haranguer la multitude, et plusieurs leur témoignaient de la sympathie.
Le lendemain, je vis sortir d'un grand édifice qui ma fit l'effet d'une maison de ville, des gens qui vinrent leur adresser diverses questions. Le troisième jour, on les conduisit à cette maison devant le magistrat. Je vis alors qu'on les sépara ; les hommes restèrent près du magistrat et les femmes se rendirent dans une maison de la ville. On leur fit un bon accueil et on leur donna à manger. Je vis qu'ils prêchèrent l'évangile là où ils allèrent et que le magistrat fit défendre par toute la ville de les molester en quoi que ce fût. Je vis aussi que bientôt beaucoup de personnes se firent baptiser par Lazare, dans un grand bassin qui se trouvait en face du temple, sur la place publique. Le premier magistrat, si je ne me trompe, fut du nombre des néophytes. Lazare, en sa qualité d'évêque, continua à prêcher l'Évangile dans cette ville; mais les autres la quittèrent bientôt.

(1) C'est le nom latin de Marseille. Tout ce récit du reste est confirmé par l'histoire et la tradition sur les saints lieux de Provence, tradition que les récents travaux de M. Faillon Sulpicien viennent de raviver en France, et qui ne pouvait certainement être connue de la sœur morte en 1824. "

(Visions NSJC tome 3 pages 481-485)

Interrompons là le récit. Il est indéniable qu'Anne Catherine, d'origine prussienne, ne pouvait pas être très informée de cette "légende" typiquement provençale. Or on retrouve les traits principaux que la tradition a conservés :
- une persécution frappe Lazare et ses sœurs,
- ils voyagent dans une simple barque jusqu'en Gaule pour débarquer près de Marseille.

Comme dans le récit de "La légende dorée", les Saintes-Maries et Sarah ont disparu !
Néanmoins, Anne Catherine n'hésite pas à s'écarter de cette tradition pour identifier les occupants de cette barque. Les Saintes Maries et Sarah laissent place à Maximin, Marcelle, une servante (probablement Martille) et un 3e homme (probablement Cédon).

Elle est plus proche du texte de "La légende dorée" tout en amenant d'autres détails:

- La persécution a lieu non pas 14 ans après la Passion mais seulement 3 à 4 ans après.

- Elle voit 7 passagers et non pas 6: Marcelle, servante de Marie Madeleine s'ajoute à la liste.


Si les Saintes-Maries n'ont pas voyagé avec Lazare et ses sœurs, elles ont pu venir en Gaule en d'autres circonstances. La tradition a peut-être amalgamé deux évènements différents ; la venue de Lazare et de ses sœurs et la venue des Saintes-Maries.

Ni Jacques de Voragine, ni Anne Catherine ne parlent de la venue en Gaule des Saintes-Maries. Il faudra trouver une autre source à cet évènement.

Par contre, ils témoignent tous deux du devenir de Marthe en Provence.

 

 

Qu'en est-il de Marthe et de la tarasque dans"LA LEGENDE DOREE" (XIIIe SIECLE)?


" 1. Marthe, l'hôtesse du Christ, avait pour père Syrus. pour mère Eucharie. Son père, qui était de race royale, gouverna la Syrie et beaucoup d'autres régions maritimes. Marthe, suivant toute probabilité, n'eut jamais de mari. Elle s'occupait d'administrer la maison, et, quand elle recevait le Seigneur, non seulement elle se donnait une peine infinie pour bien l'accueillir, mais elle eût encore voulu que sa sœur Madeleine fit comme elle. Après l'ascension du Seigneur, Marthe, avec son frère Lazare, sa sœur Madeleine, et saint Maximin, à qui l'Esprit-Saint les avait recommandés, furent jetés par les infidèles sur un bateau sans voiles, sans rames, et sans gouvernail. Et le Seigneur, comme l'on sait, les conduisit à Marseille. Ils se rendirent de là sur le territoire d'Aix, et y firent de nombreuses conversions.

De Marthe, en particulier, on rapporte qu'elle était fort éloquente, et que tous l'aimaient.
Or il y avait à ce moment sur les bords du Rhône, dans une forêt sise entre Avignon et Arles, un dragon, mi-animal, mi-poisson, plus gros qu'un bœuf, plus long qu'un cheval, avec des dents aiguës comme des cornes, et de grandes ailes aux deux côtés du corps ; et ce monstre tuait tous les passagers et submergeait les bateaux. Il était venu par mer de la Galatie; il avait pour parents le Léviathan, monstre à forme de serpent, qui habite les eaux, et l'Onagre, animal terrible que produit la Galatie, et qui brûle comme avec du feu tout ce qu'il touche. Or sainte Marthe, sur la prière du peuple, alla vers le dragon. L'ayant trouvé dans sa forêt, occupé à dévorer un homme, elle lui jeta de l'eau bénite, et lui montra une croix. Aussitôt le monstre, vaincu, se rangea comme un mouton près de la sainte, qui lui passa sa ceinture autour du cou et le conduisit au village voisin, où aussitôt le peuple le tua à coups de pierres et de lances. Et comme ce dragon était connu des habitants sous le nom de Tarasque, ce lieu, en souvenir de lui, prit le nom de Tarascon: il s'appelait jusque-là Nerluc, c'est-à-dire noir lac, à cause des sombres forêts qui y bordaient le fleuve. Et sainte Marthe, après avoir vaincu le dragon, obtint de sa sœur et du prêtre Maximin la permission de rester dans ce lieu, où elle ne cessa pas de prier et de jeûner, jusqu'à ce qu'enfin une grande congrégation de religieuses s'y réunit auprès d'elle, en même temps qu'une grande basilique fut construite en l'honneur de la vierge Marie. Et Marthe vivait là de la vie la plus dure, ne mangeant qu'une fois par jour, se privant de chair, de graisse, d'œufs, de fromage et de Vin.


Un jour qu'elle prêchait à Avignon, au bord du Rhône, un jeune homme, qui se trouvait sur l'autre rive, eut un tel désir de l'entendre que, ne trouvant point de bateau pour traverser le fleuve, il ôta ses vêtements et voulut passer à la nage: mais aussitôt une vague l'entoura et l'étouffa. Son corps fut retrouvé le lendemain, et déposé aux pieds de sainte Marthe, dans l'espoir que celle-ci parviendrait à le ressusciter. Et la sainte, s'étant prosternée sur le sol, les bras en croix, pria ainsi: " Seigneur Jésus, toi qui as jadis ressuscité mon frère Lazare, que tu aimais, toi qui as reçu mon hospitalité, prends en considération la loi de ceux qui m'entourent, et ressuscite cet enfant! " Puis elle prit la main du jeune homme, qui aussitôt se leva et reçut le saint baptême.

Saint Ambroise nous dit que c'est Marthe, aussi, qui était l'hémorroïsse guérie par le Christ.

III. De nombreux miracles se produisirent au tombeau de la sainte. Clovis, roi de France, qui avait reçu le baptême des mains de saint Rémi, fut guéri par sainte Marthe d'une grave maladie des reins. En souvenir de quoi, il dédia à l'église de la sainte la terre, les maisons et les châteaux qui se trouvaient dans un rayon de trois milles des deux côtés du Rhône. Et il affranchit ces lieux de toute servitude.

La vie de sainte Marthe a été écrite pour nous par sa servante Martille, qui se rendit plus tard en Esclavonie pour y prêcher l'Evangile, et qui y mourut, dix ans après la mort de sa maîtresse." (La légende dorée, Editions du Seuil, 1998)

Ce récit est très détaillé. Il nous vient donc probablement de la servante de Marthe: Martille. Il ressemble plus à une légende qu'à un récit historique. Peut-on trouver une autre source permettant de faire la part des choses.

 

 

 

Marthe et la tarasque vues par Anne Catherine Emmerich ?


" Marthe s'était rendue avec Marcelle et l'autre servante dans une contrée sauvage, au milieu de rochers, où plusieurs femmes s'étaient construit de petites cabanes. C'étaient des captives que les habitants du pays avaient enlevées dans une guerre et qu'ils avaient établies là, en les soumettant à une surveillance particulière. Marthe et ses compagnes s'établirent dans leur voisinage et se construisirent d'abord de petites cabanes près des leurs. Plus tard, elles bâtirent un couvent et une église, car composée seulement de quatre murs avec une toiture en branches tressées recouvertes de gazon. Elles convertirent d'abord les captives, dont plusieurs s'adjoignirent à elles. D'autres, au contraire, leur donnèrent beaucoup à souffrir, et par des dénonciations perfides attirèrent sur elles des persécutions de toute espèce de la part des habitants du pays.
Il y avait dans le voisinage une ville appelée Aquae (1). Il devait y avoir là des sources d'eau chaude, car il s'en élevait continuellement des masses de vapeur.

Je vis Marthe au bord d'un fleuve très large, faire périr un monstre qui se tenait dans le fleuve, et faisait beaucoup de ravages. Elle lui jeta sa ceinture autour du cou en invoquant le nom du Seigneur, et l'étrangla. Le peuple l'acheva à coups de pierres et d'épieux.

Je la vis souvent prêcher l'Évangile devant un nombreux auditoire, soit dans la plaine, soit au bord du fleuve. Elle avait coutume, à l'aide de ses compagnes, de former avec des pierres une élévation sur laquelle elle montait. Elle s'acquittait de ce travail mieux qu'un maçon de profession, grâce à son activité et à son adresse extraordinaires.


Un jour qu'elle prêchait au bord du fleuve, un jeune homme voulut le traverser à la nage, et s'y noya. Les habitants, du pays l'accablèrent d'injures à ce sujet. Le père du jeune noyé retrouva son corps le lendemain, l'apporta devant Marthe, en présence d'une foule nombreuse, et lui dit qu'il croirait à son Dieu si elle ressuscitait son fils. Marthe, au nom de Jésus, lui ordonna de revenir à la vie; il ressuscita en effet, et se fit chrétien avec son père et beaucoup d'autres.

Toutefois il y eut des gens qui traitèrent Marthe de magicienne et la persécutèrent. Maximin s'était établi dans le voisinage, en qualité de prêtre; il visitait Marthe et lui apportait la sainte communion. Par ses bonnes œuvres et par ses enseignements Marthe travailla beaucoup à propager l'Évangile, et convertit un très grand nombre de personnes au christianisme.

(1) Aquœ Sextiae, aujourd'hui Aix, ancienne ville de bains d'eaux thermales. "

(Visions NSJC tome 3 page 481-485)

Anne Catherine confirme l'histoire de Marthe. Non seulement l'épisode (pourtant improbable) du monstre, mais aussi une foule d'autres anecdotes. Ses visions sont très descriptives : "sources d'eau chaude", "masses de vapeur", "fleuve très large". Elles se rapportent à des faits géographiques indiscutables.

Finalement Anne Catherine Emmerich , mystique d'origine prussienne (Westphalie), nous confirme, par ses visions, une tradition provençale très ancienne qui passerait facilement pour une " belle légende " propre à faire rêver.

Elle ne connaît probablement pas en détail cette histoire. Elle nous raconte ce qu'elle voit sans intention particulière. Pourtant ce qu'elle voit est très détaillé visuellement, très proche de la tradition sans y être pour autant calqué. C'est un témoignage significatif qui conforte la confiance que nous pouvons placer dans les traditions chrétiennes de notre région.

 

 

L'Evangile provençal sur le site de Jacques Atlan

http://www.philosophie-j-atlan.net

 

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William McNichols (c2005).

" Et moi je suis morte, je ne suis qu'un esprit; autrement je ne pourrais voir ces choses, car elles n'existent pas maintenant, et cependant maintenant elles existent. Mais cela n'existe pas dans le temps; en Dieu il n'y a pas de temps, en Dieu tout est présent ; je suis morte, je suis un esprit. " (Anne Catherine Emmerich)