QUI ETAIT ANNE CATHERINE EMMERICH ?

La plus grande visionnaire de tous les temps

 

NOËL VU PAR LES MYSTIQUES

Anne Catherine Emmerich face à Marie d'Agreda

 

(illustration FRSCS-Getty images)

NOEL,
peut-on en savoir plus ?
Que nous dévoilent les mystiques ?


"Jésus est né en Provence, entre Avignon et les Saintes-Maries…"
Cette chanson interprétée par Noam dans les années 70 résonnait particulièrement à mes jeunes oreilles. Comment ne pas rêver devant nos crèches provençales à l'approche de Noël? Noël, fête si merveilleuse pour les enfants, moment magique attendu avec tant d'impatience tout au long de l'année. Noël, marqué par nos coutumes festives : le Père-Noël chargé de cadeaux, le sapin illuminé, la dinde aux marrons et le foie gras, ou les souliers aux pieds de la cheminée (le radiateur ou le poêle faisant un compromis acceptable).

 

Pourtant la réalité de cette fête : la naissance de Jésus-Christ, Dieu fait homme, nouveau-né si démuni dans un abri précaire, est plus proche de la situation de nos SDF actuels.

Bien-sûr, Noël célèbre la joie que nous éprouvons pour la naissance du Sauveur du monde. Noël est la fête de l'attente récompensée pour le peuple de Dieu, du rapprochement de Dieu et des hommes, de la lumière présente au milieu de nous, source d'une vraie vie.

Finalement, que savons-nous de cet événement : la Nativité du Seigneur ?

(Illustration AED)
Reportons-nous aux deux seuls Evangiles qui relatent cet événement, les Evangiles de Matthieu et Luc (traduction Osty).

LUC 2 :1-20
 
MATTHIEU 1:24-25 2 :1-12
La naissance de Jésus et la visite des bergers
2 Or donc, en ces jours-là, parut un édit de César Auguste, ordonnant de recenser le monde entier. 2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.
3 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. 4 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, vers la ville de David qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David - 5 pour se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 6 Or donc, comme ils étaient là, furent révolus les jours où elle devait enfanter. 7 Et elle enfanta son fils, le premier-né, et elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.
8 Et il y avait dans cette contrée des bergers qui vivaient aux champs et qui passaient les veilles de la nuit à veiller sur leur troupeau. 9 Et l'Ange du Seigneur se présenta à eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté, et ils furent saisis d'une grande crainte. 10 Et l'ange leur dit: " Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie, qui sera pour tout le peuple: 11 il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est Christ Seigneur. 12.Et voici pour vous le signe: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire." 13 Et soudain il y eut avec l'ange une multitude de l'armée céleste, qui louait Dieu et disait:
14 " Gloire à Dieu au plus haut [des cieux], et sur terre paix aux hommes, qui ont sa faveur!"
15 Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se disaient entre eux: " Passons donc jusqu'à Bethléem, et voyons cette chose qui est arrivée et que le Seigneur nous a fait connaître
16 Et ils vinrent en hâte et ils trouvèrent Marie, et Joseph, et le nouveau-né couché dans mangeoire.
17 Ayant vu, ils firent connaître chose qui leur avait été dite de cet enfant, 18 et tous ceux qui les entendirent s'étonnèrent de que leur disaient les bergers. 19 Quant à Marie elle gardait avec soin toutes ces choses, les repassant dans son cœur. 20 Et les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout qu'ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
 

24 Réveillé de son sommeil, Joseph fit comme lui avait prescrit l'Ange du Seigneur, et il prit avec lui son épouse. 25 Et il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle enfanta un fils, et il l'appela du nom de Jésus.

Visite des mages

2 Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages venus du Levant se présentèrent à Jérusalem, 2 en disant: " Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile au Levant et nous sommes venus nous prosterner devant lui. "
3 Sur ces paroles, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Et, rassemblant tous les grands prêtres et scribes du peuple, il leur demanda où le Christ devait naître. 5 Ils lui dirent: " A Bethléem de Judée; car ainsi est-il écrit par le prophète:
6 Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n'es sûrement pas la moindre des grandes [cités] de Juda;
car c'est de toi que sortira le chef
qui fera paître mon peuple, Israël."
7 Alors Hérode, appelant les mages en cachette, se fit préciser par eux le temps où était apparue l'étoile. 8 Et, les envoyant à Bethléem, il dit: " Allez, enquérez-vous exactement de l'enfant et, dès que vous [l']aurez trouvé, annoncez-Ie-moi, afin que moi aussi je vienne me prosterner devant lui. "
9 Sur ces paroles du roi, ils s'en allèrent. Et voici que l'étoile qu'ils avaient vue au Levant les précédait, jusqu'à ce qu'elle vint se placer au-dessus de l'endroit où était l'enfant. 10 A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie. 11 Et, entrés dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et tombèrent, prosternés, devant lui. Et, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12 Et avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, c'est par un autre chemin qu'ils se retirèrent dans leur pays.


Finalement, ces deux Evangiles sont complémentaires:

L'un relate l'installation de la sainte famille à Bethléem, le nouveau-né couché dans une mangeoire et la vénération des bergers des environs.

L'autre relate le voyage des mages venus d'Orient pour adorer l'enfant.

EXISTE-T-IL D'AUTRES SOURCES RACONTANT CETTE NATIVITE ?

Par chance, il arrive que Dieu suscite des messagers, des mystiques, qui par leurs visions nous relatent la vie de Jésus avec une multitude de détails inconnus des Evangiles (mais parfois transmis par certaines traditions).
Deux sont célèbres par le volume des œuvres édité : Anne Catherine Emmerich et Maria Valtorta. Mais il existe aussi une oeuvre majeure : "La cité mystique de Dieu". Elle est écrite par une religieuse espagnole : Marie Coronel, plus connue sous le nom de Marie d'Agréda.

Qui sont-elles ?

Anne Catherine Emmerich

1774-1824
Née en Westphalie (Allemagne),
mystique stigmatisée,
elle a des visions depuis son enfance,
souffre les douleurs de la Passion du Christ,
ne s'alimente pas pendant 12 ans, reste alitée,
est transportée dans le temps et l'espace,
dans le séjour des morts…
Durant 5 ans, C. Brentano va consigner ses visions.

 
Marie d'Agreda

1602-1665
Née en Espagne,
appelée à la vie religieuse dès son plus jeune âge,
cette fille d'une famille de "grands" d'Espagne,
fut marquée de grâces particulières comme la lévitation,
l'extase, la bilocation ou l'incorruptibilité du corps.

Marie écrivit "La cité mystique de Dieu" sous la dictée de la Vierge Marie durant quinze ans. Une copie fut remise au roi Philippe IV. Marie dut détruire son manuscrit original puis en réécrire un nouveau qui fut terminé en mai 1660. Après comparaison, ce 2e manuscrit s'avérait rigoureusement identique à l'exemplaire du roi.

J'avoue que si ma préférence va à Anne Catherine Emmerich , Marie d'Agréda présente des grâces si particulières que ses révélations méritent une attention spéciale. On se trouve là face à 2 mystiques de même rang, toutes les 2 "épouses du Christ".

Pour être le plus objectif possible, les textes sont présentés en vis-à-vis afin de mieux en apprécier les similitudes ou les divergences. Le lecteur pourra ainsi se forger sa propre opinion.

 

LUC 2: 1 Or donc, en ces jours-là, parut un édit de César Auguste, ordonnant de recenser le monde entier.

2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.

3 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.

4 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, vers la ville de David qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -

5 pour se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 
Arrivée de la sainte famille à Bethléem.

Bethléem était à trois lieues au sud de leur dernière station; mais ils quittèrent la route du nord pour y entrer par le côté de l'ouest. Ils s'arrêtèrent d'abord sous un arbre au bord du chemin; la sainte Vierge descendit de l'âne et mit ordre à ses vêtements. Puis Joseph se dirigea avec elle, vers une grande maison située à quelques pas de la ville, entourée de bâtiments, de cours et d'arbres, sous lesquels beaucoup de gens avaient dressé des tentes. C'était l'ancienne demeure de la famille de David; elle avait appartenu au père de Joseph. Ses parents et ses connaissances l'habitaient encore, mais ils firent semblant de ne pas le connaître et le traitèrent en étranger. C'était à ce moment la maison où le gouvernement romain faisait recueillir l'impôt.
Joseph, accompagné de la sainte Vierge, s'y rendit en conduisant l'âne par la bride; car tous les arrivants devaient s'y présenter pour recevoir un billet, sans lequel aucun étranger ne pouvait pénétrer dans Bethléem. On demanda à Joseph qui il était, et après avoir examiné plusieurs grands rouleaux suspendus aux murs, on en déroula deux et on lut sa généalogie et celle de Marie. Joseph apprit alors que Marie descendait, par Joachim, de David en droite ligne. Il était venu un peu tard payer l'impôt, mais on ne lui fit nul reproche: on lui demanda seulement quels étaient ses moyens d'existence; il répondit qu'il n'avait pas de terres, qu'il vivait de son métier et d'une part du revenu de sa belle-mère. Marie fut appelée à son tour devant les scribes, mais ils ne lui lurent rien, et dirent même à Joseph qu'il n'eût pas été nécessaire de l'amener avec lui; ils eurent l'air de le railler au sujet de la jeunesse de Marie, et je l'en vis un peu confus.

  [Arrivée de la sainte famille à Bethléem.]

463. Parmi la diversité de ces miracles successifs nos voyageurs la très-pure Marie et Joseph arrivèrent à la ville de Bethléem le cinquième jour de leur voyage, qui était un samedi, sur les quatre heures du soir, temps auquel, dans le solstice d'hiver, le soleil commence à baisser et la nuit approche. Ils entrèrent dans la ville pour y chercher un gîte; et ayant parcouru plusieurs rues et demandé l'hospitalité non-seulement dans les hôtelleries, mais dans les maisons de leurs amis et de leurs proches parents, ils ne furent reçus nulle part, et dans beaucoup d'endroits ils furent congédiés d'une manière incivile et méprisante. Notre auguste Reine suivait Son époux , qui allait de maison en maison et de porte en porte, à travers la cohue formée par tant de personnes. Et, quoiqu'elle sût que les maisons et les cœurs des hommes leur seraient fermés, elle voulut néanmoins, pour obéir à saint Joseph, souffrir cette peine et la confusion que lui inspirait son extrême pudeur; car il lui était bien plus sensible, à cause de sa retenue, de son état et de son âge, de circuler au milieu de cette multitude que de ne pas trouver de logement. Or, continuant d'aller par la ville, ils rencontrèrent la maison où l'on tenait le registre commun; et, pour n'être pas obligés d'y retourner, ils se firent inscrire et payèrent le tribut royal. Débarrassés de cette affaire, ils recommencèrent leurs recherches et se présentèrent à d'autres auberges. Ils demandèrent l'hospitalité en plus de cinquante maisons, où ils essuyèrent un dur refus, tandis que les esprits bienheureux admiraient les très-hauts mystères du Seigneur, la patience et la mansuétude de sa Mère Vierge, et l'insensibilité des hommes. Dans ces sentiments ils bénissaient le Tout-Puissant en ses œuvres et en ses mystérieux desseins, comprenant qu'il voulait dès ce jour-là élever à la plus haute gloire l'humilité et la pauvreté, que les mortels méprisent.

Marquons une pause. Le genre littéraire est très différent entre ces deux textes. Anne Catherine donne beaucoup de détails concrets : la famille de Joseph habite à Bethléem (voir Luc 2 :3), des démarches administratives sont nécessaires (consécutives au recensement. Voir Luc 2 :1) il y a beaucoup de gens et des tentes provisoires foisonnent.

Marie d'Agréda est moins précise dans ses descriptions mais le contexte est proche du récit d'Anne Catherine. Néanmoins Marie nous surprend en annonçant l'arrivée de Marie et Joseph à Bethléem en plein sabbat. Les déplacements authorisés par la Loi juive sont pourtant assez restreints.

Joseph cherche en vain un logement.

Joseph et Marie pénétrèrent à Bethléem, à travers les décombres et par une porte écroulée. Dans cette ville, les maisons étaient assez éloignées les unes des autres. Marie resta avec l'âne à l'entrée d'une rue, tandis que Joseph cherchait un logement tout auprès; mais ce fut en vain, car il y avait beaucoup d'étrangers dans la ville, et on y voyait une foule de gens qui allaient et venaient. Il revint donc, et dit à Marie qu'on ne pouvait pas trouver à se loger là, et qu'il fallait aller plus loin, Il conduisit l'âne par la bride, pendant que la sainte Vierge marchait à côté de lui. A l'entrée d'une autre rue, Marie s'arrêta de nouveau avec l'âne, pendant que Joseph allait de maison en maison, sans que dans aucune on voulût le recevoir. Il revint encore tout attristé. La même chose se renouvela à diverses reprises, et plus d'une fois Marie eut bien longtemps à attendre. Partout la place était prise, partout on le repoussait, et il finit par dire à la sainte Vierge: "Allons dans quelque autre quartier de Bethléem, où on nous donnera, sans aucun doute, un abri. "

Ils suivirent alors une rue qui offrait plutôt l'aspect d'un chemin champêtre, car toutes les maisons étaient isolées et bâties sur de petits monticules. Là aussi, toutes les recherches furent inutiles. Parvenus au côté opposé de Bethléem, ils trouvèrent une grande place déserte et située dans un fond. On voyait là une sorte de hangar, auprès duquel s'élevait un grand arbre dont les vastes branches pendantes formaient une sorte de toit. Joseph arrangea à la sainte Vierge un siège où elle pût se reposer, pendant qu'il chercherait à se faire accueillir dans l'une des maisons d'alentour.
Marie se tint d'abord debout, adossée contre l'arbre. Sa tête était couverte d'un voile blanc, et sa robe, pareillement blanche, sans ceinture, tombait en larges plis autour d'elle. Les passants la regardaient, sans se douter que leur Sauveur fût si près d'eux. Elle fut obligée d'attendre bien longtemps, et finit par s'asseoir au pied de l'arbre, les mains jointes sur la poitrine et la tête baissée. Combien elle était humble, résignée et patiente ! Enfin Joseph revint, mais sans lui annoncer un logis: à peine les amis dont il lui avait parlé avaient semblé le reconnaître. Il était découragé, il pleurait, et Marie le consolait ! Il fit une dernière tentative; mais, comme pour mieux faire agréer sa requête il parlait de la prochaine délivrance de sa femme, il s'attirait par là des refus plus formels.

  [Joseph cherche en vain un logement]

464. Il était environ neuf heures du soir lorsque le très fidèle Joseph, le cœur plein d'une amère douleur, se tourna vers sa très-prudente épouse et lui dit:

"Ma très-douce Dame, je succombe en ce moment à la douleur, en voyant que je ne puis non-seulement vous loger selon vos mérites et comme mon affection me le faisait désirer, mais au moins vous procurer l'abri et le repos qu'on ne refuse jamais, ou que bien rarement, aux plus pauvres et aux plus méprisables. Il y a sans doute ici quelque mystère, pour que le Ciel ait permis que les cœurs des hommes n'aient point été portés à nous recevoir dans leurs maisons. Je me souviens, chère épouse, d'avoir vu hors des murs de la ville une grotte où les pasteurs vont ordinairement se retirer avec leurs troupeaux. Allons-y, car si par hasard cet endroit n'est pas occupé, le ciel vous y ménagera l'asile que la terre nous refuse."


La très-prudente Vierge lui répondit:
"Mon époux et mon maître, que votre cœur si sensible ne s'afflige pas de ce que les ardents désirs produits par l'affection que vous avez pour le Seigneur ne s'accomplissent point. Et puisque j'ai le bonheur de le porter dans mon sein, je vous supplie pour lui-même de lui rendre avec moi des actions de grâces de ce qu'il lui a plu disposer la chose de la sorte. Le lieu dont vous me parlez sera fort conforme à mes souhaits. Changez vos larmes en joie par l'amour et dans la possession de la pauvreté, qui est le trésor inestimable de mon très saint Fils. Il vient du ciel pour le chercher; ainsi il faut que nous lui préparions avec une âme joyeuse; pour moi, c'est là toute ma consolation: ne me l'enviez donc pas en ce moment. Allons avec plaisir où le Seigneur nous conduit. Ensuite les saints anges menèrent les divins époux vers ces lieux, leur servant de brillants flambeaux; et étant arrivés à la grotte, ils la trouvèrent inoccupée, Et, remplis d'une joie céleste, ils louèrent le Seigneur de ce nouveau bienfait, et il arriva ce que je raconterai au chapitre suivant. "

 

Le lieu était solitaire; à ce moment plusieurs passants s'arrêtèrent: ils regardaient de loin avec curiosité, comme c'est la coutume lorsqu'on voit quelqu'un demeurer longtemps à la même place au déclin du jour. Je crois que quelques-uns adressèrent la parole à Marie, et lui demandèrent qui elle était. Ce fut alors que je vis Joseph revenir tellement peiné, qu'il osait à peine s'approcher d'elle. Il lui dit que tout était inutile, mais qu'il connaissait, en avant de la ville, une grotte où les bergers se retiraient souvent avec leurs troupeaux, lorsqu'ils venaient à Bethléem, et que là, du moins, ils trouveraient un abri. Ce lieu lui était connu dès son enfance, car, lorsque ses frères le tourmentaient, il s'y était souvent réfugié pour y prier. Si les bergers y venaient, disait-il, il s'entendrait facilement avec eux. Du reste, il était rare qu'ils y séjournassent en cette saison. Lorsqu'elle y serait tranquillement établie, il ferait de nouvelles recherches.

469. Le palais que le souverain Roi des rois et le Seigneur des seigneurs avait préparé dans le monde pour loger son Fils éternel incarné pour les hommes, était la pauvre et humble cabane ou grotte dans laquelle la très-pure Marie et Joseph se retirèrent après avoir été rebutés de ces mêmes hommes, sans en pouvoir obtenir le moindre témoignage de compassion naturelle, comme il a été dit au chapitre précédent. Ce lieu était si misérable, que, la ville de Bethléem se trouvant si remplie d'étrangers qu'il n'y avait pas assez d'hôtelleries pour les recevoir tous, il n'y eut pourtant personne qui daignât s'en emparer: parce qu'en effet il ne pouvait convenir et appartenir qu'aux maîtres de l'humilité et de la pauvreté, notre Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte Mère. Et c'est pourquoi la sagesse du Père éternel le leur réserva, le consacrant, avec les ornements de la solitude et de la pauvreté, comme le premier temple de la Lumière et la première maison du véritable Soleil de justice, qui devait naître pour ceux qui ont le cœur droit, de Marie, resplendissante aurore au milieu des ténèbres de la nuit, symbole de celles du péché, qui couvraient tout le monde.

Marie raconte assez simplement la recherche de la Sainte-Famille. Ses descriptions sont peu détaillées. Elle y ajoute par-contre de longs dialogues riches de sens théologique.

Les dialogues sont peu présents chez Anne Catherine qui donne beaucoup plus de détails visuels. Elle décrit ce qu'elle "voit" comme par exemple : "les décombres et une porte écroulée" ou "les maisons étaient isolées et bâties sur de petits monticules".

Description de la grotte de la Crèche et de ses environs.

La grotte était creusée dans le roc par la nature; seulement, du côté du midi, où passait le sentier du vallon des bergers, on avait élevé un mur grossièrement travaillé. L'entrée principale, placée au couchant, conduisait, par un étroit passage, à une cave arrondie d'un côté, triangulaire de l'autre, qui s'étendait dans la partie orientale de la colline. Au-dessus de la paroi méridionale se trouvaient trois ouvertures grillées ; une quatrième ouverture semblable aux précédentes avait été ménagée à la voûte.
C'était dans la partie orientale de cette grotte, en face de l'entrée, que se tenait la sainte Vierge au moment où naquit de son sein la lumière du monde. Dans la partie méridionale se trouvait la crèche où fut adoré l'enfant Jésus. La crèche n'était autre chose qu'une auge creusée dans la pierre, et qui servait à donner à boire aux bestiaux. Le long du chemin qui conduisait de la grotte à la vallée des bergers, il y avait sur les collines de petites maisons, et dans la plaine des hangars surmontés de toits de roseaux.
A l'occident de la grotte, la colline s'abaissait dans une vallée sans issue, remplie d'arbres, de buissons et de prairies arrosées par un ruisseau. Sur la pente orientale du vallon s'ouvrait une autre grotte où avait été placé le tombeau de Mahara, nourrice d'Abraham. La sainte Vierge se retira souvent avec l'enfant Jésus dans cette grotte, qui porte aussi le nom de Grotte du Lait.
Entre autres choses concernant la grotte de la crèche, il me fut révélé que Seth, l'enfant de la promesse, y avait été conçu et mis au monde par Eve, après une pénitence de sept ans. Dans ce même lieu déjà, un ange lui avait dit que Dieu lui donnerait cet enfant à la place d'Abel […]

Dès le temps d'Abraham, les femmes et les nourrices venaient faire leurs dévotions dans [la Grotte du Lait], car on vénérait la nourrice d'Abraham comme un type de la sainte Vierge, de même qu'Élie, après l'avoir vue dans la nuée qui apportait la pluie, avait établit sur le Carmel une communauté pour l'honorer. Mahara, en allaitant celui qui fut la souche de la sainte Vierge, avait par là contribué à l'avènement du Messie. Un immense térébinthe, qui était au-dessus de cette grotte, répandait son ombre tout à l'entour. Abraham s'était quelquefois reposé avec Melchisédech sous cet arbre vénéré, près duquel les gens des environs aimaient à venir faire leurs prières.

 

[Description de la grotte de la Crèche et de ses environs.]

470. L'auguste Marie et Joseph entrèrent dans cet asile qui leur avait été préparé, et, à la lumière que répandaient les dix mille anges qui les accompagnaient, ils purent facilement reconnaître avec une grande consolation et des larmes de joie qu'il était pauvre et solitaire comme ils le souhaitaient, Aussitôt les deux saints voyageurs se mirent à genoux, louèrent le Seigneur et lui rendirent des actions de grâces pour ce bienfait, n'ignorant pas qu'il leur avait été destiné par les secrets jugements de la sagesse éternelle. Notre divine Princesse fut celle qui pénétra le plus ce grand mystère, parce qu'en sanctifiant cette petite grotte par sa sacrée présence, elle sentit une plénitude de joie intérieure qui éleva et vivifia tout son être. Elle pria le Seigneur de récompenser avec libéralité tous les habitants de la ville, qui lui avaient procuré, en lui refusant l'hospitalité, un si grand bonheur que celui qu'elle attendait dans cette pauvre cabane. Elle était pratiquée dans un rocher brut et naturel, où l'art n'avait ménagé aucune commodité, de sorte, que les hommes ne la jugèrent propre qu'à y loger le bétail": mais le Père éternel l'avait choisie pour servir d'abri et de demeure à son propre Fils.


471. Les esprits angéliques, milice céleste qui gardait sa Reine, se rangèrent en ordre, comme pour monter une garde d'honneur dans ce palais royal. Et, sous cette forme corporelle et humaine qu'ils avaient prise, ils se manifestaient aussi à saint Joseph; car il était convenable qu'il jouit dans cette occasion de cette faveur, tant pour diminuer sa peine, en voyant ce pauvre réduit si bien orné et embelli par les richesses du ciel, que pour soulager et animer son cœur, et l'élever à la hauteur des événements que le Seigneur préparait cette nuit dans un lieu si méprisé. La grande Reine du ciel, qui était informée du mystère qui devait y être célébré, se résolut à nettoyer elle-même cette grotte qui devait bientôt servir de trône royal et de propitiatoire sacré, afin de ne pas perdre le mérite de cet exercice d'humilité, et de rendre à son Fils unique un culte de respect: c'était tout ce qu'elle pouvait faire en cette circonstance pour l'ornement de son temple.

 

 

 

Pour Marie d'Agréda, ce qui est le plus étonnant: c'est la présence de tous ces anges. Ils sont les témoins de la Volonté de Dieu. Ils appuient le sens théologique du récit. Par-contre, la description de la grotte ou sa localisation sont à peine suggérés: "pauvre cabane pratiquée dans un rocher brut et naturel"

Si Marie reste dans le vague, Anne Catherine prend des risques. Là encore, Anne Catherine donne des explications très détaillées. Elle remonte le temps et lie de nombreux évènements à ce site (l'histoire de la nourrice d'Abraham est bien plus détaillée dans son intégralité) Une constatation s'impose. Tout spécialiste de l'histoire juive pourrait vérifier la véracité de ses affirmations. L'histoire de Mahara, nourrice d'Abraham, est absente de la Bible. En existe-t-il une tradition juive orale ou écrite ?

Marie et Joseph s'établissent dans la grotte de la Crèche.

Le jour baissait déjà lorsque Joseph et Marie arrivèrent dans la grotte. L'ânesse, qui les avait quittés depuis qu'ils étaient entrés dans la maison paternelle de Joseph, revint au-devant d'eux, exprimant sa joie en bondissant. Alors Marie dit à Joseph: " Voyez: c'est certainement la volonté de Dieu que nous descendions ici. "

Joseph se hâta de préparer en dehors un siège pour la sainte Vierge, afin qu'elle pût se reposer pendant qu'il pénètrerait dans la grotte et la déblaierait; il vint à bout de préparer en sa partie orientale un espace assez commode. Après y avoir allumé une lampe, il y introduisit Marie, qui s'assit sur la couche qu'il avait soigneusement disposée au moyen de couvertures. Joseph lui témoigna encore son profond regret de n'avoir qu'un si pauvre gîte à lui offrir; mais Marie, au fond de son âme, était satisfaite et joyeuse.
Après avoir amené l'âne, et l'avoir attaché assez loin d'eux pour qu'il ne causât aucune gêne, Joseph étendit, devant les ouvertures de la voûte, des couvertures qui les garantirent de l'air extérieur; puis il s'arrangea une couche près de la porte de la grotte.
Dès que le sabbat eut commencé, il récita, avec la sainte Vierge les prières ordonnées par la loi; et, après avoir fait une légère collation, il s'en alla à la ville. Marie s'agenouilla, fit sa prière du soir et se coucha sur le côté, la tête soutenue par un de ses bras qui reposait sur le chevet. La nuit était déjà avancée quand Joseph rentra; il se mit aussitôt en prières, puis il alla prendre du repos sur le lit qu'il s'était fait.
Dans l'après-midi du sabbat, les Juifs ont coutume de se promener; Joseph conduisit la sainte Vierge à la grotte de Maraha. Ils restèrent en prière et en méditation jusqu'à la clôture du sabbat, d'abord dans cette grotte, plus grande que celle de la crèche, puis sous l'arbre sacré.

Marie avait prévenu Joseph que la naissance de l'enfant aurait lieu à minuit, heure à laquelle se terminaient les neufs mois écoulés, depuis que l'ange du Seigneur l'avait saluée. Elle l'avait prié. de ne rien épargner pour recevoir et honorer dignement, à son entrée dans le monde, l'enfant promis par le Seigneur, et surnaturellement conçu. Elle voulait aussi qu'il priât avec elle pour tous ceux qui avaient si durement refusé de la recevoir. Joseph, à son tour, proposa à la sainte Vierge d'appeler de Bethléem, pour l'assister, deux pieuses femmes qu'il connaissait; mais elle répondit qu'elle n'avait besoin du secours de personne. Avec des perches et des nattes il fit pour Marie une tente séparée du reste de la grotte et de la place qu'il s'était réservée, puis il remplit la crèche d'herbes et de mousse, et y posa une couverture; alors la très-sainte Vierge lui annonça que le moment de sa délivrance était très proche, et lui demanda d'aller prier. Joseph, avant de s'éloigner, suspendit plusieurs lampes à la voûte de la grotte; un bruit inaccoutumé s'étant fait entendre du dehors, il sortit pour en connaître la cause. Il trouva là la jeune ânesse qui, abandonnée à elle-même, avait courut jusqu'alors dans la vallée des bergers; elle bondissait toute joyeuse autour de lui. Il l'attacha et lui donna du fourrage.
En rentrant dans la grotte, Joseph jeta les yeux sur la sainte Vierge; il l'a vit qui priait, agenouillée sur sa couche; elle lui tournait le dos, et avait le regard fixé sur l'orient. Elle était tout entourée d'une lumière surnaturelle qui remplissait la grotte entière. Il regarda ces flammes, comme autrefois Moïse le buisson ardent; puis, saisi d'une sainte frayeur, il se retira dans son réduit, et s'y prosterna la face contre terre.

 

 

 

[Marie et Joseph s'établissent dans la grotte de la Crèche]

472. Le saint époux Joseph, attentif à la majesté de sa divine épouse, qu'elle-même oubliait pour ainsi dire en vue de l'humilité, la supplia de ne le pas priver de cet emploi, qui maintenant lui revenait; et la prévenant, il commença à balayer et nettoyer tous les endroits de la grotte, sans qu'il pût néanmoins empêcher notre humble Dame de le seconder. A leur tour les saints anges, témoins pour ainsi dire confus dans leur forme humaine et visible, de cette pieuse lutte de l'humilité de leur Reine, se hâtèrent avec une sainte émulation d'aider à la besogne, ou, pour mieux dire, ils nettoyèrent en très-peu de temps cette grotte, la mirent dans un état de propreté décente, et la rendirent toute parfumée. Saint Joseph alluma du feu avec les petits instruments dont il s'était muni à cet effet. Et comme le froid était grand, ils s'en approchèrent pour recevoir quelque soulagement; ensuite ils entamèrent pour souper les frugales provisions qu'ils avaient, et ce fut avec une joie inexprimable, quoique la Reine de l'univers se trouvât à cette heure si proche de ses divines couches, tellement absorbée dans le mystère, qu'elle n'aurait rien mangé, si ce n'eût été pour obéir à son époux.


473. Après avoir mangé, ils rendirent grâces au Seigneur selon leur coutume, ils employèrent quelques instants à cette prière et à s'entretenir des mystères du Verbe incarné; mais bientôt la très-prudente Vierge reconnut que ses très-heureuses couches étaient fort proches. Elle engagea son époux Joseph à prendre quelque repos, parce que la nuit était déjà bien
avancée. L'homme de Dieu obéit à son épouse, et la supplia d'en faire autant; et pour lui en donner le moyen, il ajusta et garnit avec les hardes qu'ils portaient une crèche assez large, pratiquée dans l'aire de la grotte pour servir aux animaux qui s'y réfugiaient. Et, laissant l'auguste Marie s'installer dans ce petit lit, il se retira dans un recoin de l'entrée, où il se mit en oraison, Il y fut aussitôt visité de l'Esprit divin, et il sentit une force aussi douce qu'extraordinaire qui le ravit en une extase où lui fut montré tout ce qui arriva cette nuit dans la grotte fortunée; car il demeura dans ce ravissement sans avoir aucun usage de ses sens, jusqu'à ce que sa divine épouse l'appela. Et le mystérieux sommeil envoyé à saint Joseph fut bien plus sublime et plus heureux que celui d'Adam dans le paradis.

474. La Reine des créatures étant dans la crèche, fut au même moment excitée par une forte vocation du Très-Haut et par une douce et efficace transformation, qui la transporta au-dessus de tout ce qui est créé, et elle ressentit de nouveaux effets du pouvoir divin; car cette extase fut une des plus rares et des plus admirables de sa très - sainte vie [...] La connaissance des mystères de la divinité et de la très-sainte humanité de son Fils qu'elle avait reçue dans les autres visions, lui fut renouvelée, et elle découvrit d'autres secrets renfermés dans le sein de Dieu, cette source inépuisable. [...]

475. Le Très-Haut annonça à sa Mère Vierge qu'il était temps qu'il sortit de son sein virginal pour venir au monde, et en quelle manière la chose devait s'accomplir. La très - prudente Dame connut dans cette vision les sublimes raisons et les très- hautes fins qui déterminaient des œuvres si admirables et des mystères si profonds, tant du côté du Seigneur qu'en ce qui regardait les créatures, pour qui directement le tout était ordonné. Elle se prosterna devant le trône de la Divinité, et lui rendant honneur, gloire, louanges et actions de grâces, en son nom et en celui de toutes les créatures qui devaient reconnaître une miséricorde si ineffable et une telle preuve de l'amour infini du Seigneur, elle lui demanda une nouvelle lumière et une grâce spéciale pour opérer dignement en tout ce qui concernait le service du Verbe incarné,qu'elle devait bientôt recevoir entre ses bras et nourrir de son lait virginal. La divine Mère fit cette demande avec une très-profonde humilité [...] Et c'est parce qu'elle s'abaissa jusqu'à la poussière, parce qu'elle s'anéantit en la présence du Très- Haut, que sa divine Majesté l'éleva, lui donna de nouveau le titre de sa propre Mère, et lui commanda d'exercer cet office et ce ministère comme Mère légitime et véritable, en le traitant comme Fils du Père éternel, mais en même temps comme fils de ses entrailles. Tout cela pouvait bien être confié à une telle Mère, et dans cette qualité je renferme tout ce que je ne puis expliquer par mes paroles.

Leur installation dans la grotte est aussi très différente. Les visions divergent. Pour Marie, tout se passe le jour de leur arrivée à Bethléem. Ils arrivent vers 4 heures et se rendent à la grotte vers 9 heures. La naissance va avoir lieu tard dans la nuit. Les anges, toujours présents, aident de manière inattendue au nettoyage. Extases et visions sont sources d'instructions.

Pour Anne Catherine, l'arrivée à Bethléem a lieu un vendredi, la nuit marquant le début du sabbat. Ils se reposent pour le sabbat. La naissance aura lieu le samedi soir. Ils s'installent très simplement sans cohortes d'anges pour les y aider.

LUC 2: 6 Or donc, comme ils étaient là, furent révolus les jours où elle devait enfanter.

7 Et elle enfanta son fils, le premier-né, et elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.

Naissance du Christ.

Je vis la lumière qui entourait Marie devenir de plus en plus éclatante ; la lueur des lampes allumées par Joseph s'était éclipsée. Vers minuit, la très sainte Vierge entra en extase, et je la vis élevée au-dessus de terre; elle avait alors les mains croisées sur la poitrine, et sa large robe flottait autour d'elle en plis onduleux. La splendeur qui l'environnait augmentait sans cesse. La voûte, les parois et le sol de la grotte, comme vivifiés par la lumière divine, semblaient éprouver une émotion joyeuse.

Mais bientôt la voûte disparut à mes yeux; un torrent de lumière, qui allait toujours croissant, se répandit de Marie jusqu'au plus haut des cieux. Au milieu d'un mouvement merveilleux de gloires célestes, je vis descendre des chœurs angéliques, qui, en s'approchant. se montrèrent sous une forme de plus en plus distincte. La sainte Vierge élevée en l'air dans son extase, abaissait ses regards sur son Dieu, adorant Celui dont elle était devenue la mère, et qui sous l'aspect d'un frêle entant nouveau-né, était couché sur la terre devant elle.

Je vis notre Sauveur comme un petit enfant lumineux, dont la splendeur effaçait toute lumière autour de lui, couché sur le tapis, aux pieds de la sainte Vierge; il me sembla d'abord qu'il était tout petit, puis il parut grandir sous mes yeux; mais toute cette splendeur m'éblouissait tellement, qu'il m'est bien difficile d'exprimer ce que j'ai vu.

La sainte Vierge toujours en extase, déposa un linge sur l'enfant, mais sans le toucher encore et le prendre dans ses bras. Ce ne fut que lorsqu'il se mut et pleura, que Marie, revenant à elle, le prit, l'enveloppa et le pressa sur son cœur. Puis elle s'assit, couvrit le Sauveur de son voile, et je crois qu'elle l'allaita. Je vis alors, tout autour d'elle, une foule d'anges, sous la forme humaine, se prosterner devant l'enfant et l'adorer.

 

 

 

[Naissance du Christ.]

476. La très-pure Marie jouit plus d'une heure de cette vision béatifique, dont il plut à Dieu de la gratifier immédiatement avant sa divine délivrance. Et au moment où elle en sortait et reprenait ses sens, elle reconnut et vit que le corps de l'Enfant-Dieu se remuait dans son sein virginal, se dégageant et prenant pour ainsi dire congé de ce lieu naturel où il avait demeuré neuf mois, et qu'il se préparait à sortir de ce sacré tabernacle. Ce mouvement de l'enfant, non-seulement ne causa point de douleur à la Vierge-Mère, comme il arrive aux autres filles d'Adam et d'Ève lorsqu'elles enfantent (Gen III,16); mais au contraire, il la renouvela toute dans les transports d'une joie ineffable de sorte que son âme et son très-chaste corps éprouvèrent des effets si divins et si sublimes, qu'ils surpassent tout ce que l'entendement créé peut concevoir. Son corps, resplendissant d'une beauté céleste, se spiritualisa au point qu'elle ne paraissait plus une créature humaine et terrestre. Son visage jetait des rayons de lumière comme un soleil brillant de tout son éclat. Une majesté admirable était répandue sur toute sa physionomie, et son cœur était enflammé d'un fervent amour de Dieu. Elle se tenait à genoux dans la crèche, les yeux élevés au ciel, les mains jointes contre la poitrine, l'esprit perdu dans la divinité qui la transformait. C'est dans cet état, en sortant de ce divin ravissement, que notre très-auguste Princesse donna au monde le Fils unique du Père et le sien, notre Sauveur, Jésus, Dieu et homme véritable, à l'heure de minuit, un jour de dimanche, et en l'année de la création du monde que l'Église romaine, enseigne être cinq mille cent quatre-vingt-dix neuf , et il m'a été déclaré que cette supputation est certaine et exacte [...]

478. A peine la Mère toujours vierge fut-elle sortie de la vision béatifique dont je viens de parler, que le Soleil de justice, le Fils du Père éternel et le sien, naquit d'elle, radieux de beauté et de pureté, la laissant dans son intégrité virginale toujours plus consacrée et plus divinisée, car il ne fit que passer sans aucune altération matérielle à travers les parois du tabernacle immaculé, comme les rayons du soleil qui pénètrent une glace de cristal sans l'ébrécher, et la rendent plus belle et plus éclatante. Et avant que d'expliquer la manière miraculeuse avec laquelle cela eut lieu, je dis que l'Enfant-Dieu naquit sans cette membrane appelée secondine, qui embarrasse les autres enfants à leur naissance et les enveloppe dans le sein de leur mère. Je ne m'arrête point à expliquer comment a pu se répandre l'erreur de l'opinion contraire. Il suffit de savoir et de présupposer qu'en la génération du Verbe humanisé et en sa naissance, le puissant bras du Très-Haut prit et choisit de la nature tout ce qui appartenait à la réalité et à la substance de la génération humaine, afin qu'on pût véritablement dire que le Verbe fait homme a été réellement conçu et engendré de la substance, et est né vrai fils de sa mère toujours vierge, Quant aux autres conditions, qui sont simplement accidentelles et non point essentielles à la génération et à la naissance, on doit en écarter de notre Seigneur Jésus-Christ et de sa très-sainte Mère non-seulement celles qui proviennent du péché originel ou actuel, ou qui s'y rattachent; mais encore beaucoup d'autres qui ne dérogent point à la substance de la génération ou de la naissance, et qui renferment dans les termes de la nature soit quelque chose d'impur, soit quelque chose de superflu, qui n'était pas nécessaire pour qu'on pût appeler la Reine du ciel, Mère véritable, et notre Seigneur Jésus-Christ son propre Fils, et qu'on pût dire qu'il est né d'elle. En effet, ces suites du péché ou ces opérations de la nature, n'étaient essentielles ni à la réalité de l'incarnation humaine de l'Enfant-Dieu, ni à son office de Rédempteur et de Maître, et tout ce que n'exigeait pas l'accomplissement

 

Il s'était déjà écoulé une heure depuis la naissance de l'enfant, lorsque Marie appela joseph, qui priait encore le front dans la poussière. Il vint, et se prosterna, plein de, joie, de ferveur et de crainte. Ce ne fut que lorsque Marie l'eut invité à presser contre son cœur le don sacré de Dieu, qu'il se leva, prit l'enfant dans ses bras et rendit grâces au Ciel, les yeux baignés de larmes.

Alors la sainte Vierge emmaillota l'enfant Jésus. Elle n'avait apporté que quatre langes. Je vis ensuite Joseph et Marie s'asseoir par terre, l'un à côté de l'autre. Ils gardaient le silence et semblaient absorbés dans la contemplation. Devant eux était couché Jésus nouveau-né, emmailloté ainsi qu'un autre enfant, mais beau et brillant comme un éclair. " Ah ! me disais-je, ici est renfermé le salut de tout l'univers, et personne ne s'en doute ! "
Ils déposèrent ensuite l'enfant dans la crèche, garnie de mousse et de belles plantes, sur lesquelles était étendue une couverture; et tous deux restèrent là, chantant des hymnes de joie, les yeux baignés de larmes. Joseph transporta auprès de la crèche le siège et la couche de Marie. Je la vis, avant et après la naissance du Sauveur, sous un vêtement blanc dont elle était tout enveloppée. Elle était là, assise ou agenouillée, debout ou couchée, mais jamais malade, ni fatiguée.

 

 


 

485. Il était temps que la très-prudente Dame appelât son très- fidèle époux Joseph, qui était, comme j'ai dit, plongé dans une extase divine où lui furent révélés tous les mystères de l'enfantement sacré qui furent célébrés en cette nuit. En effet, il était convenable qu'il vit et touchât par les sens corporels le Verbe humanisé, qu'il lui offrit. son culte et ses adorations plus tôt qu'aucun autre des mortels, puisqu'il était le seul choisi entre tous pour être le dispensateur fidèle d'un mystère si sublime, Il sortit de cette extase par le moyen de la volonté de sa divine épouse; et, revenu à lui-même, le premier objet qu'il aperçut, ce fut l'Enfant-Dieu entre les bras de sa Mère Vierge, appuyé sur son sein et sur son visage sacrés. C'est là qu'il l'adora avec la plus profonde humilité, ému jusqu'aux larmes, Il lui baisa les pieds avec une nouvelle joie et avec une admiration telle, qu'elle lui eût arraché la vie si une vertu divine ne la lui eût conservée; il eût au moins perdu l'usage de ses sens, si Dieu n'eût voulu qu'il pût s'en servir dans cette occasion. Après que saint Joseph eut adoré l'Enfant, la très-prudente Mère demanda à son Fils la permission de s'asseoir (car elle était restée jusqu'alors à genoux) ; et le saint lui donnant les langes qu'ils avaient apportés, elle l'en enveloppa avec une révérence, une dévotion et un soin incomparables. Lorsqu'il fut ainsi emmailloté, la très-sainte Mère, avec une sagesse divine, le coucha dans la crèche, comme le dit l'évangéliste saint Luc, en mettant quelque peu de paille et de foin sur une pierre, pour placer plus commodément le Verbe incarné dans le premier lit qu'il eut sur la terre hors des bras de sa Mère. Bientôt un bœuf accourut (par la Volonté divine) en toute hâte des champs voisins; il entra dans la grotte et se joignit au petit âne qui avait porté notre auguste Reine. Et elle leur commanda d'adorer et de reconnaître leur Créateur avec le respect que pouvaient témoigner des êtres irraisonnables. Les humbles animaux obéirent au commandement de leur Maîtresse; ils se prosternèrent devant l' Enfant; ils le réchauffèrent de leur haleine, et lui rendirent le service que les hommes lui avaient refusé. Ainsi Dieu fait homme fut enveloppé de langes et couché dans la crèche entre deux animaux: et c'est alors que fut accomplie miraculeusement la prophétie conçue en ces termes: Le bœuf connut Celui à qui il appartenait, et l'âne la crèche de son Maître; mais Israël ne le connut point, et son peuple était sans entendement (Isaïe 1 :3).

En ce qui concerne la naissance de Jésus, Marie est beaucoup plus prolifique qu'Anne Catherine. Son texte est plus doctrinal alors qu'Anne Catherine a un style plus descriptif. Néanmoins, les similitudes sont frappantes: La lumière, l'extase de Marie (phénomène fréquent chez les mystiques) ou l'humilité de Joseph.
Ici, point d'accouchement dans la douleur ; point de sang ou de cordon ombilical à couper. Si Anne Catherine ne donne pas d'explication de sa vision, Marie fait resplendir la doctrine de l'Eglise: la Vierge-Marie, conçue sans péché (l'Immaculée Conception)
mit au monde Jésus d'une façon exempte du péché annoncé par Dieu à Adam et Eve (Genèse 3 :16): "ne causa point de douleur". La Vierge-Marie est toujours Vierge : "la laissant dans son intégrité virginale". L'explication théologique (voire médicale) est très appuyée : "l'Enfant-Dieu naquit sans cette membrane appelée secondine"

Une différence est tout de même significative: Marie a recours à " la Volonté divine" pour faire venir un bœuf des champs en pleine nuit. Anne Catherine ne voit pas de bœuf ! Seuls un âne et une ânesse sont à l'extérieur. D'ailleurs, les Evangiles ne rapportent que la présence de bergers. On s'attend bien à trouver quelques moutons, mais pas un bœuf ! Il est étonnant d'imaginer un bœuf seul dans les champs tard dans la nuit.

La tradition du bœuf dans nos crèches provençales remonterait à Saint François d'Assise qui se serait inspiré du prophète Isaïe (1 : 3) : "Le boeuf connaît son possesseur et l'âne la crèche de son maître." (Osty) comme nous le rappelle Marie d'Agréda.

Faisons maintenant un saut dans le temps, après l'adoration des bergers, pour nous intéresser à la venue des mystérieux rois mages.

MATTHIEU 2: 1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages venus du Levant se présentèrent à Jérusalem,

2 en disant: " Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile au Levant et nous sommes venus nous prosterner devant lui. "

Départ des trois rois mages en Orient.

Théokéno habitait au delà du pays où Abraham avait d'abord vécu; les deux autres rois demeuraient dans le voisinage.
A l'aube du jour, le cortège de Théokéno rejoignit celui de Mensor et de Saïr, dans une ville ruinée; on y voyait encore de longues rangées de colonnes isolées. Au-dessus des portes formées par des tours carrées à moitié écroulées, on voyait de grandes et belles statues, qui, au lieu de la raideur des statues égyptiennes, avaient des attitudes pleines de grâce et de vie. Après s'être réunis, les trois cortèges quittèrent sur-le-champ cette ville, et continuèrent rapidement leur voyage. Un grand nombre de pauvres, attirés par leur libéralité, les suivirent.
Chacun des trois rois était accompagné de quatre parents ou amis, de telle sorte que le cortège se composait, y compris les rois, de quinze personnes de haut rang. De plus, on y comptait un grand nombre de chameliers et de domestiques. Je reconnus Éléazar qui fut plus tard martyr; il était du nombre des jeunes gens qui composaient le cortège, et dont l'agilité était remarquable; vêtus seulement depuis la ceinture, ils couraient et sautaient avec une adresse surprenante.
Le cortège était divisé en trois corps, dont chacun avait son chef ou roi. Chacun de ces corps différait par la couleur du teint. La tribu de Mensor était basanée; celle de Saïr brune, et celle de Théokéno jaunâtre. Les personnages de distinction étaient assis, un sceptre à la main, sur des chameaux, entre des paquets couverts de tapis. Les domestiques et les esclaves, mon lés sur de moindres bêtes de somme, les suivaient avec les bagages.Aux stations, les trois rois et les anciens étaient, chacun pour sa tribu, ce qu'est un père de famille pour sa maison. Ils partageaient et distribuaient la nourriture; ils remplissaient, eux-mêmes des coupes et donnaient à boire à tous. Les domestiques, parmi lesquels on remarquait des nègres, étaient assis par terre, et attendaient patiemment que leur tour vint d'être servis. Qu'elles étaient touchantes la simplicité et la douceur de ces bons rois ! Ils partageaient ce qu'ils avaient avec les pauvres accourus à leur suite. Ils leur présentaient même des vases d'or, et les faisaient boire comme de petits enfants.
L'étoile qui conduisait les rois me produisait l'effet d'un globe rond suspendu à un fil lumineux, conduit par une main invisible, et qui versait, comme par une bouche, sa lumière. Pendant la journée, je voyais les cortèges précédé d'un corps lumineux, dont l'éclat surpassait toute clarté […]

Arrivés à une ville dont le nom ressemblait à Causour, et qui se composait de tentes dressées sur des fondements en pierre, les cortèges s'arrêtèrent chez le roi du pays, qui habitait à peu de distance de là. Depuis leur réunion dans la cité en ruine, ils avaient fait environ soixante-trois lieues. Ils racontèrent au roi de Causour tout ce qu'ils avaient vu dans les étoiles […]

Je les ai entendus lui exposer l'origine de leur coutume d'observer les astres; voici ce que j'ai retenu:
Les ancêtres des trois rois descendaient de Job, qui avait habité près du Caucase, et possédé des terres, dans des contrées encore plus éloignées. Environ quinze cents ans avant Jésus-Christ, ils ne formaient qu'une seule tribu. Le prophète Balaam était de ce pays; un de ses disciples y avait répandu et expliqué sa prophétie : " Une étoile naîtra de Jacob. " Sa doctrine avait trouvé beaucoup de partisans; ils avaient élevé une grande tour, au sommet d'une montagne, et plusieurs savants astrologues y demeuraient alternativement.
J'ai vu cette tour, qui était très large à la base, et terminée en pointe. Toutes leurs observations astrologiques se conservaient par tradition. Elles furent interrompues à plusieurs reprises, par suite de divers événements. Plus tard, les hommes s'adonnèrent à la plus abominable idolâtrie, et sacrifièrent des enfants pour accélérer l'avènement de l'enfant promis. Environ cinq siècles avant la naissance de Jésus-Christ, ils avaient cessé de regarder le ciel. Alors leur race s'était divisée en trois tribus qui avaient pour chefs trois frères. Ces frères, qui vivaient séparés, ainsi que leurs tribus, avaient trois filles, gratifiées par Dieu du don de prophétie. Revêtues de longs manteaux, elles parcouraient le pays, et prédisaient qu'une étoile annoncerait l'enfant qui devait naître de Jacob. On se remit, en conséquence, à observer les astres, et le désir de l'avènement de l'enfant redevint très vif dans les trois tribus. Les trois rois descendaient en ligne directe de ces trois frères, qui en cinq cents ans avaient formé quinze générations. Ils différaient de teint, parce qu'ils se sont mêlés à diverses races.
Depuis cinq siècles, les ancêtres des trois rois n'avaient jamais discontinué de se réunir, à diverses époques, dans la tour, et d'y être attentifs au cours des astres. Tous les faits remarquables, surtout ceux qui se rapportaient à l'avènement du Messie, leur étaient annoncés par des constellations merveilleuses.
Depuis que Marie avait été conçue, c'est-à-dire depuis quinze ans, ces constellations indiquaient plus distinctement que la naissance de l'enfant était proche. Ils avaient même vu plusieurs signes qui présageaient la passion de Notre-Seigneur.
Ils pouvaient supputer le temps de l'apparition de l'étoile, qui, suivant la prophétie de Balaam, devait naître de Jacob; car ils avaient vu l'échelle de Jacob, et, d'après le nombre des échelons et la succession des images qui s'y montraient, ils pouvaient calculer l'approche du salut; l'échelle venait en effet aboutir à cette étoile, ou bien l'étoile était la dernière image qui s'y montrait. Au temps de la conception de Marie, ils avaient vu la vierge avec un sceptre et une balance portant sur ses plateaux du froment et des raisins. Plus tard la vierge leur apparut avec l'enfant. Ils virent ensuite Bethléem, sous la forme d'un château magnifique d'où se répandait une abondance de bénédictions, puis la Jérusalem céleste, séparée de Bethléem par un chemin lugubre, plein d'épines, de combats et de sang.
Ils interprétèrent ces visions au sens propre. Ils croyaient donc que le nouveau roi était né au milieu de cette magnificence, et que tous les peuples allaient se prosterner devant lui. C'est pourquoi ils allaient aussi lui porter des présents. Ils prenaient la Jérusalem céleste pour son royaume sur la terre, et c'était là qu'ils pensaient arriver. Ils supposaient que le chemin sombre figurait leur voyage, ou bien une guerre dont le roi était menacé. Ils ne savaient pas que c'était l'image du douloureux chemin de la croix […]

Le culte des astres exerçait une influence dangereuse sur les gens qui avaient de l'inclination au mal. Lors de leurs visions, ces derniers éprouvaient d'horribles convulsions, qui les égaraient jusqu'à leur faire sacrifier des enfants. Mais les gens de bien, comme les trois saints rois, virent ces choses sans trouble, avec une clarté pleine de douce émotion, et ils en devinrent meilleurs et plus pieux […]

 

Les trois rois mages viennent de l'Orient et adorent le Verbe incarné à Bethléem.

552. Les trois rois mages qui vinrent chercher l'Enfant-Dieu nouvellement né, étaient originaires de la Perse, de l'Arabie et de Saba, régions à l'est de la Palestine. David prophétisa particulièrement leur venue, et avant lui, Balaam, quand il bénit par la volonté divine le peuple d'Israël, quoique Balac, roi des Moabites, l'eût appelé pour le maudire. Balaam dit, en le bénissant, qu'il verrait le Roi-Christ, mais non pas alors; qu'il le considèrerait, mais non pas de près, parce qu'il ne le vit point par lui-même, mais par les mages ses descendants: et ce ne fut pas incontinent, mais plusieurs siècles après. Il dit aussi qu'une étoile sortirait de Jacob, parce qu'elle serait destinée à désigner Celui qui naissait pour régner éternellement en la maison de Jacob.

553. Ces trois rois étaient fort versés dans les sciences naturelles, aussi bien que dans les Écritures du peuple de Dieu, et c'est pour cela qu'ils furent appelés mages. Par les notions qu'ils puisèrent dans les saintes Écritures et dans leurs entretiens avec plusieurs Hébreux, ils arrivèrent à une espèce de créance de la venue du Messie que ce peuple attendait. C'étaient en outre des hommes droits, amis de la vérité, fort observateurs de la justice dans le gouvernement de leurs États: car ils n'étaient pas aussi étendus que le sont les royaumes de notre temps, ils les gouvernaient facilement par eux-mêmes, et y rendaient la justice comme des princes sages et vertueux, ce qui est l'office légitime d'un roi. Et c'est pourquoi le Saint-Esprit dit que Dieu tient son cœur dans ses mains pour le conduire comme une eau courante selon sa sainte volonté, Ils avaient l'âme noble, grande et généreuse, incapable de cette avarice et de cette cupidité qui rapetissent, dégradent et tyrannisent tellement les cœurs de certains princes. Et comme leurs États étaient voisins, ils se fréquentaient et se communiquaient les vertus morales qu'ils pratiquaient et les sciences qu'ils professaient, se faisant toujours part des choses importantes qu'ils venaient à apprendre ou à connaître. En un mot, c'étaient des amis intimes, très-fidèles dans leurs relations,

554. J'ai déjà dit au chapitre XIe, paragraphe 492, comment dans la même nuit que naquit le Verbe incarné, ils furent informés de sa naissance temporelle par le ministère des anges: Ce qui arriva en cette manière : un des gardiens de notre Reine, supérieur à ceux que ces trois rois avaient, fut envoyé de la grotte, et comme supérieur il illumina les anges des trois mages, leur déclarant la volonté du Seigneur, qui leur ordonnait de découvrir, chacun à celui qu'il avait sous sa garde, le mystère de l'incarnation et de la naissance de notre Rédempteur Jésus-Christ. Aussitôt les trois anges, parlèrent dans un songe, à la même heure, chacun d'eux, au mage qu'il accompagnait. C'est l'ordre commun des révélations angéliques de se transmettre du Seigneur aux âmes en suivant la hiérarchie des anges eux-mêmes. Cette illumination des rois touchant les mystères de l'incarnation fut très-abondante et très-claire, car ils y apprirent que le Roi des Juifs, vrai Dieu et vrai homme, était né; que c'était le Messie et le Rédempteur qu'ils attendaient, celui que les Écritures et les prophéties promettaient; que l'étoile que Balaam avait annoncée leur serait donnée pour guide, et qu'elle les conduirait où il se trouvait, Chaque roi apprit aussi que cet avis était donné aux deux autres ;qu'une si grande et si merveilleuse faveur ne devait pas être négligée, mais qu'ils devaient coopérer à la divine lumière et faire tout ce qu'elle leur enseignait Ils furent illustrés par cette lumière, embrasés d'amour et enflammés d'un désir véhément de connaître Dieu fait homme, de l'adorer pour leur Créateur et Rédempteur, et de le servir avec une plus grande perfection; les excellentes vertus morales qu'ils avaient acquises leur servant à tout cela, parce qu'elles les avaient bien disposés à recevoir la lumière divine.

555. Les rois mages s'éveillèrent après avoir reçu cette révélation du ciel; ils se prosternèrent aussitôt et adorèrent en esprit l'être immuable de Dieu. Ils glorifièrent sa miséricorde et sa bonté infinie, de ce que le Verbe avait pris chair humaine d'une vierge pour racheter le monde et donner le salut éternel aux hommes. Étant tous trois particulièrement animés et dirigés par le même esprit, ils résolurent de partir sans délai pour la Judée, et de chercher l'Enfant-Dieu pour l'adorer; ils préparèrent les présents d'or, d'encens et de myrrhe qu'ils devaient lui porter dans une égale quantité, parce qu'ils étaient en tout conduits avec mystère, de sorte que sans qu'ils se fussent rien communiqué, les dispositions et les mesures qu'ils prirent pour leur voyage furent absolument conformes; et pour hâter leur prompt départ, ils préparèrent le même jour les chameaux, les provisions et les domestiques qui leur étaient précisément nécessaires. Et sans s'arrêter à l'effet étrange que produirait aux yeux du peuple, de les voir se rendre dans un royaume étranger avec si peu de faste et de suite, sans avoir même une connaissance certaine du lieu, ni aucun signe assuré pour reconnaître l'Enfant, ils se décidèrent, dans la ferveur de leur zèle et dans l'ardeur de leur amour, à aller aussitôt le chercher.

556. En ce même moment, le saint ange qui avait été envoyé de Bethléem aux rois, forma de la matière de l'air une très-brillante étoile, quoiqu'elle ne fût pas aussi grande que celles du firmament, car elle ne monta pas plus haut que la fin de sa formation ne l'exigeait; elle resta dans la région aérienne pour conduire les rois jusqu'à la grotte où était l'Enfant-Dieu. Elle avait une clarté propre qui était différente de celle du soleil et des autres étoiles, et par sa très-belle et très-agréable lumière elle éclairait de nuit comme un flambeau radieux, et se distinguait pendant le jour, malgré la splendeur du soleil, par un éclat extraordinaire. Ces rois ne furent pas plutôt sortis de chez eux, qu'ils virent la nouvelle étoile, unique dans son espèce, parce qu'elle fut placée à une telle distance et hauteur, qu'elle parut à tous trois au même instant, quoiqu'ils se trouvassent en des endroits différents. Et comme ils prirent tous trois la route que l'étoile miraculeuse leur marquait, ils ne tardèrent pas de se joindre; et alors elle s'en approcha beaucoup plus; s'abaissant de plusieurs degrés dans la région de l'air, de sorte qu'ils jouissaient de plus près de sa douce lumière, Ensuite ils se communiquèrent leurs révélations aussi bien que leurs desseins, qui se trouvèrent être tout à fait les mêmes [...]


 

 

Anne Catherine donne beaucoup d'informations nouvelles sur les rois mages. Leurs noms, leurs ancêtres, leur pays, la prophétie de Balaam (Nombre 24:17)... Dans ses visions, l'intérêt des mages pour la naissance du "roi des Juifs" provient de leur culte des astres. (Note: Pour les distances exprimées en lieue, 1 lieue = environ 4 km "environ soixante-trois lieues" correspond donc à environ 252 km).

Pour Marie d'Agréda les mages n'observent pas les étoiles mais ont déjà connaissance de la foi juive et de leurs Ecrits. Ce sont des anges qui leur ont révélé en songe la naissance du "roi des Juifs". Marie aurait-elle refusé de lier une astrologie réprouvée avec les bonnes intentions des mages ? Il est tout de même très étonnant de les voir devenus si éclairés sur le mystère de la divinité de Jésus: "le Roi des Juifs, vrai Dieu et vrai homme" ou " l'Enfant-Dieu".

Laissons de côté l'épisode de l'arrivée à Jérusalem et de l'entrevue avec le roi Hérode. Alors qu' Anne Catherine décrit le voyage des mages, Marie ne détaille pas leur voyage. Pour "combler" ce vide, voici une spécificité du récit de Marie d'Agréda: les pérégrinations de Lucifer (à rapprocher du livre de Job dans nos Bibles).

 

MATTHIEU 2: 9 Sur ces paroles du roi, ils s'en allèrent. Et voici que l'étoile qu'ils avaient vue au Levant les précédait, jusqu'à ce qu'elle vint se placer au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

Adoration des Mages

L'étoile, qui brillait la nuit comme un globe de feu, présentait alors l'aspect qu'a la lune en plein jour; elle ne paraissait pas tout à fait ronde, mais dentelée; souvent elle était cachée par des nuages.
La grande route de Bethléem à Jérusalem fourmillait de voyageurs, avec des bagages et des ânes, soit qu'ils revinssent de Bethléem, après avoir payé l'impôt, soit qu'ils se rendissent au Temple ou au marché de Jérusalem.
Au contraire, le chemin de traverse qu'avaient pris les rois était solitaire. Dieu les conduisait sans doute par cette voie peu fréquentée, pour qu'ils pussent arriver à Bethléem vers le soir et sans bruit. Le soleil était près de se coucher, lorsqu'ils se remirent en marche, cheminant comme d'abord: Mensor le basané et le plus jeune, en avant, puis Saïr le brun; Théokéno le blanc, le plus âgé, fermait la marche.
Au crépuscule du soir, le cortège des rois arriva devant Bethléem, à ce même bâtiment où Marie et joseph s'étaient fait, inscrire. A la vue de ce cortège, des curieux, en assez grand nombre, se réunirent. L'étoile s'étant éclipsée, les rois ressentaient de l'inquiétude. Des hommes vinrent à eux pour les interroger. A peine eurent-ils mis pied à terre, que des employés s'avancèrent à leur rencontre, portant en main des rameaux et des rafraîchissements qu'ils leur offrirent. On souhaitait ainsi la bienvenue aux étrangers de haut rang. Je me dis alors à moi-même: "Ils sont bien plus polis avec ces rois qu'avec le pauvre saint Joseph, et cela, parce qu'ils ont distribué autour d'eux de petites pièces d'or. " On leur indiqua la vallée des Bergers comme un bon emplacement pour dresser leurs tentes.
Ils restèrent longtemps indécis. Ils ne firent point de questions sur le roi nouveau-né, n'ignorant pas le lieu désigné par la prophétie et craignant d'ailleurs, d'après les discours d'Hérode, d'attirer sur eux l'attention. Mais quand ils virent briller au firmament, du côté de Bethléem, un astre pareil à la lune à son lever, ils remontèrent sur leurs bêtes, puis, longeant un fossé et des murs écroulés, ils se dirigèrent vers l'orient en faisant le tour de Bethléem par le midi; ils s'approchèrent ainsi de la crèche, par le côté de la plaine où les anges étaient apparus aux bergers.
Arrivés dans la vallée qui s'étend derrière la grotte de la crèche, ils descendirent de leurs montures. Leurs gens déballèrent leurs effets, dressèrent une vaste tente, et disposèrent toutes choses, aidés de quelques bergers qui leur indiquèrent les endroits convenables.


 

Ce qui fut caché au démon du mystère de la naissance du Verbe incarné

502. Lucifer ayant remarqué, dans l'erreur où il était, quelques-unes des particularités qui arrivèrent en la nativité, assembla dans l'enfer ses ministres et leur dit :

" Je ne trouve aucun sujet de crainte en ce que nous avons découvert dans le monde, car bien que la femme que nous avons persécutée avec tant d'acharnement ait enfanté un fils, ce fils est né dans une telle pauvreté, dans une telle obscurité, que sa mère n'a même pas pu trouver asile dans une hôtellerie; et nous n'ignorons pas combien tout cela se concilie peu avec le pouvoir et la majesté de Dieu. Et si cet enfant doit venir se mesurer avec nous, il n'est pas assez fort tel qu'il nous apparaît, et d'après ce que nous avons appris, pour résister à notre puissance. Il n'y a donc pas lieu de craindre que ce soit là le Messie, d'autant plus qu'on parle déjà de le Circoncire comme les autres hommes; s'il a besoin du remède du péché, cela ne s'accorde certes pas avec la qualité de sauveur du monde. Toutes ces marques sont contraires à l'éclat qui doit accompagner la venue de Dieu sur la terre;c'est pourquoi il me semble que noua pouvons, quant à présent ; être assurés qu'il n'y est pas venu. "

Les ministres d'iniquité partagèrent l'opinion de leur chef maudit, et restèrent convaincus que le Messie n'était point encore arrivé, parce qu'ils étaient tous complices en la malice qui les aveuglait et causait leur erreur. Lucifer ne pouvait pas s'imaginer, dans son orgueil opiniâtre, que la divine Majesté s'abaissât; et comme il désirait les applaudissements, le faste, l'honneur, l'ostentation, et que, s'il avait pu obtenir les adorations de toutes les créature, il n'aurait pas manqué, lui, de les exiger, il lui était impossible de comprendre que Dieu, assez puissant pour se les faire rendre, permit le contraire, et s'assujettît à l'humilité que ce serpent orgueilleux avait tant en horreur.

Anne Catherine donne de nombreux détails géographiques du voyage des mages et fait mention de "la vallée des Bergers" .

Marie, par-contre, n'en dit rien de plus que ce qu'on peut lire dans l'Evangile.

Le texte qui rend compte de l'aveuglement de Lucifer est très particulier des écrits de Marie d'Agréda. Si Mel Gibson s'est grandement inspiré d'Anne Catherine Emmerich pour son film "La Passion du Christ", c'est probablement chez Marie qu'il a trouvé le plus de références aux agissements du démon pendant la Passion.

 

MATTHIEU 2: 10 A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie.

11 Et, entrés dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et tombèrent, prosternés, devant lui. Et, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Ces arrangements n'étaient pas encore terminés, lorsque les rois virent l'étoile apparaître, claire et brillante, au-dessus de la colline de la crèche; elle y répandait une profusion de lumière. Elle sembla s'incliner vers la grotte, et en même temps grossir de plus en plus. Ils la contemplèrent avec un profond étonnement; l'obscurité ne leur laissait apercevoir que les vagues contours de la colline. Tout à coup une joie immense envahit leur âme, car ils virent, dans la lumière, la figure resplendissante d'un enfant. Tous, la tête nue, lui rendirent leurs hommages; puis les trois rois se dirigèrent vers la colline, et découvrirent la porte de la grotte. Mensor y alla, l'ouvrit et vit la grotte toute pleine d'une lumière divine; la Vierge était assise au fond, avec l'enfant dans ses bras, telle qu'en leurs visions elle était apparue à ses compagnons et à lui.
Il revint aussitôt le dire aux deux autres rois. Au même instant, Joseph sortit de la grotte avec un vieux berger: ils lui déclarèrent en toute simplicité qu'ils venaient pour adorer le roi nouveau-né, dont ils avaient vu l'étoile, et pour lui offrir leurs présents. Joseph les salua avec respect et bienveillance.
Aussitôt ils se préparèrent pour leur auguste cérémonie. Ils mirent de grands et magnifiques manteaux blancs à longue queue, qui flottaient légèrement autour d'eux, et brillaient comme brille la soie écrue: c'était leur costume ordinaire dans les solennités religieuses. Des bourses et des boîtes d'or étaient suspendues à leurs ceintures. Chacun des rois était suivi de quatre personnes de sa famille; quelques .serviteurs de Mensor les accompagnaient, portant une petite table, un tapis à franges et plusieurs pièces d'étoffes légères.
Saint Joseph les conduisit d'abord sous l'auvent placé devant la grotte; là, après avoir étendu sur la table le tapis à franges, chacun des trois y déposa quelques boîtes en or et des vases du même métal: c'étaient les présents qu'ils offraient en commun. Mensor et tous les autres ôtèrent alors leurs sandales, et Joseph ouvrit la porte. Mensor était précédé de deux jeunes gens, tenant en main une pièce d'étoffe légère qu'ils étendirent sur le sol; après quoi ils se retirèrent en arrière. Deux autres le suivaient avec la table sur laquelle étaient les présents. Arrivé devant la sainte Vierge, il mit un genou en terre, et plaça humblement à ses pieds ces objets précieux. Les quatre hommes de sa famille étaient derrière lui, respectueusement inclinés. Pendant ce temps, Séïr et Théokéno, avec leur suite, se tenaient à l'écart, vers la porte.

Lorsqu'ils entrèrent, ils étaient comme ravis d'émotion et de ferveur, et éblouis par la lumière qui remplissait la grotte; et cependant il n'y avait là d'autre flambeau, que la Lumière du monde. Marie, appuyée sur un bras, et plutôt couchée qu'assise, se tenait à la gauche de l'enfant Jésus, qui reposait au lieu même où il était né, dans une auge, couverte d'un tapis et placée sur une estrade. Quand elle aperçut les mages, la sainte Vierge se redressa, sans se lever; elle mit son grand voile, et en enveloppa aussi l'enfant Jésus, qu'elle prit dans ses bras. Mensor s'agenouilla, et, déposant les présents devant lui, il fit hommage à l'enfant dans les termes les plus touchants, les mains croisées devant la poitrine et la tête inclinée. Pendant ce temps, Marie avait découvert le haut du corps de l'enfant, qui du milieu de l'espèce d'auréole que formait le voile, regardait avec un aimable sourire; elle soutenait sa petite tête de l'une de ses mains, et l'entourait de l'autre bras. Il tenait ses petites mains jointes devant sa poitrine, ou les tendait gracieusement devant lui.
Oh ! qu'ils étaient heureux de l'adorer, ces chers hommes de l'Orient ! En les voyant, je me disais à moi-même: " Leurs cœurs sont purs et sans tache, pleins de bonté et d'innocence comme des cœurs d'enfants pieux. Ils sont sans emportement, et pourtant pleins de feu et d'amour. Et moi je suis morte, je ne suis qu'un esprit; autrement je ne pourrais voir ces choses, car elles n'existent pas maintenant, et cependant maintenant elles existent. Mais cela n'existe pas dans le temps; en Dieu il n'y a pas de temps, en Dieu tout est présent ; je suis morte, je suis un esprit. " Pendant que j'avais ces étranges pensées, j'entendis une voix me dire: " Que t'importe ce que tu es ? Regarde, et loue le Seigneur, qui est éternel et en qui tout est éternel. "
Je vis alors Mensor tirer d'une bourse, suspendue à sa ceinture, une poignée de petits lingots d'un or pur, de la longueur du doigt, épais au milieu et pointus par les bouts: c'était son présent, qu'il plaça humblement sur les genoux de là sainte Vierge, à côté de l'enfant Jésus. Elle accepta l'or, en remerciant avec bonté, et le couvrit d'un pan de son manteau. Mensor donna ces lingots d'or pur, parce qu'il était plein de foi et d'amour, et qu'il cherchait la vérité avec un zèle persévérant et infatigable.
Ensuite il se retira avec ses quatre parents, et Séïr, le brun, s'approcha avec les siens. Il s'agenouilla avec une profonde humilité, et il présenta son offrande, qu'il accompagna de paroles touchantes.

C'était un encensoir d'or, plein de petits grains résineux de couleur verdâtre; il le plaça sur la table, devant l'enfant Jésus. I1 donna l'encens, parce qu'il était un homme soumis avec respect et de tout son cœur à la volonté de Dieu, qu'il servait avec zèle. Il resta longtemps agenouillé en prière, avant de se retirer.
Après lui vint Théokéno, le plus âgé des trois rois; déjà raidi par la vieillesse, il ne pouvait plier les genoux ; il se tint donc debout, mais le corps prosterné. Il plaça sur la table un vase d'or, surmonté d'une belle plante verte. C'était une myrrhe, arbuste à tige droite, couronné de jolies fleurs blanches, formant de petits bouquets frisés. Il offrit la myrrhe, parce qu'elle est le symbole de la mortification et de la victoire sur les passions; car cet excellent homme avait vaincu de fortes tentations d'idolâtrie, de polygamie et de violence de caractère. Sa profonde émotion le retint si longtemps devant Jésus, que j'avais compassion des autres serviteurs, restés hors de la grotte et avides de voir l'enfant Jésus […]
La Mère de Dieu accepta leurs présents avec une humble reconnaissance. Elle resta d'abord silencieuse, et, sous son voile, un modeste frémissement exprimait sa touchante et pieuse émotion. Le petit corps nu de l'enfant se montrait brillant entre les plis de son manteau. Enfin Marie, écartant un peu son voile, adressa avec humilité et gratitude à chacun des rois quelques bienveillantes paroles […]
Combien Joseph et Marie sont bons! Ils ne gardent presque rien pour eux, et distribuent tout aux pauvres ! […]
Jamais je n'avais vu Marie et Joseph si heureux et si émus. Souvent des larmes de joie coulaient le long de leurs joues. Tant d'honneurs solennellement rendus à l'enfant Jésus, qu'ils étaient obligés de loger si pauvrement, et dont il leur fallait cacher la dignité suprême dans l'humilité de leurs cœurs, leur étaient une ineffable consolation.
Les tentes du cortège des rois étaient dressées tout le long de la vallée, derrière la grotte de la crèche, jusqu'à la grotte du tombeau de Maraha. Quand tous eurent quitté la crèche, les étoiles se montraient déjà. Ils se rassemblèrent alors en cercle, auprès du vieux térébinthe qui couronnait le tombeau de Maraha, et rendirent leur culte aux étoiles avec des chants solennels. On ne saurait exprimer combien étaient émouvants ces chants qui retentissaient dans la vallée silencieuse. Durant tant de siècles leurs ancêtres avaient regardé les étoiles, prié et chanté ! […]

Pendant que les rois, pleins de ferveur et de joie, offraient leurs présents et leurs hommages à Jésus dans sa crèche, je vis dans les environs de la grotte, quelques Juifs chargés d'espionner; ils murmuraient ensemble; ensuite ils allaient et venaient pour faire des rapports. Je pleurai amèrement sur ces malheureux […]

 

559. En sortant de Jérusalem, les mages virent de nouveau l'étoile, qui avait disparu à leurs yeux lorsqu'ils y étaient entrés guidés par sa lumière. Ils arrivèrent à Bethléem, et à la grotte de la nativité, sur laquelle l'étoile s'arrêta; s'abaissant ensuite insensiblement et diminuant son volume matériel, elle pénétra par la porte et se plaça sur la tête de l'enfant Jésus, qu'elle couvrit de ses rayons; après quoi elle s'éclipsa pour se dissoudre dans les éléments dont elle avait été formée. Le Seigneur avait déjà fait savoir l'arrivée des rois à notre grande Reine: et quand elle apprit qu'ils étaient proche de la grotte, elle en prévint son saint époux Joseph, non afin qu'il s'écartât, mais afin qu'il se tînt à son côté, comme il fit. Et quoique le texte sacré de l'Écriture ne le porte pas, parce que c'était inutile pour l'exposition du mystère, comme il ne porte pas non plus beaucoup d'autres choses que les évangélistes ont passées sous silence, il est pourtant certain que saint Joseph se trouva présent quand les rois adorèrent l'Enfant Jésus, Il n'était pas nécessaire de prendre des précautions à cet égard, car les mages étaient déjà informés que la mère du nouveau-né était vierge, que son très-saint fils était Dieu, et que saint Joseph n'était point son véritable père. Il est constant aussi que Dieu n'aurait pas appelé les rois pour l'adorer sans les avoir auparavant instruits d'une chose si essentielle, et prémunis contre l'erreur qui leur aurait fait croire qu'il était fils de Joseph, et d'une mère qui n'eût pas été vierge. Ils venaient bien instruits de tout, et avec des sentiments proportionnés à des mystères si sublimes.

560. La divine Mère attendait les dévots et pieux rois avec l'Enfant-Dieu, qu'elle tenait dans ses bras: elle apparaissait ornée d'une modestie et d'une beauté incomparables; et, à travers son humble pauvreté, on découvrait en elle des marques d'une majesté plus qu'humaine, dont le rayonnement perçait sur son visage. La splendeur de l'Enfant était beaucoup plus grande, et il rejaillissait de son adorable personne une si douce et si agréable lumière, que la grotte en devint un paradis. Les trois rois de l'Orient y entrèrent, et au premier aspect du Fils et de la Mère ils furent assez longtemps subjugués par l'admiration. Ensuite ils se prosternèrent, et dans cette posture ils adorèrent l'Enfant, le reconnaissant pour Dieu et homme véritable, et pour le Restaurateur du genre humain. Ils furent de nouveau éclairés intérieurement par la grâce divine et par la présence du très-doux Jésus; et alors ils virent la multitude des esprits angéliques qui, en qualité de serviteurs et de ministres du grand Roi des rois et du Seigneur des seigneurs, assistaient avec une sainte crainte et avec un très-profond respect. Après avoir rendu ce culte, ils se relevèrent et félicitèrent aussitôt leur Reine et la nôtre du bonheur qu'elle avait d'être Mère du Fils du Père éternel; ils lui témoignèrent leur vénération en fléchissant le genou devant elle, et ils demandèrent à lui baiser la main, comme on le pratiquait dans leurs royaumes envers les reines. La très-prudente Dame retira la sienne, et leur présenta celle du Rédempteur du monde, en leur disant:

" Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit se réjouit en lui de ce qu'il vous a choisis et appelés, d'entre toutes les nations pour voir et pour connaître le Verbe incarné; c'est un bonheur que plusieurs rois et prophètes ont souhaité sans l'obtenir. Glorifions et louons son saint nom pour les sublimes mystères, et les grandes miséricordes dont il use envers son peuple; baisons la terre qu'il sanctifie par sa présence réelle. "

561. Après le discours de l'auguste Marie, les trois rois se prosternèrent et adorèrent de nouveau l'Enfant-Jésus; ils reconnurent le grand bienfait qu'ils recevaient du Ciel, qui leur faisait naître si heureusement le Soleil de justice pour dissiper leurs ténèbres. Ensuite ils s'adressèrent à saint Joseph, et le félicitèrent du bonheur qu'il avait d'être l'époux de la Mère de Dieu, admirant avec une sorte de compassion que les plus grands mystères du ciel et de la terre fussent cachés en une si extrême pauvreté. Et après avoir passé ainsi trois heures, ils demandèrent la permission à la sainte Vierge d'aller à la ville pour y chercher un logement, la grotte étant trop petite pour pouvoir y demeurer. Ils étaient accompagnés de plusieurs personnes, mais il n'y eut que les seuls mages qui participassent aux effets de la lumière et de la grâce. Les autres, qui ne s'attachaient qu'à l'extérieur et qu'à l'état pauvre et méprisable de la mère et de son époux, ne connurent point le mystère; ils furent seulement surpris de l'étrangeté du spectacle. Enfin les rois prirent congé, et la très-pure Marie et Joseph restèrent seuls avec l'Enfant, glorifiant par de nouveaux cantiques de louange la divine Majesté de ce que son saint nom commençait à être connu, et adoré des nations. Je raconterai dans le chapitre suivant les autres choses que les mages firent [...]

565. Les trois rois sortirent de la grotte où ils étaient entrés par le chemin le plus direct, pour aller reposer dans une des hôtelleries de la ville de Bethléem; et s'étant retirés tout seuls dans un appartement, ils passèrent la plus grande partie de cette nuit à s'entretenir avec une abondance de soupirs et de larmes, de ce qu'ils avaient vu, des effets qu'ils avaient ressentis, et de. ce qu'ils avaient remarqué en l'Enfant-Dieu et en sa très-sainte Mère. Dans ce dévot entretien ils s'enflammèrent davantage du divin amour, et ne cessaient d'admirer la majesté et la splendeur de l'Enfant Jésus, la prudence, la gravité et la modestie incomparables de la divine Mère, la sainteté du bienheureux époux Joseph, leur extrême pauvreté, et la bassesse du lieu où le Seigneur du ciel et de la terre avait voulu naître [...]

566. Dans cette divine conférence les mages se souvinrent des grands besoins de Jésus, Marie et Joseph dans la grotte, et ils voulurent aussitôt leur envoyer quelque présent pour leur témoigner leur tendre affection, et satisfaire jusqu'à un certain point le désir qu'ils avaient de leur être utile, tant qu'ils ne pourraient pas faire davantage. Ils leur firent donc remettre par leurs serviteurs plusieurs de leurs provisions, qu'ils joignirent à d'autres qu'ils se procurèrent. L'auguste Marie et Joseph les reçurent avec une humble reconnaissance, mais leurs remerciements ne consistèrent pas, suivant l'usage ordinaire, en des actions de grâces stériles, mais en beaucoup de bénédictions efficaces qui remplirent les trois rois de joie spirituelle. Grâce à ce secours, notre grande Reine eut de quoi régaler les pauvres ses conviés habituels, qui, étant accoutumés à ses aumônes, et encore plus attirés par le charme de ses paroles, la visitaient souvent.

(IllustrationNPFS)

Anne Catherine donne beaucoup d'informations sur la rencontre des rois mages avec la Sainte Famille. Les présents sont décrits avec détails.

Pour Marie d'Agréda les mages sont très éclairés sur le mystère de la divinité de Jésus: "Mère de Dieu" ou " le reconnaissant pour Dieu et homme véritable". Les présents seront offerts le jour de leur départ. Marie n'en fait aucune description.

Divergence notable entre ces deux récits: Pour Anne Catherine "Les tentes du cortège des rois étaient dressées tout le long de la vallée" alors que pour Marie les rois vont se "reposer dans une des hôtelleries de la ville de Bethléem".

MATTHIEU 2: 12 Et avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, c'est par un autre chemin qu'ils se retirèrent dans leur pays.

Adieux des rois à la sainte crèche.

Le soir, les rois se rendirent à la crèche pour prendre congé de la sainte famille. Mensor y alla seul d'abord. Marie lui mit l'enfant Jésus dans les bras: il était ravi de joie et pleurait. Après lui vinrent les deux autres rois, ils versèrent aussi des larmes. Cette dernière visite fut accompagnée de riches présents, tels que des pièces de diverses étoffes, de la soie écrue, des draps roux et de très belles couvertures. Ils laissèrent en outre leurs grands manteaux d'un jaune pâle, faits d'une laine extrêmement fine, et si légers, que le moindre souffle les agitait.
Au moment où ils se disposaient à quitter la grotte, la sainte Vierge était debout, tenant dans ses bras l'enfant Jésus sous son voile. Elle fit quelques pas pour reconduire les rois vers la porte ; là elle s'arrêta, et, pour donner un souvenir à ces excellents hommes, elle se dépouilla elle-même du grand voile d'étoffe jaune et légère, qui l'entourait et dont elle enveloppait aussi l'enfant Jésus; elle le présenta à Mensor. Ils reçurent ce don en s'inclinant profondément, et une joie respectueuse fit battre leurs cœurs, quand ils virent devant eux sans voile la sainte Vierge avec le petit Jésus. Quelles douces larmes ils répandirent au sortir de la grotte ! Ce voile fut dès lors leur plus sainte et plus précieuse relique […]
Quand les rois se retirèrent, il faisait nuit, et la lampe était déjà allumée dans la grotte. Ils se rendirent aussitôt, avec leur suite, sous le grand térébinthe qui surmontait le tombeau de Maraha, pour y accomplir, comme la veille, leur culte religieux. Lorsque les étoiles se furent levées, ils prièrent et chantèrent. Les voix des enfants faisaient un effet émouvant dans ce chœur mélodieux. Ils retournèrent ensuite à leur tente, où Joseph leur avait encore préparé un frugal repas, après lequel quelques-uns se rendirent à l'auberge de Bethléem, et d'autres se reposèrent sous la tente.
Vers minuit, comme les rois dormaient sur des tapis, je vis apparaître au milieu d'eux un jeune homme resplendissant: c'était un ange.
Il les éveilla et leur dit de partir sur-le-champ pour leur pays, de s'en aller en côtoyant la mer Morte, et d'éviter ainsi Jérusalem.
Ils se levèrent promptement et firent lever leur suite, puis l'un d'eux alla à la crèche prévenir Joseph. Celui-ci se hâta d'aller à Bethléem pour avertir ceux qui s'y trouvaient logés. Mais ils avaient été prévenus par la même apparition, et il les rencontra à mi-chemin. Tandis que les rois faisaient de nouveau les adieux les plus touchants à saint Joseph, devant la grotte de la crèche, leur suite partait déjà, en toute hâte, dans la direction du midi, par le chemin qui longeait la mer Morte et traversait le désert d'Engaddi.
Les rois sollicitèrent vivement la sainte famille de partir avec eux pour éviter le danger, qui sans aucun doute, la menaçait pareillement; ils ajoutèrent que Marie devait au moins se cacher avec l'enfant; ils craignaient qu'elle ne fût inquiétée à cause d'eux. Ils embrassèrent saint Joseph en lui disant adieu, et pleurèrent comme des enfants; puis il montèrent leurs dromadaires, légèrement chargés, et prirent d'un pas rapide la direction du désert. Je vis, auprès d'eux, dans la plaine, l'ange qui leur montrait le chemin. Bientôt ils disparurent.


 

[Adieux des rois à la sainte crèche.]

Les mages, pénétrés d'une consolation divine, prirent leur repos; et l'ange les avertit dans un songe de la route qu'ils devaient prendre.

567. Le jour suivant, ils retournèrent dès l'aube à la grotte de la nativité pour offrir au Roi céleste les dons qu'ils avaient apportés. A peine arrivés, ils se prosternèrent devant lui et l'adorèrent avec une très-profonde humilité; puis ouvrant leurs trésors, comme dit l'Évangile, ils lui présentèrent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Ils s'adressèrent à la divine Mère, et la consultèrent sur plusieurs choses qui regardaient les mystères de la foi, leur conscience et le gouvernement de leurs États: car ils souhaitaient de s'informer de tout avant que de partir, pour régler leur conduite sur la plus grande perfection. L'auguste Princesse les écouta avec beaucoup de complaisance, et, lorsqu'ils lui proposaient quelque doute, elle demandait intérieurement à son adorable fils ce qu'elle devait répondre et enseigner à ces nouveaux enfants de sa sainte loi. Et elle résolut, comme Maîtresse et comme organe de la Sagesse divine, toutes leurs difficultés d'une manière si sublime, elle les instruisit et les sanctifia avec tant d'efficace, que, ravis et charmés de la science et de la douceur de notre aimable Reine, ils ne pouvaient s'en éloigner; de sorte qu'il fallut qu'un ange leur dit que c'était la volonté du Seigneur qu'ils retournassent en leur pays. On ne doit pas être surpris de cela, car ils furent, par les paroles de la sainte Vierge, éclairés du Saint-Esprit et remplis d'une science infuse eu tout ce qu'ils lui proposèrent et en plusieurs autres matières.

568. La divine Mère reçut les dons des rois, et les présenta à l'Enfant Jésus en leur nom. Et sa Majesté témoigna par un sourire qu'elle les acceptait avec complaisance; elle leur donna sa bénédiction d'une certaine manière, dont les rois purent s'apercevoir, comprenant qu'elle la leur accordait pour les présents qu'ils venaient de lui offrir, avec une abondance de faveurs célestes à plus du centuple. Ils présentèrent à la divine Princesse plusieurs joyaux d'un prix fort considérable et qui étaient d'usage dans leur pays; mais, comme ces objets n'avaient point trait au mystère, elle les rendit aux Rois, et ne voulut conserver que les trois dons symboliques de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Et, afin qu'ils s'en retournassent avec plus de consolation, elle leur donna quelques-uns des langes qui avaient servi à l'Enfant-Dieu, n'ayant point d'autre gage sensible dont elle les pût enrichir avant leur départ. Les trois rois reçurent ces reliques avec tant d'estime et de vénération, qu'ils les firent garnir d'or et de pierres précieuses, elles conservèrent avec une très-grande dévotion. Il en sortait, en témoignage de leur excellence, une odeur si agréable et si pénétrante, qu'on la sentait presque à une lieue de distance : avec cette particularité pourtant qu'elle ne se communiquait qu'à, ceux qui avaient foi en la venue de Dieu sur la terre; car les autres qui n'y croyaient pas n'avaient aucune part à cette odeur céleste des précieuses reliques, par le moyen desquelles les mages firent de grands miracles en leur pays.

569. Ils offrirent aussi à la Mère du très-doux Jésus leurs services, leurs revenus et tout ce qu'ils possédaient, lui disant que, si elle préférait demeurer en ce lieu de la naissance de son très-saint Fils, ils lui feraient bâtir une maison où elle, trouverait plus de commodités. La très-prudente Mère les remercia de toutes ces offres, sans qu'elle en voulût accepter aucune. Ensuite les rois la supplièrent instamment de bien vouloir ne pas les oublier, et c'est ce qu'elle leur promit et exécuta avec beaucoup de charité; ils demandèrent la même chose à saint Joseph, Et après avoir reçu la bénédiction de Jésus, de Marie et de Joseph, ils leur firent des adieux si affectueux et ,si tendres, qu'il semblait que leurs cœurs dussent entièrement se fondre en soupirs et en larmes dans ce saint lieu. Ils résolurent enfin de partir et de prendre un autre chemin que celui de Jérusalem pour éviter la rencontre d'Hérode, comme l'Ange les en avait avertis cette même nuit pendant leur sommeil; et, au moment où ils sortirent de Bethléem, la même étoile ou peut-être une autre leur apparut, et les conduisit par une route différente jusqu'à l'endroit où ils s'étaient rejoints ; et là ils se séparèrent pour retourner chacun dans ses Etats.

Nous terminons donc nos récits après l'adieu des rois mages à la Sainte Famille.

Marie est toujours peu précise: "la même étoile [...] les conduisit par une route différente jusqu'à l'endroit où ils s'étaient rejoints" alors qu' Anne Catherine, par contre, ajoute ce détail géographique: "par le chemin qui longeait la mer Morte et traversait le désert d'Engaddi".

Autre divergence en ce qui concerne le présent de Marie aux rois mages. Pour Marie il s'agit "des langes qui avaient servi à l'Enfant-Dieu" alors que pour Anne Catherine c'est un "grand voile d'étoffe jaune et légère, qui l'entourait et dont elle enveloppait aussi l'enfant Jésus".

Une constatation évidente s'impose à la fin de ces récits. les styles de rédaction sont très différents. Si Anne Catherine dévoile des aspects très concrets des évènements. Marie d'Agréda est plus orientée vers le spirituel. Elle donne un sens théologique aux différentes scènes. Mais sur le plan purement pratique elle ne fait aucune révélation. D'ailleurs, les récits sont sensiblement incohérents dans le déroulement des évènements ou sur certains détails pratiques.

Les incohérences les plus manifestes sont :

- l'arrivée à Bethléem le vendredi ou le samedi,
- la présence ou l'absence du bœuf,
- les origines des rois mages,
- les observations des astres qui ont justifié leur voyage...

 

Anne Catherine Emmerich, par-contre, innove dans ses VISIONS. Tout en restant fidèle aux Evangiles, elle illumine par de nombreuses révélations inattendues et détaillées cette Nativité. Tout est expliqué très précisément sans se faire toujours l'écho de traditions chrétiennes.

Par exemple :
- l'arrivée à Bethléem a lieu un vendredi, la nuit marquant le début du sabbat,
- la naissance a lieu le lendemain soir
- il n'y a pas de bœuf dans la grotte,
- Joseph connaît bien cette ville où il a passé son enfance (ville d'origine du roi David), il a des parents sur place,
- Les rois mages sont nommés : Théokéno, Mensor et Saïr (et non pas Gaspard, Melchior et Balthazar !)
- L'origine des rois est précise : "Théokéno habitait au delà du pays où Abraham avait d'abord vécu; les deux autres rois demeuraient dans le voisinage" et "Les ancêtres des trois rois descendaient de Job, qui avait habité près du Caucase, et possédé des terres, dans des contrées encore plus éloignées. Environ quinze cents ans avant Jésus-Christ, ils ne formaient qu'une seule tribu. Le prophète Balaam était de ce pays". Ce pays est donc au-delà de la Chaldée (Golfe persique),
- les environs sont décrits précisément : une autre grotte, voisine de celle de la Nativité, "où avait été placé le tombeau de Mahara, nourrice d'Abraham", portait aussi le nom de "Grotte du Lait" et était surmontée d'un immense térébinthe déjà présent à l'époque d'Abraham...

Tout cela ne peut pas s'imaginer. Il y a trop de risques d'erreurs pour une paysanne illettrée du fin fond de la Westphalie. Anne Catherine décrit tout simplement ce qu'elle voit en ayant conscience de l'étrangeté du phénomène :

"Et moi je suis morte, je ne suis qu'un esprit; autrement je ne pourrais voir ces choses, car elles n'existent pas maintenant, et cependant maintenant elles existent. Mais cela n'existe pas dans le temps; en Dieu il n'y a pas de temps, en Dieu tout est présent ; je suis morte, je suis un esprit."

Etre la plus grande mystique de tous les temps, ça ne s'improvise pas !

C'est d'ailleurs grâce à la précision de ses visions que la maison de la Vierge à Ephèse a été retrouvée.

"Bethléem, cette photographie a été prise du "champ des bergers"; on y trouve les ruines très étendues d'un immense monastère byzantin, dont les pierres d'un brun-jaune contrastent avec le reste du panorama." (Les hauts lieux de la Bible - Yoshikazu Shirakawa - France Loisirs)

"Le long du chemin qui conduisait de la grotte à la vallée des bergers, il y avait sur les collines de petites maisons, et dans la plaine des hangars surmontés de toits de roseaux. A l'occident de la grotte, la colline s'abaissait dans une vallée sans issue, remplie d'arbres, de buissons et de prairies arrosées par un ruisseau. Sur la pente orientale du vallon s'ouvrait une autre grotte où avait été placé le tombeau de Mahara, nourrice d'Abraham."
Anne Catherine cite à plusieurs reprises cette "vallée des bergers". Difficile d'être étonné lorsqu'on la voit sur cette photo (en haut, au centre, on aperçoit l'église de la Nativité.)

http://www.bethleem.custodia.org/default.asp?id=350

Chapelle de "la Grotte du Lait" à Bethléem.

Selon une tradition: "Averti par un ange du danger qui menaçait Jésus et de la nécessité de se réfugier en Egypte, S. Joseph se mit immédiatement à faire les préparatifs du voyage et pressa de partir la Vierge occupée à allaiter son enfant. Dans la précipitation, quelques gouttes de lait tombèrent sur le sol et, de rouge, la roche devint blanche."
"Le sanctuaire continue d’être l’objet d’une grande vénération et la croyance populaire ne s’est jamais éteinte: depuis seize siècle."
Anne Catherine témoigne de ce lieu sanctifié par la Vierge Marie et toujours vénéré à Bethléem.


 

Pour conclure dans une dernière comparaison factuelle, voici une analyse complémentaire. Dans sa description de la grotte de la Nativité, Anne Catherine Emmerich donne des précisions inouïes dans l'édition de VIE DE LA SAINTE VIERGE publiée en 1854 (Traduction de l'Abbé DE CAZALES) disponible sur le site de Roland Soyer http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/CatherineEm/Viedemarie/table.html
Le récit de Marie d'Agréda est bien loin d'atteindre cette précision.

"Ils sortirent alors par le côté oriental de Bethléhem, suivant un sentier désert qui tournait à gauche. C'était un chemin semblable à celui que l'on suivrait en marchant le long des- murs écroulés, des fossés et des fortifications en ruine d'une petite ville. Le chemin montait d'abord un peu, puis il descendait la pente d'un monticule, et il les conduisit, à quelques minutes à l'est de Bethléhem, devant le lieu qu'ils cherchaient, près d'une colline ou d'un vieux rempart en avant duquel se trouvaient quelques arbres. C'étaient des arbres verts (des térébinthes ou des cèdres), et d'autres arbres qui avaient des petites feuilles comme celles du buis.
Nous voulons maintenant, autant que possible, décrire les alentours de la colline et la disposition intérieure de la grotte de la Crèche, d'après les indications données à plusieurs reprises par la sœur Emmerich, afin de n'avoir pas à interrompre plus tard la narration.

L. - Description de la grotte de la Crèche et de ses alentours.

A l'extrémité méridionale de la colline autour de laquelle tournait le chemin qui conduisait dans la vallée des bergers, se trouvait, indépendamment de plusieurs autres grottes ou caves creusées dans le roc, la grotte où Joseph chercha un abri pour la sainte Vierge. L'entrée, tournée au couchant, conduisait par un passage étroit à une espèce de chambre, arrondie d'un côté, triangulaire de l'autre, située dans la partie orientale de la colline. La grotte était creusée dans le roc par la nature ; seulement du côté du midi où passait le chemin qui conduisait à la vallée des bergers, on avait fait quelques réparations au moyen d'une maçonnerie grossière.
De ce côte ; qui regardait le midi, il y avait une autre entrée. Mais elle était ordinairement bouchée, et Joseph la rouvrit pour son usage. En sortant par là, on trouvait à main gauche une ouverture plus large qui conduisait à un caveau étroit, incommode, placé à une plus grande profondeur et allant jusque sous la grotte de la Crèche. L'entrée ordinaire de la grotte de la Crèche regardait le couchant. On pouvait voir de là les toits de quelques maisons de Bethléhem. Si en sortant par là on tournait à droite, on arrivait à l'entrée d'une grotte plus profonde et plus obscure, dans laquelle la sainte Vierge se cacha une fois.
Il y avait devant l'entrée du couchant un toit de jonc, appuyé sur des pieux, qui se prolongeait aussi au midi jusqu'au-dessus de l'entrée qui était de ce côté, en sorte qu'on pouvait être à l'ombre devant la grotte. A sa partie méridionale, la grotte avait dans le haut trois jours grillés par où venaient l'air et la lumière ; une ouverture semblable se trouvait dans la voûte du rocher. Elle était recouverte de gazon et formait l'extrémité de la hauteur sur laquelle Bethléhem était située.
L'intérieur de la grotte, suivant les descriptions données par la sœur à plusieurs reprises, était à peu près disposé comme il suit : du côté du couchant, on entrait par une porte de branches entrelacées dans un corridor de moyenne largeur, aboutissant à une chambre de forme irrégulière, moitié ronde, moitié triangulaire, laquelle s'étendait surtout du côté du midi, en sorte que le plan de la grotte entière pouvait être comparé à une tête reposant sur son cou.
Quand on passait, du corridor qui était moins élevé, dans là grotte creusée par la nature, on descendait sur un sol plus bas ; cependant le sol se relevait tout autour de la grotte, qui était entourée comme d'un banc de pierre de largeur variable. Les parois de la grotte, sans être tout à fait polies, étaient cependant assez unies et assez propres et avaient pour moi quelque chose d'agréable à voir. Au nord du corridor se trouvait l'entrée d'une grotte latérale plus petite. En passant devant cette entrée on arrivait à l'endroit où Joseph allumait le feu ; puis la paroi tournait au nord-est dans l'autre grotte plus spacieuse et plus élevée. Ce fut là que plus tard fut mis l'âne de Joseph. Derrière cette place était un recoin assez grand pour recevoir l'âne et où il y avait du fourrage.
C'était dans la partie orientale de cette grotte, en face de l'entrée, que se trouvait la sainte Vierge lorsque la lumière du monde sortit d'elle. Dans la partie qui s'étendait au midi se trouvait la crèche où l'on adora l'Enfant Jésus. La crèche n'était autre chose qu'une auge creusée dans la pierre qui servait pour faire boire les bestiaux. Au-dessus était une mangeoire évasée, formée d'un treillis en bois et élevée sur quatre pieds, de façon que les animaux pouvaient prendre commodément l'herbe ou le foin qu'on y avait placés, et n'avaient qu'à baisser la tête pour boire dans l'auge de pierre qui était au-dessous.
C'était en face de la crèche, au levant de cette partie de la grotte, qu'était assise 'a sainte Vierge avec l'Enfant-Jésus quand les trois rois mages offrirent leurs présents Si en partant de la crèche on tournait à l'ouest dans le corridor qui précédait la grotte, on passait devant l'entrée méridionale déjà mentionnée, et on arrivait à un endroit dont saint Joseph fit plus tard sa chambre en le séparant du reste avec des cloisons en clayonnage. Il y avait de ce côté un enfoncement où il déposait toute sorte de choses.
En dehors de la partie méridionale de la grotte passait le chemin qui menait à la vallée des bergers. Il y avait ça et là sur des collines de petites maisons, et dans la plaine quelques hangars avec des toits de roseaux portés sur des pieux. Au-devant de la grotte, la colline s'abaissait dans une vallée sans issue, fermée au nord et large d'environ un demi quart de lieue.
Il y avait la des buissons, des arbres et des jardins En traversant une belle prairie où coulait une source, et en passant sous des arbres rangs régulièrement, on arrivait au côté oriental de cette vallée, ou se trouvait, dans une colline faisant saillie, la grotte du tombeau de Maraha, nourrice d'Abraham. Cette grotte est appelée aussi grotte au Lait ; la sainte Vierge y séjourna avec l'Enfant-Jésus en diverses occasions. Au-dessous était un grand arbre dans lequel on avait pratiqué des sièges. On voyait mieux Bethléhem de cet endroit que de l'entrée de la grotte de la Crèche.

J'ai appris beaucoup de choses qui se sont passées anciennement dans la grotte de la Crèche. Je me souviens seulement que Seth, l'enfant de la promesse, y fut conçu et mis au monde par Eve, après une pénitence de sept ans.
C'est là qu'un ange lui dit que Dieu lui avait donné ce rejeton à la place d'Abel. Seth fut caché et nourri dans cette grotte et dans celle de Maraha, car ses frères en voulaient à sa vie, comme les enfants de Jacob à celle de Joseph. A une époque très reculée où les hommes habitaient dans des grottes, je les ai vus souvent faire des excavations dans la pierre pour qu'eux et leurs enfants pussent y dormir commodément sur des peaux de bêtes ou sur des lits de gazon. L'excavation pratiquée dans le rocher, sous la crèche, peut donc avoir servi de couche à Seth ou à des habitants postérieurs de la grotte. Je n'en ai pourtant pas la certitude.

Je me souviens aussi d'avoir vu, dans mes contemplations sur les années de la prédication de Jésus, que, le 6 octobre, le Seigneur, après son baptême, célébra le sabbat dans la grotte de la Crèche, dont les bergers avaient fait un oratoire."

 

469. Le palais que le souverain Roi des rois et le Seigneur des seigneurs avait préparé dans le monde pour loger son Fils éternel incarné pour les hommes, était la pauvre et humble cabane ou grotte dans laquelle la très-pure Marie et Joseph se retirèrent [...] Ce lieu était si misérable, que [...] il ne pouvait convenir et appartenir qu'aux maîtres de l'humilité et de la pauvreté, notre Seigneur Jésus-Christ et sa très-sainte Mère. Et c'est pourquoi la sagesse du Père éternel le leur réserva, le consacrant, avec les ornements de la solitude et de la pauvreté, comme le premier temple de la Lumière et la première maison du véritable Soleil de justice [...]

.470. L'auguste Marie et Joseph entrèrent dans cet asile qui leur avait été préparé, et, à la lumière que répandaient les dix mille anges qui les accompagnaient, [...] il était pauvre et solitaire comme ils le souhaitaient, [...] Elle était pratiquée dans un rocher brut et naturel, où l'art n'avait ménagé aucune commodité, de sorte, que les hommes ne la jugèrent propre qu'à y loger le bétail" [...].

471. La grande Reine du ciel, qui était informée du mystère qui devait y être célébré, se résolut à nettoyer elle-même cette grotte qui devait bientôt servir de trône royal et de propitiatoire sacré [...]

472. Le saint époux Joseph, attentif à la majesté de sa divine épouse, [...] commença à balayer et nettoyer tous les endroits de la grotte, sans qu'il pût néanmoins empêcher notre humble Dame de le seconder. [...] Saint Joseph alluma du feu avec les petits instruments dont il s'était muni à cet effet. Et comme le froid était grand, ils s'en approchèrent pour recevoir quelque soulagement [...]

473. L'homme de Dieu obéit à son épouse, [...] il ajusta et garnit avec les hardes qu'ils portaient une crèche assez large, pratiquée dans l'aire de la grotte pour servir aux animaux qui s'y réfugiaient. Et, laissant l'auguste Marie s'installer dans ce petit lit, il se retira dans un recoin de l'entrée [...]


 

 

 

Ce plan de Bethléem (par Karl Baedeker) datant de 1912 permet effectivement de situer l'Eglise de la Nativité à l'est de Bethléem, un peu à l'écart du centre-ville : "Ils sortirent alors par le côté oriental de Bethléhem, suivant un sentier désert qui tournait à gauche [...] Le chemin montait d'abord un peu, puis il descendait la pente d'un monticule, et il les conduisit, à quelques minutes à l'est de Bethléhem, devant le lieu qu'ils cherchaient, près d'une colline ou d'un vieux rempart."

 

La situation géographique de la grotte décrite par Anne Catherine Emmerich est exacte si l'on s'en réfère au plan alors que celle de Marie d'Agréda n'est absolument pas identifiée.

Si en 1821, Clément Brentano aurait pu avoir connaissance de cette localisation et "aider" un peu le récit, il ne lui aurait pas été possible d'en décrire aussi précisément l'aspect du fait des constructions d'églises successives ayant profondément modifié l'environnement originel. Cette photo actuelle permet de voir que l'intérieur de la grotte ne ressemble plus à la description qu'en fait Anne Catherine Emmerich au moment de la naissance de Jésus-Christ.

http://www.bethleem.custodia.org/default.asp?id=331


 

AVERTISSEMENT: Ce comparatif objectif des deux récits sur la Nativité ne se veut pas une critique de l'œuvre complète de Marie d'Agréda par rapport à celle d'Anne Catherine Emmerich. C'est à chacun de puiser dans les révélations proposées pour choisir l'œuvre la plus à même de l'inspirer.

 

 

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William McNichols (c2005)

 

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