QUI ETAIT ANNE CATHERINE EMMERICH ?

La plus grande visionnaire de tous les temps

 

NOËL VU PAR LES MYSTIQUES

Anne Catherine Emmerich face à Maria Valtorta

 

NOEL,
peut-on en savoir plus ?
Que nous dévoilent les mystiques ?


"Jésus est né en Provence, entre Avignon et les Saintes-Maries…"
Cette chanson interprétée par Noam dans les années 70 résonnait particulièrement à mes jeunes oreilles. Comment ne pas rêver devant nos crèches provençales à l'approche de Noël ? Noël, fête si merveilleuse pour les enfants, moment magique attendu avec tant d'impatience tout au long de l'année. Noël, marqué par nos coutumes festives : le Père-Noël chargé de cadeaux, le sapin illuminé, la dinde aux marrons et le foie gras, ou les souliers aux pieds de la cheminée (le radiateur ou le poêle faisant un compromis acceptable).

 

Pourtant la réalité de cette fête : la naissance de Jésus-Christ, Dieu fait homme, nouveau-né si démuni dans un abri précaire, est plus proche de la situation de nos SDF actuels.

Bien-sûr, Noël célèbre la joie que nous éprouvons pour la naissance du Sauveur du monde. Noël est la fête de l'attente récompensée pour le peuple de Dieu, du rapprochement de Dieu et des hommes, de la lumière présente au milieu de nous, source d'une vraie vie.

Finalement, que savons-nous de cet événement : la Nativité du Seigneur ?

 
Reportons-nous aux deux seuls Evangiles qui relatent cet événement, les Evangiles de Matthieu et Luc (traduction Osty).

LUC 2 :1-20
 
MATTHIEU 1:24-25 2 :1-12
La naissance de Jésus et la visite des bergers
2 Or donc, en ces jours-là, parut un édit de César Auguste, ordonnant de recenser le monde entier. 2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.
3 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. 4 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, vers la ville de David qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David - 5 pour se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 6 Or donc, comme ils étaient là, furent révolus les jours où elle devait enfanter. 7 Et elle enfanta son fils, le premier-né, et elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.
8 Et il y avait dans cette contrée des bergers qui vivaient aux champs et qui passaient les veilles de la nuit à veiller sur leur troupeau. 9 Et l'Ange du Seigneur se présenta à eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté, et ils furent saisis d'une grande crainte. 10 Et l'ange leur dit: " Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie, qui sera pour tout le peuple: 11 il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est Christ Seigneur. 12.Et voici pour vous le signe: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire." 13 Et soudain il y eut avec l'ange une multitude de l'armée céleste, qui louait Dieu et disait:
14 " Gloire à Dieu au plus haut [des cieux], et sur terre paix aux hommes, qui ont sa faveur!"
15 Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se disaient entre eux: " Passons donc jusqu'à Bethléem, et voyons cette chose qui est arrivée et que le Seigneur nous a fait connaître
16 Et ils vinrent en hâte et ils trouvèrent Marie, et Joseph, et le nouveau-né couché dans mangeoire.
17 Ayant vu, ils firent connaître chose qui leur avait été dite de cet enfant, 18 et tous ceux qui les entendirent s'étonnèrent de que leur disaient les bergers. 19 Quant à Marie elle gardait avec soin toutes ces choses, les repassant dans son cœur. 20 Et les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout qu'ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
 

24 Réveillé de son sommeil, Joseph fit comme lui avait prescrit l'Ange du Seigneur, et il prit avec lui son épouse. 25 Et il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle enfanta un fils, et il l'appela du nom de Jésus.

Visite des mages

2 Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages venus du Levant se présentèrent à Jérusalem, 2 en disant: " Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile au Levant et nous sommes venus nous prosterner devant lui. "
3 Sur ces paroles, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Et, rassemblant tous les grands prêtres et scribes du peuple, il leur demanda où le Christ devait naître. 5 Ils lui dirent: " A Bethléem de Judée; car ainsi est-il écrit par le prophète:
6 Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n'es sûrement pas la moindre des grandes [cités] de Juda;
car c'est de toi que sortira le chef
qui fera paître mon peuple, Israël."
7 Alors Hérode, appelant les mages en cachette, se fit préciser par eux le temps où était apparue l'étoile. 8 Et, les envoyant à Bethléem, il dit: " Allez, enquérez-vous exactement de l'enfant et, dès que vous [l']aurez trouvé, annoncez-Ie-moi, afin que moi aussi je vienne me prosterner devant lui. "
9 Sur ces paroles du roi, ils s'en allèrent. Et voici que l'étoile qu'ils avaient vue au Levant les précédait, jusqu'à ce qu'elle vint se placer au-dessus de l'endroit où était l'enfant. 10 A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie. 11 Et, entrés dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et tombèrent, prosternés, devant lui. Et, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12 Et avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, c'est par un autre chemin qu'ils se retirèrent dans leur pays.


Finalement, ces deux Evangiles sont complémentaires:

L'un relate l'installation de la sainte famille à Bethléem, le nouveau-né couché dans une mangeoire et la vénération des bergers des environs.

L'autre relate le voyage des mages venus d'Orient pour adorer l'enfant.

 

EXISTE-T-IL D'AUTRES SOURCES RACONTANT CETTE NATIVITE ?

Par chance, il arrive que Dieu suscite des messagers, des mystiques, qui par leurs visions nous relatent la vie de Jésus avec une multitude de détails inconnus des Evangiles (mais parfois transmis par certaines traditions).
Deux sont célèbres par le volume des œuvres édité : Anne Catherine Emmerich et Maria Valtorta.

Qui sont-elles ?

Anne Catherine Emmerich

1774-1824
Née en Westphalie (Allemagne),
mystique stigmatisée,
elle a des visions depuis son enfance,
souffre les douleurs de la Passion du Christ,
ne s'alimente pas pendant 12 ans, reste alitée,
est transportée dans le temps et l'espace,
dans le séjour des morts…
Durant 5 ans, C. Brentano va consigner ses visions.

 

Maria Valtorta

1897-1961
Née en Italie,
frappée aux reins par un extrémiste en 1920,
affligée de souffrances croissantes,
elle va rester alitée de 1934 à sa mort.
Elle écrira d'un seul jet toutes ses visions qu'elle déclarait reçues par révélation de 1943 à 1953.

Maria écrivit environ quinze mille pages de cahier. Les seuls livres qu'elle pouvait consulter étaient la Bible et le catéchisme de Pie X.

Anne Catherine Emmerich offre plus de " garanties " que Maria Valtorta. Les signes extérieurs qu'elle présente sont extraordinaires. Le journaliste Pierre Jovanovic la qualifie, à juste titre, de sainte " formule 1 " (même si l'Eglise n'a même pas daigné la canoniser. Est-ce bien utile lorsqu'on est déjà une " épouse " du Christ ?) Elle est ainsi " classée " au même rang que Catherine de Sienne ou Thérèse d'Avila.

Maria Valtorta eut une vie moins spectaculaire qu'Anne Catherine Emmerich. Seule son œuvre présente un caractère hors du commun.

Pour être le plus objectif possible, les textes sont présentés en vis-à-vis afin de mieux en apprécier les similitudes ou les divergences. Le lecteur pourra ainsi se forger sa propre opinion.

 

LUC 2: 1 Or donc, en ces jours-là, parut un édit de César Auguste, ordonnant de recenser le monde entier.

2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.

3 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.

4 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, vers la ville de David qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -

5 pour se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 
Arrivée de la sainte famille à Bethléem.

Bethléem était à trois lieues au sud de leur dernière station; mais ils quittèrent la route du nord pour y entrer par le côté de l'ouest. Ils s'arrêtèrent d'abord sous un arbre au bord du chemin; la sainte Vierge descendit de l'âne et mit ordre à ses vêtements. Puis Joseph se dirigea avec elle, vers une grande maison située à quelques pas de la ville, entourée de bâtiments, de cours et d'arbres, sous lesquels beaucoup de gens avaient dressé des tentes. C'était l'ancienne demeure de la famille de David; elle avait appartenu au père de Joseph. Ses parents et ses connaissances l'habitaient encore, mais ils firent semblant de ne pas le connaître et le traitèrent en étranger. C'était à ce moment la maison où le gouvernement romain faisait recueillir l'impôt.
Joseph, accompagné de la sainte Vierge, s'y rendit en conduisant l'âne par la bride; car tous les arrivants devaient s'y présenter pour recevoir un billet, sans lequel aucun étranger ne pouvait pénétrer dans Bethléem. On demanda à Joseph qui il était, et après avoir examiné plusieurs grands rouleaux suspendus aux murs, on en déroula deux et on lut sa généalogie et celle de Marie. Joseph apprit alors que Marie descendait, par Joachim, de David en droite ligne. Il était venu un peu tard payer l'impôt, mais on ne lui fit nul reproche: on lui demanda seulement quels étaient ses moyens d'existence; il répondit qu'il n'avait pas de terres, qu'il vivait de son métier et d'une part du revenu de sa belle-mère. Marie fut appelée à son tour devant les scribes, mais ils ne lui lurent rien, et dirent même à Joseph qu'il n'eût pas été nécessaire de l'amener avec lui; ils eurent l'air de le railler au sujet de la jeunesse de Marie, et je l'en vis un peu confus.

  46 LE VOYAGE VERS BETHLÉEM

Ils reprennent la route. Une dépression plus vaste apparaît de l'escarpement qu'ils ont franchi. Dans la dépression, en haut et en bas des pentes qui l'entourent, il y a des maisons et encore des maisons. C'est Bethléem.
" Nous voici sur la terre de David, Marie. Maintenant tu vas te reposer. Tu me semble tellement fatiguée... "
" Non. Je pensais... Je pense... " Marie prend la main de Joseph et lui dit avec un sourire radieux: " Je crois vraiment que le moment est. venu. "
" Dieu de miséricorde! Comment allons-nous faire ? "
" Ne crains pas, Joseph. Ne te laisse pas troubler. Vois comme je suis calme, moi ? "
" Mais tu souffres beaucoup? "
" Oh! non. Je suis remplie de joie. Une telle joie, si forte, si belle, si irrésistible, que mon cœur bat fort, fort et me dit: "Il naît! Il naît! " Il le dit à chaque battement. C'est mon Petit qui frappe à la porte de mon cœur et qui me dit: "Maman, me voici pour te donner le baiser de Dieu ". Oh! quelle joie, mon Joseph! " Mais Joseph n'est pas à la joie. Il pense à l'urgence de trouver un abri et il hâte le pas.

Marquons une pause. Le genre littéraire est très différent entre ces deux textes. Anne Catherine donne beaucoup de détails concrets : la famille de Joseph habite à Bethléem (voir Luc 2 :3), des démarches administratives sont nécessaires (consécutives au recensement. Voir Luc 2 :1) il y a beaucoup de gens et des tentes provisoires foisonnent.

Maria est imprécise dans ses descriptions. Elle y ajoute par-contre beaucoup de dialogues.

Joseph cherche en vain un logement.

Joseph et Marie pénétrèrent à Bethléem, à travers les décombres et par une porte écroulée. Dans cette ville, les maisons étaient assez éloignées les unes des autres. Marie resta avec l'âne à l'entrée d'une rue, tandis que Joseph cherchait un logement tout auprès; mais ce fut en vain, car il y avait beaucoup d'étrangers dans la ville, et on y voyait une foule de gens qui allaient et
venaient.
Il revint donc, et dit à Marie qu'on ne pouvait pas trouver à se loger là, et qu'il fallait aller plus loin, Il conduisit l'âne par la bride, pendant que la sainte Vierge marchait à côté de lui. A l'entrée d'une autre rue, Marie s'arrêta de nouveau avec l'âne, pendant que Joseph allait de maison en maison, sans que dans aucune on voulût le recevoir. Il revint encore tout attristé. La même chose se renouvela à diverses reprises, et plus d'une fois Marie eut bien longtemps à attendre. Partout la place était prise, partout on le repoussait, et il finit par dire à la sainte Vierge: "Allons dans quelque autre quartier de Bethléem, où on nous donnera, sans aucun doute, un abri. " Ils suivirent alors une rue qui offrait plutôt l'aspect d'un chemin champêtre, car toutes les maisons étaient isolées et bâties sur de petits monticules. Là aussi, toutes les recherches furent inutiles. Parvenus au côté opposé de Bethléem, ils trouvèrent une grande place déserte et située dans un fond. On voyait là une sorte de hangar, auprès duquel s'élevait un grand arbre dont les vastes branches pendantes formaient une sorte de toit. Joseph arrangea à la sainte Vierge un siège où elle pût se reposer, pendant qu'il chercherait à se faire accueillir dans l'une des maisons d'alentour.
Marie se tint d'abord debout, adossée contre l'arbre. Sa tête était couverte d'un voile blanc, et sa robe, pareillement blanche, sans ceinture, tombait en larges plis autour d'elle. Les passants la regardaient, sans se douter que leur Sauveur fût si près d'eux. Elle fut obligée d'attendre bien longtemps, et finit par s'asseoir au pied de l'arbre, les mains jointes sur la poitrine et la tête baissée. Combien elle était humble, résignée et patiente ! Enfin Joseph revint, mais sans lui annoncer un logis: à peine les amis dont il lui avait parlé avaient semblé le reconnaître. Il était découragé, il pleurait, et Marie le consolait ! Il fit une dernière tentative; mais, comme pour mieux faire agréer sa requête il parlait de la prochaine délivrance de sa femme, il s'attirait par là des refus plus formels.

  [Joseph cherche en vain un logement]

Porte après porte, il demande un abri.
Rien. Tout est occupé. Ils arrivent à l'auberge. Elle est pleine jusque sous les portiques rustiques, qui entourent la grande cour intérieure, de gens qui bivouaquent.
Joseph laisse Marie, sur l'âne à l'intérieur de la cour et il sort pour chercher dans d'autres maisons. Il revient découragé. Il n'y a rien. Le précoce crépuscule d'hiver commence à étendre ses voiles. Joseph supplie l'aubergiste. Il supplie des voyageurs. Eux sont des hommes en bonne santé. Ici c'est une femme sur le point de mettre au monde un enfant. Qu'ils aient pitié. Rien. Voici un riche pharisien qui le regarde avec un mépris visible, et, quand Marie s'approche, il s'écarte comme s'il s'était approché d'une lépreuse. Joseph le regarde et la rougeur de l'indignation lui monte au visage. Marie met la main sur le poignet de Joseph, pour le calmer et dit: " N'insiste pas. Partons. Dieu y pourvoira. "

 

Le lieu était solitaire; à ce moment plusieurs passants s'arrêtèrent: ils regardaient de loin avec curiosité, comme c'est la coutume lorsqu'on voit quelqu'un demeurer longtemps à la même place au déclin du jour. Je crois que quelques-uns adressèrent la parole à Marie, et lui demandèrent qui elle était. Ce fut alors que je vis Joseph revenir tellement peiné, qu'il osait à peine s'approcher d'elle. Il lui dit que tout était inutile, mais qu'il connaissait, en avant de la ville, une grotte où les bergers se retiraient souvent avec leurs troupeaux, lorsqu'ils venaient à Bethléem, et que là, du moins, ils trouveraient un abri. Ce lieu lui était connu dès son enfance, car, lorsque ses frères le tourmentaient, il s'y était souvent réfugié pour y prier. Si les bergers y venaient, disait-il, il s'entendrait facilement avec eux. Du reste, il était rare qu'ils y séjournassent en cette saison. Lorsqu'elle y serait tranquillement établie, il ferait de nouvelles recherches.

Ils sortent, ils suivent le mur de l'auberge. Ils tournent par une ruelle encastrée entre elle et de pauvres maisons. Ils contournent l'auberge. Ils cherchent. Voilà des espèces de grottes, de caves, dirai-je, plutôt que des écuries, tant elles sont basses et humides. Les plus belles sont déjà occupées. Joseph est accablé.
" Ohé! Galiléen! " lui crie par derrière un vieil homme. " Là au fond, sous ces ruines, il y a une tanière. Peut-être n'y a-t-il encore personne. "

Maria réduit à sa plus simple extrémité la recherche de la Sainte-Famille. Elle semble oublier que Bethléem est la ville de Joseph (Luc 2:3) Joseph se comporte comme si il n'était jamais venu. Anne Catherine donne beaucoup plus de détails.

Avant d'arriver à la grotte, remarquons que les visions divergent. Pour Maria, il y a de nombreuses grottes occupées. Pour Anne Catherine, la grotte, connue de Joseph, est isolée et à l'écart de la ville.

Description de la grotte de la Crèche et de ses environs.

La grotte était creusée dans le roc par la nature; seulement, du côté du midi, où passait le sentier du vallon des bergers, on avait élevé un mur grossièrement travaillé. L'entrée principale, placée au couchant, conduisait, par un étroit passage, à une cave arrondie d'un côté, triangulaire de l'autre, qui s'étendait dans la partie orientale de la colline. Au-dessus de la paroi méridionale se trouvaient trois ouvertures grillées ; une quatrième ouverture semblable aux précédentes avait été ménagée à la voûte.
C'était dans la partie orientale de cette grotte, en face de l'entrée, que se tenait la sainte Vierge au moment où naquit de son sein la lumière du monde. Dans la partie méridionale se trouvait la crèche où fut adoré l'enfant Jésus. La crèche n'était autre chose qu'une auge creusée dans la pierre, et qui servait à donner à boire aux bestiaux. Le long du chemin qui conduisait de la grotte à la vallée des bergers, il y avait sur les collines de petites maisons, et dans la plaine des hangars surmontés de toits de roseaux.
A l'occident de la grotte, la colline s'abaissait dans une vallée sans issue, remplie d'arbres, de buissons et de prairies arrosées par un ruisseau. Sur la pente orientale du vallon s'ouvrait une autre grotte où avait été placé le tombeau de Mahara, nourrice d'Abraham. La sainte Vierge se retira souvent avec l'enfant Jésus dans cette grotte, qui porte aussi le nom de Grotte du Lait.
Entre autres choses concernant la grotte de la crèche, il me fut révélé que Seth, l'enfant de la promesse, y avait été conçu et mis au monde par Eve, après une pénitence de sept ans. Dans ce même lieu déjà, un ange lui avait dit que Dieu lui donnerait cet enfant à la place d'Abel […]

Dès le temps d'Abraham, les femmes et les nourrices venaient faire leurs dévotions dans [la Grotte du Lait], car on vénérait la nourrice d'Abraham comme un type de la sainte Vierge, de même qu'Élie, après l'avoir vue dans la nuée qui apportait la pluie, avait établit sur le Carmel une communauté pour l'honorer. Mahara, en allaitant celui qui fut la souche de la sainte Vierge, avait par là contribué à l'avènement du Messie. Un immense térébinthe, qui était au-dessus de cette grotte, répandait son ombre tout à l'entour. Abraham s'était quelquefois reposé avec Melchisédech sous cet arbre vénéré, près duquel les gens des environs aimaient à venir faire leurs prières.

 

[Description de la grotte de la Crèche et de ses environs.]

Ils s'approchent de cette " tanière. " C'est vraiment une tanière. Parmi les décombres d'un bâtiment en ruines, il y a un refuge, au delà duquel se trouve une grotte, un trou dans la montagne plutôt qu'une grotte. On dirait que ce sont les fondations d'une ancienne construction auxquelles servent de toit les matériaux étayés par ces troncs d'arbre à peine équarris.
Pour y voir plus clair, car il y a très peu de jour, Joseph sort de l'amadou et un briquet, et allume une petite lampe qu'il sort de la besace qu'il porte en bandoulière. Il entre. Un mugissement le salue. " Viens. Marie, elle est vide, il n'y a qu'un bœuf. " Joseph sourit: " ça vaut mieux que rien!... "

 

 

Si Maria reste dans le vague, Anne Catherine prend des risques. Là encore, Anne Catherine donne des explications très détaillées. Elle remonte le temps et lie de nombreux évènements à ce site (comme l'histoire de la nourrice d'Abraham qui n'est pas présentée ici.) Une constatation s'impose, tout spécialiste de l'histoire juive pourrait vérifier la véracité de ses affirmations. L'histoire de Mahara, nourrice d'Abraham, est absente de la Bible. En existe-t-il une tradition juive orale ou écrite ?

Marie et Joseph s'établissent dans la grotte de la Crèche.

Le jour baissait déjà lorsque Joseph et Marie arrivèrent dans la grotte. L'ânesse, qui les avait quittés depuis qu'ils étaient entrés dans la maison paternelle de Joseph, revint au-devant d'eux, exprimant sa joie en bondissant. Alors Marie dit à Joseph: " Voyez: c'est certainement la volonté de Dieu que nous descendions ici. " Joseph se hâta de préparer en dehors un siège pour la sainte Vierge, afin qu'elle pût se reposer pendant qu'il pénètrerait dans la grotte et la déblaierait; il vint à bout de préparer en sa partie orientale un espace assez commode. Après y avoir allumé une lampe, il y introduisit Marie, qui s'assit sur la couche qu'il avait soigneusement disposée au moyen de couvertures. Joseph lui témoigna encore son profond regret de n'avoir qu'un si pauvre gîte à lui offrir; mais Marie, au fond de son âme, était satisfaite et joyeuse.
Après avoir amené l'âne, et l'avoir attaché assez loin d'eux pour qu'il ne causât aucune gêne, Joseph étendit, devant les ouvertures de la voûte, des couvertures qui les garantirent de l'air extérieur; puis il s'arrangea une couche près de la porte de la grotte.
Dès que le sabbat eut commencé, il récita, avec la sainte Vierge les prières ordonnées par la loi; et, après avoir fait une légère collation, il s'en alla à la ville. Marie s'agenouilla, fit sa prière du soir et se coucha sur le côté, la tête soutenue par un de ses bras qui reposait sur le chevet. La nuit était déjà avancée quand Joseph rentra; il se mit aussitôt en prières, puis il alla prendre du repos sur le lit qu'il s'était fait.
Dans l'après-midi du sabbat, les Juifs ont coutume de se promener; Joseph conduisit la sainte Vierge à la grotte de Maraha. Ils restèrent en prière et en méditation jusqu'à la clôture du sabbat, d'abord dans cette grotte, plus grande que celle de la crèche, puis sous l'arbre sacré.
Marie avait prévenu Joseph que la naissance de l'enfant aurait lieu à minuit, heure à laquelle se terminaient les neufs mois écoulés, depuis que l'ange du Seigneur l'avait saluée. Elle l'avait prié. de ne rien épargner pour recevoir et honorer dignement, à son entrée dans le monde, l'enfant promis par le Seigneur, et surnaturellement conçu. Elle voulait aussi qu'il priât avec elle pour tous ceux qui avaient si durement refusé de la recevoir. Joseph, à son tour, proposa à la sainte Vierge d'appeler de Bethléem, pour l'assister, deux pieuses femmes qu'il connaissait; mais elle répondit qu'elle n'avait besoin du secours de personne. Avec des perches et des nattes il fit pour Marie une tente séparée du reste de la grotte et de la place qu'il s'était réservée, puis il remplit la crèche d'herbes et de mousse, et y posa une couverture; alors la très-sainte Vierge lui annonça que le moment de sa délivrance était très proche, et lui demanda d'aller prier. Joseph, avant de s'éloigner, suspendit plusieurs lampes à la voûte de la grotte; un bruit inaccoutumé s'étant fait entendre du dehors, il sortit pour en connaître la cause. Il trouva là la jeune ânesse qui, abandonnée à elle-même, avait courut jusqu'alors dans la vallée des bergers; elle bondissait toute joyeuse autour de lui. Il l'attacha et lui donna du fourrage.
En rentrant dans la grotte, Joseph jeta les yeux sur la sainte Vierge; il l'a vit qui priait, agenouillée sur sa couche; elle lui tournait le dos, et avait le regard fixé sur l'orient. Elle était tout entourée d'une lumière surnaturelle qui remplissait la grotte entière. Il regarda ces flammes, comme autrefois Moïse le buisson ardent; puis, saisi d'une sainte frayeur, il se retira dans son réduit, et s'y prosterna la face contre terre.

 

[Marie et Joseph s'établissent dans la grotte de la Crèche]

Marie met pied à terre et entre. Joseph a fixé la petite lampe à un clou dans l'un des troncs qui servent de pilier. On voit la voûte couverte de toiles d'araignées, le sol en terre battue et tout disloqué avec des trous, des cailloux, des détritus et des excréments et couvert de tiges de paille. Au fond, un bœuf se retourne et regarde avec ses grands yeux tranquilles pendant que du foin lui pend des lèvres.
Il y a un siège grossier et deux pierres dans un coin, près d'une fente. Le noir de ce recoin indique que c'est là qu'on fait du feu. Marie s'approche du bœuf. Elle a froid. Elle lui met les mains sur le cou pour en sentir la tiédeur. Le bœuf mugit et se laisse faire. Il semble comprendre. De même quand Joseph le pousse plus loin pour enlever beaucoup de foin au râtelier et faire un lit pour Marie. Le râtelier est double: celui où mange le bœuf et par-dessus, une sorte d'étagère où se trouve une provision de foin. C'est celle-là que prend Joseph. Le bœuf laisse faire. Il fait aussi une place pour l'âne qui, fatigué et affamé, se met tout de suite à manger. Joseph découvre aussi un seau renversé tout cabossé. Il sort parce que dehors il y a un ruisseau et revient avec de l'eau pour l'âne. Puis il s'empare d'une botte formée de branches, déposée dans un coin et essaye de balayer le sol. Ensuite il étend du foin, en fait un lit, près du bœuf dans l'angle le plus sec et le plus abrité. Mais, il le trouve humide ce pauvre foin, et il soupire. Il allume le feu et, avec une patience de chartreux, il sèche le foin par poignées en le tenant près du feu.
Marie, assise sur un tabouret, fatiguée, regarde et sourit. C'est fini. Marie s'installe de son mieux sur le foin moelleux avec les épaules appuyées sur un tronc. Joseph complète... l'ameublement en étendant son manteau qui fait office de tente sur le trou qui sert d'entrée. Un abri très relatif. Puis il offre du pain et du fromage à la Vierge et lui donne à boire de l'eau d'une gourde. " Dors maintenant " lui dit-il après. " Moi, je veillerai pour que le feu ne s'éteigne pas. Il y a du bois, heureusement. Espérons qu'il dure et brûle. Je pourrai épargner l'huile de la lampe."
Marie s'allonge, obéissante. Joseph la couvre avec le manteau même de Marie et la couverture qu'elle avait d'abord aux pieds.
" Mais toi... tu auras froid."
" Non, Marie. Je reste près du feu. Tâche de te reposer. Demain ça ira mieux. "
Marie ferme les yeux sans se faire prier. Joseph se rencogne dans son coin sur le tabouret avec des brindilles à côté. Il y en a peu. Je ne pense pas qu'elles durent longtemps. Voici comme ils sont situés: Marie à droite, avec les épaules tournées vers la porte, à moitié cachée par un tronc d'arbre et par le corps du bœuf qui s'est accroupi dans la litière. Joseph à gauche, tourné vers la porte et par conséquent en diagonale, avec le visage tourné vers le feu et les épaules vers Marie. Il se retourne de temps en temps pour la regarder et la voit tranquille, comme si elle dormait. Il utilise peu à peu les branches et les jette une par une sur le feu pour qu'il ne s'éteigne pas, pour qu'il donne de la lumière et pour que ce peu de bois dure. Il n'y a plus que la lueur, tantôt plus vive, tantôt presque morte du feu, car la lampe est à bout de combustible et dans la pénombre se détache seulement la blancheur du bœuf, du visage et des mains de Joseph. Tout le reste n'est qu'une masse qui se fond dans l'épaisseur de la pénombre.

Leur installation dans la grotte est aussi très différente. Les visions divergent. Pour Maria, tout se passe le jour de leur arrivée à Bethléem. Un bœuf les attend, l'âne va le rejoindre et l'on retrouve la vision traditionnelle de nos crèche provençales.

Pour Anne Catherine, l'arrivée à Bethléem a lieu un vendredi, la nuit marquant le début du sabbat. La naissance aura lieu le lendemain soir. La grotte est vide. Le bœuf a disparu ! Il fait place à un âne et une ânesse.

La tradition du bœuf dans nos crèches remonterait à Saint François d'Assise qui se serait inspiré du prophète Isaïe (1 : 3) : "Le boeuf connaît son possesseur et l'âne la crèche de son maître." (Osty) Il est étonnant d'imaginer un bœuf seul dans une étable éloignée de la ferme. Les Evangiles ne rapportent que la présence de bergers. On s'attend bien à trouver quelques moutons, mais pas un bœuf !

 

LUC 2: 6 Or donc, comme ils étaient là, furent révolus les jours où elle devait enfanter.

7 Et elle enfanta son fils, le premier-né, et elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie.

Naissance du Christ.

Je vis la lumière qui entourait Marie devenir de plus en plus éclatante ; la lueur des lampes allumées par Joseph s'était éclipsée. Vers minuit, la très sainte Vierge entra en extase, et je la vis élevée au-dessus de terre; elle avait alors les mains croisées sur la poitrine, et sa large robe flottait autour d'elle en plis onduleux. La splendeur qui l'environnait augmentait sans cesse. La voûte, les parois et le sol de la grotte, comme vivifiés par la lumière divine, semblaient éprouver une émotion joyeuse.

Mais bientôt la voûte disparut à mes yeux; un torrent de lumière, qui allait toujours croissant, se répandit de Marie jusqu'au plus haut des cieux. Au milieu d'un mouvement merveilleux de gloires célestes, je vis descendre des chœurs angéliques, qui, en s'approchant. se montrèrent sous une forme de plus en plus distincte. La sainte Vierge élevée en l'air dans son extase, abaissait ses regards sur son Dieu, adorant Celui dont elle était devenue la mère, et qui sous l'aspect d'un frêle entant nouveau-né, était couché sur la terre devant elle.

Je vis notre Sauveur comme un petit enfant lumineux, dont la splendeur effaçait toute lumière autour de lui, couché sur le tapis, aux pieds de la sainte Vierge; il me sembla d'abord qu'il était tout petit, puis il parut grandir sous mes yeux; mais toute cette splendeur m'éblouissait tellement, qu'il m'est bien difficile d'exprimer ce que j'ai vu.

La sainte Vierge toujours en extase, déposa un linge sur l'enfant, mais sans le toucher encore et le prendre dans ses bras. Ce ne fut que lorsqu'il se mut et pleura, que Marie, revenant à elle, le prit, l'enveloppa et le pressa sur son cœur. Puis elle s'assit, couvrit le Sauveur de son voile, et je crois qu'elle l'allaita. Je vis alors, tout autour d'elle, une foule d'anges, sous la forme humaine, se prosterner devant l'enfant et l'adorer.

 

 

 

[Naissance du Christ.]

Le petit feu sommeille ainsi que son gardien. Marie soulève doucement la tête, de sa couche, et regarde. Elle voit Joseph, la tête inclinée sur la poitrine, comme s'il réfléchissait, et elle pense que la fatigue a triomphé de sa bonne volonté de rester éveillé. Elle sourit, d'un bon sourire. Faisant moins de bruit que ne peut en faire un papillon qui se pose sur une rose, elle s'assied, puis s'agenouille. Elle prie avec un sourire radieux sur le visage. Elle prie, les bras étendus non pas précisément en croix, mais presque, les paumes dirigées vers le haut et en avant, et elle ne paraît pas fatiguée de cette pose pénible. Puis, elle se prosterne, le visage contre le foin, dans une prière encore plus profonde. Une prière prolongée [...]

Marie lève la tête comme pour un appel du ciel et elle s'agenouille de nouveau. Oh! comme c'est beau ici! Elle lève sa tête qui semble resplendir de la lumière blanche de la lune, et elle est transfigurée par un sourire qui n'est pas humain. Que voit-elle? Qu'entend-elle? Qu'éprouve-t-elle? Il n'y a qu'elle qui pourrait dire ce qu'elle vit, entendit, éprouva à l'heure fulgurante de sa Maternité. Je me rends seulement compte qu'autour d'elle la lumière croît, croît, croît. On dirait qu'elle descende du Ciel, qu'elle émane des pauvres choses qui l'environnent, qu'elle émane d'elle surtout. Son vêtement, d'azur foncé, a à présent la couleur d'un bleu d'une douceur céleste de myosotis, les mains et le visage semblent devenir azurés comme s'ils étaient sous le feu d'un immense et clair saphir. Cette couleur me rappelle, bien que plus légère, celle que je découvre dans la vision du saint Paradis et aussi celle de la vision de l'arrivée des Mages. Elle se diffuse surtout toujours plus sur les choses, les revêt, les purifie, leur communique sa splendeur.
La lumière se dégage toujours plus du corps de Marie, absorbe. celle de la lune, on dirait qu'elle attire en elle tout ce qui peut arriver du ciel. Désormais, c'est elle qui est la Dépositaire de la Lumière, celle qui doit donner cette Lumière au monde. Et cette radieuse, irrésistible, incommensurable, éternelle, divine Lumière qui va être donnée au monde, s'annonce avec une aube, une diane, un éveil de la lumière, un chœur d'atomes lumineux qui grandit, s'étale comme une marée qui monte, monte en immenses volutes d'encens, qui descend comme un torrent, qui se déploie comme un voile [...]
Et la lumière croît de plus en plus. L'œil ne peut la supporter. En elle, comme absorbée par un voile de lumière incandescente, disparaît la Vierge... et en émerge la Mère.
Oui, quand la lumière devient supportable pour mes yeux, je vois Marie avec son Fils nouveau-né dans ses bras. Un petit Bébé rose et grassouillet qui s'agite et se débat avec ses mains grosses comme un bouton de rose et des petits pieds qui iraient bien dans le cœur d'une rose; qui vagit d'une voix tremblotante exactement comme celle d'un petit agneau qui vient de naître, ouvrant la bouche, rouge comme une petite fraise de bois, montrant sa petite langue qui bat contre son palais couleur de rose; qui remue sa petite tête si blonde qu'on la croirait sans cheveux, une petite tête ronde que la Maman soutient dans le creux de l'une de ses mains pendant qu'elle regarde son Bébé et l'adore, pleurant et riant tout ensemble et qu'elle s'incline pour y déposer un baiser, non pas sur la tête innocente, mais sur le milieu de la poitrine sous lequel se trouve le petit cœur, qui bat, qui bat pour nous... là où un jour sera la blessure. Elle la panse d'avance, cette blessure, sa Maman, avec son pur baiser d'Immaculée [...]

Il s'était déjà écoulé une heure depuis la naissance de l'enfant, lorsque Marie appela joseph, qui priait encore le front dans la poussière. Il vint, et se prosterna, plein de, joie, de ferveur et de crainte. Ce ne fut que lorsque Marie l'eut invité à presser contre son cœur le don sacré de Dieu, qu'il se leva, prit l'enfant dans ses bras et rendit grâces au Ciel, les yeux baignés de larmes.

Alors la sainte Vierge emmaillota l'enfant Jésus. Elle n'avait apporté que quatre langes. Je vis ensuite Joseph et Marie s'asseoir par terre, l'un à côté de l'autre. Ils gardaient le silence et semblaient absorbés dans la contemplation. Devant eux était couché Jésus nouveau-né, emmailloté ainsi qu'un autre enfant, mais beau et brillant comme un éclair. " Ah ! me disais-je, ici est renfermé le salut de tout l'univers, et personne ne s'en doute ! "
Ils déposèrent ensuite l'enfant dans la crèche, garnie de mousse et de belles plantes, sur lesquelles était étendue une couverture; et tous deux restèrent là, chantant des hymnes de joie, les yeux baignés de larmes. Joseph transporta auprès de la crèche le siège et la couche de Marie. Je la vis, avant et après la naissance du Sauveur, sous un vêtement blanc dont elle était tout enveloppée. Elle était là, assise ou agenouillée, debout ou couchée, mais jamais malade, ni fatiguée.

 

 


 

Joseph aussi, qui comme extasié priait avec autant d'intensité qu'il s'était abstrait de tout ce qui l'entourait, se secoue et entre ses doigts dont il se couvre le visage, il voit filtrer la lumière étrange. Il découvre le visage, lève la tête, se retourne. Le bœuf debout, lui cache Marie, mais elle l'appelle: " Joseph, viens. "
Joseph accourt et devant le spectacle s'arrête comme foudroyé de révérence, il va tomber à genoux là où il se trouve. Mais Marie insiste: " Viens, Joseph. " Elle appuie la main gauche sur le foin et tenant de la main droite l'Enfant qu'Elle serre sur son cœur, elle se lève et se dirige vers Joseph qui marche hésitant, pris entre le désir d'avancer et la peur d'être irrespectueux.
Au pied de la couche les deux époux se rencontrent et se regardent en pleurant de bonheur.
" Viens " dit Marie " offrons Jésus au Père. "

Pendant que Joseph s'agenouille, elle, debout, entre les deux poutres qui soutiennent la voûte, élève sa Créature entre ses bras et dit: " Me voici. C'est pour Lui, ô Dieu, que je te dis cette parole. Me voici pour faire ta volonté. Et avec Lui, moi, Marie et Joseph mon époux. Voici tes serviteurs, Seigneur. Que soit accomplie par nous, à toute heure et en toute occasion, ta volonté pour ta gloire et ton amour. " Puis Marie se penche et dit: " Prends, Joseph " et Elle offre l'Enfant.
" Moi! A Moi! Oh! Non! Je ne suis pas digne! " Joseph est tout effrayé, anéanti à l'idée de devoir toucher Dieu. Mais Marie insiste en souriant: " Tu en es bien digne. Personne ne l'est plus que toi. C'est pour cela que Dieu t'a choisi. Prends le, Joseph, et tiens-le pendant que je cherche les langes. "
Joseph, rouge comme la pourpre, avance les bras et prend le petit bourgeon de chair qui crie parce qu'il a froid. Quand il l'a entre les bras, il ne persiste pas dans l'intention de le tenir par respect éloigné de lui. Il le serre contre son cœur et éclatant en sanglots: " Oh! Seigneur! Mon Dieu! " et il se penche pour baiser ses petits pieds et les sent glacés.
Alors, il s'assoit sur le sol, le serre sur son sein. Avec son habit marron, avec ses mains il s'ingénie à le couvrir, à le réchauffer, a le défendre contre la bise nocturne. Il voudrait bien aller du côté du feu, mais là il y a un courant d'air qui entre par la porte. Mieux vaut rester où il est. Il vaut mieux même aller entre les deux animaux qui les protégeront du courant d'air et donneront un peu de chaleur.
Il va se mettre entre le bœuf et l'âne avec les épaules tournées vers la porte, penché sur le Nouveau-né pour lui faire de sa poitrine une niche dont les parois sont une tête grise aux longues oreilles et un grand museau blanc aux naseaux fumants et aux bons yeux humides.
Marie a ouvert le coffre et en a tiré les linges et les langes. Elle est allée près du feu pour les réchauffer. La voilà qui va vers Joseph et enveloppe le Bébé dans les linges tiédis, puis elle protège la petite tête avec son voile. " Où allons-nous le mettre maintenant? " dit-elle.
Joseph regarde autour, réfléchit... " Attends " dit-il. " Poussons plus loin les deux animaux et leur foin. Tirons en bas le foin de la mangeoire qui est plus haut et mettons-le ici à l'intérieur. Le bord de cette mangeoire le protégera de l'air, le foin lui fera un oreiller et le bœuf par son souffle le réchauffera un peu. Mieux le bœuf. Il est plus patient, tranquille. " Et Joseph se met à l'ouvrage, pendant que Marie berce son Petit en le serrant sur son cœur et en appuyant sa joue sur la petite tête pour la réchauffer [...]

En ce qui concerne la naissance de Jésus, Maria est beaucoup plus prolifique qu'Anne Catherine. Son texte est plus littéraire alors qu'Anne Catherine a un style plus descriptif.
Si l'on excepte le bœuf et l'âne dans l'étable ou absent, les similitudes sont frappantes. La lumière, l'extase de Marie (phénomène fréquent chez les mystiques) ou l'humilité de Joseph.


Ici, point d'accouchement dans la douleur ; point de sang ou de cordon ombilical à couper. Est-ce par pudeur ? Maria comme Anne Catherine n'ont pas enfanté. Néanmoins, rien ne permet de dire qu'elles n'avaient pas déjà assisté à un accouchement dans leur famille (à des époques où l'on accouchait généralement à la maison).
Une explication possible est celle-ci : Marie, conçue sans péché (l'Immaculée Conception), mit au monde Jésus d'une façon exempte du péché annoncé par Dieu à Adam et Eve (Genèse 3 :16)

Faisons maintenant un saut dans le temps, après l'adoration des bergers, pour nous intéresser à la venue des mystérieux rois mages.

MATTHIEU 2: 1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages venus du Levant se présentèrent à Jérusalem,

2 en disant: " Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile au Levant et nous sommes venus nous prosterner devant lui. "

Départ des trois rois mages en Orient.

Théokéno habitait au delà du pays où Abraham avait d'abord vécu; les deux autres rois demeuraient dans le voisinage.
A l'aube du jour, le cortège de Théokéno rejoignit celui de Mensor et de Saïr, dans une ville ruinée; on y voyait encore de longues rangées de colonnes isolées. Au-dessus des portes formées par des tours carrées à moitié écroulées, on voyait de grandes et belles statues, qui, au lieu de la raideur des statues égyptiennes, avaient des attitudes pleines de grâce et de vie. Après s'être réunis, les trois cortèges quittèrent sur-le-champ cette ville, et continuèrent rapidement leur voyage. Un grand nombre de pauvres, attirés par leur libéralité, les suivirent.
Chacun des trois rois était accompagné de quatre parents ou amis, de telle sorte que le cortège se composait, y compris les rois, de quinze personnes de haut rang. De plus, on y comptait un grand nombre de chameliers et de domestiques. Je reconnus Éléazar qui fut plus tard martyr; il était du nombre des jeunes gens qui composaient le cortège, et dont l'agilité était remarquable; vêtus seulement depuis la ceinture, ils couraient et sautaient avec une adresse surprenante.
Le cortège était divisé en trois corps, dont chacun avait son chef ou roi. Chacun de ces corps différait par la couleur du teint. La tribu de Mensor était basanée; celle de Saïr brune, et celle de Théokéno jaunâtre. Les personnages de distinction étaient assis, un sceptre à la main, sur des chameaux, entre des paquets couverts de tapis. Les domestiques et les esclaves, mon lés sur de moindres bêtes de somme, les suivaient avec les bagages.Aux stations, les trois rois et les anciens étaient, chacun pour sa tribu, ce qu'est un père de famille pour sa maison. Ils partageaient et distribuaient la nourriture; ils remplissaient, eux-mêmes des coupes et donnaient à boire à tous. Les domestiques, parmi lesquels on remarquait des nègres, étaient assis par terre, et attendaient patiemment que leur tour vint d'être servis. Qu'elles étaient touchantes la simplicité et la douceur de ces bons rois ! Ils partageaient ce qu'ils avaient avec les pauvres accourus à leur suite. Ils leur présentaient même des vases d'or, et les faisaient boire comme de petits enfants.
L'étoile qui conduisait les rois me produisait l'effet d'un globe rond suspendu à un fil lumineux, conduit par une main invisible, et qui versait, comme par une bouche, sa lumière. Pendant la journée, je voyais les cortèges précédé d'un corps lumineux, dont l'éclat surpassait toute clarté […]

Arrivés à une ville dont le nom ressemblait à Causour, et qui se composait de tentes dressées sur des fondements en pierre, les cortèges s'arrêtèrent chez le roi du pays, qui habitait à peu de distance de là. Depuis leur réunion dans la cité en ruine, ils avaient fait environ soixante-trois lieues. Ils racontèrent au roi de Causour tout ce qu'ils avaient vu dans les étoiles […]

Je les ai entendus lui exposer l'origine de leur coutume d'observer les astres; voici ce que j'ai retenu:
Les ancêtres des trois rois descendaient de Job, qui avait habité près du Caucase, et possédé des terres, dans des contrées encore plus éloignées. Environ quinze cents ans avant Jésus-Christ, ils ne formaient qu'une seule tribu. Le prophète Balaam était de ce pays; un de ses disciples y avait répandu et expliqué sa prophétie : " Une étoile naîtra de Jacob. " Sa doctrine avait trouvé beaucoup de partisans; ils avaient élevé une grande tour, au sommet d'une montagne, et plusieurs savants astrologues y demeuraient alternativement.
J'ai vu cette tour, qui était très large à la base, et terminée en pointe. Toutes leurs observations astrologiques se conservaient par tradition. Elles furent interrompues à plusieurs reprises, par suite de divers événements. Plus tard, les hommes s'adonnèrent à la plus abominable idolâtrie, et sacrifièrent des enfants pour accélérer l'avènement de l'enfant promis. Environ cinq siècles avant la naissance de Jésus-Christ, ils avaient cessé de regarder le ciel. Alors leur race s'était divisée en trois tribus qui avaient pour chefs trois frères. Ces frères, qui vivaient séparés, ainsi que leurs tribus, avaient trois filles, gratifiées par Dieu du don de prophétie. Revêtues de longs manteaux, elles parcouraient le pays, et prédisaient qu'une étoile annoncerait l'enfant qui devait naître de Jacob. On se remit, en conséquence, à observer les astres, et le désir de l'avènement de l'enfant redevint très vif dans les trois tribus. Les trois rois descendaient en ligne directe de ces trois frères, qui en cinq cents ans avaient formé quinze générations. Ils différaient de teint, parce qu'ils se sont mêlés à diverses races.
Depuis cinq siècles, les ancêtres des trois rois n'avaient jamais discontinué de se réunir, à diverses époques, dans la tour, et d'y être attentifs au cours des astres. Tous les faits remarquables, surtout ceux qui se rapportaient à l'avènement du Messie, leur étaient annoncés par des constellations merveilleuses.
Depuis que Marie avait été conçue, c'est-à-dire depuis quinze ans, ces constellations indiquaient plus distinctement que la naissance de l'enfant était proche. Ils avaient même vu plusieurs signes qui présageaient la passion de Notre-Seigneur.
Ils pouvaient supputer le temps de l'apparition de l'étoile, qui, suivant la prophétie de Balaam, devait naître de Jacob; car ils avaient vu l'échelle de Jacob, et, d'après le nombre des échelons et la succession des images qui s'y montraient, ils pouvaient calculer l'approche du salut; l'échelle venait en effet aboutir à cette étoile, ou bien l'étoile était la dernière image qui s'y montrait. Au temps de la conception de Marie, ils avaient vu la vierge avec un sceptre et une balance portant sur ses plateaux du froment et des raisins. Plus tard la vierge leur apparut avec l'enfant. Ils virent ensuite Bethléem, sous la forme d'un château magnifique d'où se répandait une abondance de bénédictions, puis la Jérusalem céleste, séparée de Bethléem par un chemin lugubre, plein d'épines, de combats et de sang.
Ils interprétèrent ces visions au sens propre. Ils croyaient donc que le nouveau roi était né au milieu de cette magnificence, et que tous les peuples allaient se prosterner devant lui. C'est pourquoi ils allaient aussi lui porter des présents. Ils prenaient la Jérusalem céleste pour son royaume sur la terre, et c'était là qu'ils pensaient arriver. Ils supposaient que le chemin sombre figurait leur voyage, ou bien une guerre dont le roi était menacé. Ils ne savaient pas que c'était l'image du douloureux chemin de la croix […]

Le culte des astres exerçait une influence dangereuse sur les gens qui avaient de l'inclination au mal. Lors de leurs visions, ces derniers éprouvaient d'horribles convulsions, qui les égaraient jusqu'à leur faire sacrifier des enfants. Mais les gens de bien, comme les trois saints rois, virent ces choses sans trouble, avec une clarté pleine de douce émotion, et ils en devinrent meilleurs et plus pieux […]

 

REFLEXIONS SUR LA FOI DES MAGES

[…] Et ils se mettent en chemin depuis les Indes lointaines. Des chaînes mongoliques sur lesquelles planent seulement les aigles et les vautours, où Dieu leur parle avec le fracas des vents et des torrents et Il écrit des paroles mystérieuses sur les pages illimitées des neiges. Des terres où naît le Nil et d'où il s'avance, veine d'un verte d'azur jusqu'au cœur azuré de la Méditerranée, ni pics, ni forêts, ni sables, océans desséchés et plus dangereux que les océans marins n'arrêtent leur marche. Et l'étoile brille sur leurs nuits, les empêchant de dormir. Quand on cherche Dieu, les habitudes animales doivent céder à des impatiences et des nécessités surhumaines.

L'étoile les amène du nord, de l'orient et du midi, et par un miracle de Dieu elle s'avance pour eux trois vers un même point. De même, par un autre miracle, elle les rassemble après de si longs parcours en ce même point. Et par un autre miracle encore, leur fait, anticipation de la Sagesse de la Pentecôte, le don de comprendre et de se faire comprendre, comme au Paradis où on parle une seule langue: celle de Dieu.

[Déplaçons ici la présentation que fait l'un des mages à Marie lors de leur rencontre]

Le plus âgé des Sages parle au nom de tous. Il explique à Marie qu'ils ont vu, une nuit du mois de décembre précédent une nouvelle étoile qui s'est allumée dans le ciel avec une inhabituelle splendeur. Jamais les cartes célestes n'avaient porté cet astre ou ne l'avaient signalé. Son nom était inconnu. Elle n'avait pas de nom. Née du sein de Dieu, elle avait fleuri pour dire aux hommes une vérité bénie, un secret de Dieu. Mais les hommes n'en avaient pas fait cas, car leurs âmes étaient plongées dans la boue. Ils ne levaient pas leurs regards vers Dieu et ne savaient pas lire les paroles qu'Il trace - qu'Il en soit éternellement béni - avec les astres de feu sur la voûte des cieux.
Eux l'avaient vue et s'étaient efforcés de comprendre sa voix. Renonçant de bon cœur au peu de sommeil qu'ils accordaient à leurs membres, oubliant de manger, ils s'étaient plongés dans l'étude du Zodiaque.
Et les conjonctions des astres, le temps, la saison, les calculs des anciens temps et des combinaisons astronomiques leur avaient dit le nom et le secret de l'étoile. Son nom: " Messie". Son secret: " Etre le Messie venu au monde ". Et ils étaient partis pour l'adorer chacun à l'insu des autres. Traversant monts et déserts, vallées et fleuves, voyageant de nuit, ils étaient venus vers la Palestine car l'étoile allait dans cette direction. Et chacun, des trois points différents de la terre, s'en allait vers cette direction, et ils s'étaient trouvés ensuite ensemble au-delà de la Mer Morte. La volonté de Dieu les avait réunis là, et ensemble ils étaient allés de l'avant se comprenant, bien que chacun parlât sa langue propre, comprenant et pouvant parler les langues des pays traversés par un miracle de l'Eternel.
Ensemble ils étaient allés à Jérusalem parce que le Messie devait être le Roi de Jérusalem, le roi des Juifs. Mais l'étoile s'était cachée sur le ciel de cette ville. Ils avaient senti leurs cœurs se briser de douleur et s'étaient examinés pour savoir s'ils avaient démérité de Dieu. Mais s'étant rassurés la conscience, ils étaient allés trouver le roi Hérode pour lui demander dans quel palais était né le Roi des Juifs qu'ils étaient venus adorer. Le roi, ayant réuni les princes des prêtres et les scribes, leur avait demandé où pouvait naître le Messie et ils avaient répondu: " A Bethléem de Juda. "

 

 

 

 

Laissons de coté l'épisode de l'arrivée à Jérusalem et de leur entrevue avec le roi Hérode. Cette entrevue est d'ailleurs à peine suggérée par Maria qui résume seulement l'Evangile de Matthieu.

Sur l'origine des rois mages Maria ne dit que peu de choses. Leurs noms ne sont même pas dévoilés. Lorsque Maria suit la tradition, elle s'égare par rapport à l'Evangile. Matthieu écrit que les rois mages viennent "du Levant" or un des rois viendrait des sources du Nil ? Elles sont pourtant au sud-ouest de la Palestine !

Anne Catherine, par-contre, fidèle à l'Evangile, donne beaucoup d'informations nouvelles. Les noms des rois mages, leurs ancêtres, la prophétie de Balaam (Nombre 24:17)...(Note: Pour les distances exprimées en lieue, 1 lieue = environ 4 km "environ soixante-trois lieues" correspond donc à environ 252 km).

MATTHIEU 2: 9 Sur ces paroles du roi, ils s'en allèrent. Et voici que l'étoile qu'ils avaient vue au Levant les précédait, jusqu'à ce qu'elle vint se placer au-dessus de l'endroit où était l'enfant.

Adoration des Mages

L'étoile, qui brillait la nuit comme un globe de feu, présentait alors l'aspect qu'a la lune en plein jour; elle ne paraissait pas tout à fait ronde, mais dentelée; souvent elle était cachée par des nuages.
La grande route de Bethléem à Jérusalem fourmillait de voyageurs, avec des bagages et des ânes, soit qu'ils revinssent de Bethléem, après avoir payé l'impôt, soit qu'ils se rendissent au Temple ou au marché de Jérusalem.
Au contraire, le chemin de traverse qu'avaient pris les rois était solitaire. Dieu les conduisait sans doute par cette voie peu fréquentée, pour qu'ils pussent arriver à Bethléem vers le soir et sans bruit. Le soleil était près de se coucher, lorsqu'ils se remirent en marche, cheminant comme d'abord: Mensor le basané et le plus jeune, en avant, puis Saïr le brun; Théokéno le blanc, le plus âgé, fermait la marche.
Au crépuscule du soir, le cortège des rois arriva devant Bethléem, à ce même bâtiment où Marie et joseph s'étaient fait, inscrire. A la vue de ce cortège, des curieux, en assez grand nombre, se réunirent. L'étoile s'étant éclipsée, les rois ressentaient de l'inquiétude. Des hommes vinrent à eux pour les interroger. A peine eurent-ils mis pied à terre, que des employés s'avancèrent à leur rencontre, portant en main des rameaux et des rafraîchissements qu'ils leur offrirent. On souhaitait ainsi la bienvenue aux étrangers de haut rang. Je me dis alors à moi-même: "Ils sont bien plus polis avec ces rois qu'avec le pauvre saint Joseph, et cela, parce qu'ils ont distribué autour d'eux de petites pièces d'or. " On leur indiqua la vallée des Bergers comme un bon emplacement pour dresser leurs tentes.
Ils restèrent longtemps indécis. Ils ne firent point de questions sur le roi nouveau-né, n'ignorant pas le lieu désigné par la prophétie et craignant d'ailleurs, d'après les discours d'Hérode, d'attirer sur eux l'attention. Mais quand ils virent briller au firmament, du côté de Bethléem, un astre pareil à la lune à son lever, ils remontèrent sur leurs bêtes, puis, longeant un fossé et des murs écroulés, ils se dirigèrent vers l'orient en faisant le tour de Bethléem par le midi; ils s'approchèrent ainsi de la crèche, par le côté de la plaine où les anges étaient apparus aux bergers.
Arrivés dans la vallée qui s'étend derrière la grotte de la crèche, ils descendirent de leurs montures. Leurs gens déballèrent leurs effets, dressèrent une vaste tente, et disposèrent toutes choses, aidés de quelques bergers qui leur indiquèrent les endroits convenables.


 

56. ADORATION DES TROIS MAGES

Une étoile de grandeur inhabituelle, comme une petite lune, s'avance dans le ciel de Bethléem. Les autres semblent s'éclipser et lui donner passage, comme des suivantes au service de la reine, tant son éclat les surpasse et les fait disparaître. Du globe qui semble un énorme et clair saphir éclairé de l'intérieur par un soleil, part un sillage lumineux dans lequel, à la prédominance du clair saphir se fondent les blonds des topazes, les verts des émeraudes, la lueur opalescente des opales, les clartés sanguines des rubis et les doux scintillements des améthystes [...]

Avec la splendeur d'un plus vif éclat, l'étoile s'arrête au-dessus de la petite maison qui se trouve sur le côté étroit de la petite place. Ni ses habitants, ni ceux de Bethléem ne la voient parce qu'ils dorment dans les maisons fermées […]

De la rue principale s'avance un défilé: chevaux harnachés et d'autres conduits à la main, dromadaires et chameaux, les uns montés, les autres chargés. Le son des sabots fait un bruit d'eau qui ruisselle, en les heurtant, sur les pierres d'un torrent. Arrivés sur la place, tous s'arrêtent. Le défilé, sous le rayonnement de l'étoile, est d'une splendeur fantastique. Les ornements des très riches montures, les habits des cavaliers, les visages, les bagages, tout resplendit ravivant et unissant le propre éclat des métaux, des cuirs, des soies, des gemmes, des pelages, à la clarté de l'étoile. Les yeux rayonnent et les bouches sourient parce que une autre splendeur s'est allumée en leur cœur: celle d'une joie surnaturelle.
Pendant que les serviteurs se dirigent vers le caravansérail avec les animaux, trois personnages de la caravane descendent de leurs respectives montures qu'un serviteur conduit ailleurs et se dirigent à pied vers la maison. Là, ils se prosternent, front contre terre, baisant la poussière. Ce sont trois personnages puissants comme l'indiquent leurs très riches habits. L'un, de peau très foncée, à peine descendu d'un chameau s'enveloppe tout entier dans un magnifique vêtement de soie blanche. Son front est ceint d'un cercle de métal précieux et il a à la taille une riche ceinture d'où pendent un poignard ou une épée dont la garde est ornée de gemmes. Les deux autres, descendus de deux magnifiques chevaux, sont vêtus l'un d'une étoffe rayée très belle où domine la couleur jaune.
Cet habit est fait comme un long domino garni d'un capuchon et d'un cordon qui semblent faits tout d'une pièce en filigrane d'or tant ils sont ornés de broderie d'or. Le troisième porte une chemise de soie bouffante qui sort d'un large et long pantalon serré aux pieds. Il est enveloppé dans un châle très fin, véritable jardin fleuri tant sont vives les couleurs dont il est orné tout entier. Sur la tête un turban retenu par une chaînette ornée de chatons de diamants.
Après avoir vénéré la maison où réside le Sauveur, ils se relèvent et se rendent au caravansérail où les serviteurs ont frappé et fait ouvrir.

Ici s'arrête la vision.
Elle reprend trois heures plus tard avec la scène de l'adoration des Mages à Jésus.

Maintenant les visions diffèrent profondément. Anne Catherine place la venue des rois mages entre la circoncision de Jésus et sa présentation au Temple. Joseph et Marie sont toujours dans la grotte.

Maria, par-contre, a installé Joseph et Marie dans une maison du centre de Bethléem et place la venue des rois mages après la présentation de Jésus au Temple.

MATTHIEU 2: 10 A la vue de l'étoile, ils se réjouirent d'une très grande joie.

11 Et, entrés dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère et tombèrent, prosternés, devant lui. Et, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en dons de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Ces arrangements n'étaient pas encore terminés, lorsque les rois virent l'étoile apparaître, claire et brillante, au-dessus de la colline de la crèche; elle y répandait une profusion de lumière. Elle sembla s'incliner vers la grotte, et en même temps grossir de plus en plus. Ils la contemplèrent avec un profond étonnement; l'obscurité ne leur laissait apercevoir que les vagues contours de la colline. Tout à coup une joie immense envahit leur âme, car ils virent, dans la lumière, la figure resplendissante d'un enfant. Tous, la tête nue, lui rendirent leurs hommages; puis les trois rois se dirigèrent vers la colline, et découvrirent la porte de la grotte. Mensor y alla, l'ouvrit et vit la grotte toute pleine d'une lumière divine; la Vierge était assise au fond, avec l'enfant dans ses bras, telle qu'en leurs visions elle était apparue à ses compagnons et à lui.
Il revint aussitôt le dire aux deux autres rois. Au même instant, Joseph sortit de la grotte avec un vieux berger: ils lui déclarèrent en toute simplicité qu'ils venaient pour adorer le roi nouveau-né, dont ils avaient vu l'étoile, et pour lui offrir leurs présents. Joseph les salua avec respect et bienveillance.
Aussitôt ils se préparèrent pour leur auguste cérémonie. Ils mirent de grands et magnifiques manteaux blancs à longue queue, qui flottaient légèrement autour d'eux, et brillaient comme brille la soie écrue: c'était leur costume ordinaire dans les solennités religieuses. Des bourses et des boîtes d'or étaient suspendues à leurs ceintures. Chacun des rois était suivi de quatre personnes de sa famille; quelques .serviteurs de Mensor les accompagnaient, portant une petite table, un tapis à franges et plusieurs pièces d'étoffes légères.
Saint Joseph les conduisit d'abord sous l'auvent placé devant la grotte; là, après avoir étendu sur la table le tapis à franges, chacun des trois y déposa quelques boîtes en or et des vases du même métal: c'étaient les présents qu'ils offraient en commun. Mensor et tous les autres ôtèrent alors leurs sandales, et Joseph ouvrit la porte. Mensor était précédé de deux jeunes gens, tenant en main une pièce d'étoffe légère qu'ils étendirent sur le sol; après quoi ils se retirèrent en arrière. Deux autres le suivaient avec la table sur laquelle étaient les présents. Arrivé devant la sainte Vierge, il mit un genou en terre, et plaça humblement à ses pieds ces objets précieux. Les quatre hommes de sa famille étaient derrière lui, respectueusement inclinés. Pendant ce temps, Séïr et Théokéno, avec leur suite, se tenaient à l'écart, vers la porte.

Lorsqu'ils entrèrent, ils étaient comme ravis d'émotion et de ferveur, et éblouis par la lumière qui remplissait la grotte; et cependant il n'y avait là d'autre flambeau, que la Lumière du monde. Marie, appuyée sur un bras, et plutôt couchée qu'assise, se tenait à la gauche de l'enfant Jésus, qui reposait au lieu même où il était né, dans une auge, couverte d'un tapis et placée sur une estrade. Quand elle aperçut les mages, la sainte Vierge se redressa, sans se lever; elle mit son grand voile, et en enveloppa aussi l'enfant Jésus, qu'elle prit dans ses bras. Mensor s'agenouilla, et, déposant les présents devant lui, il fit hommage à l'enfant dans les termes les plus touchants, les mains croisées devant la poitrine et la tête inclinée. Pendant ce temps, Marie avait découvert le haut du corps de l'enfant, qui du milieu de l'espèce d'auréole que formait le voile, regardait avec un aimable sourire; elle soutenait sa petite tête de l'une de ses mains, et l'entourait de l'autre bras. Il tenait ses petites mains jointes devant sa poitrine, ou les tendait gracieusement devant lui.
Oh ! qu'ils étaient heureux de l'adorer, ces chers hommes de l'Orient ! En les voyant, je me disais à moi-même: " Leurs cœurs sont purs et sans tache, pleins de bonté et d'innocence comme des cœurs d'enfants pieux. Ils sont sans emportement, et pourtant pleins de feu et d'amour. Et moi je suis morte, je ne suis qu'un esprit; autrement je ne pourrais voir ces choses, car elles n'existent pas maintenant, et cependant maintenant elles existent. Mais cela n'existe pas dans le temps; en Dieu il n'y a pas de temps, en Dieu tout est présent ; je suis morte, je suis un esprit. " Pendant que j'avais ces étranges pensées, j'entendis une voix me dire: " Que t'importe ce que tu es ? Regarde, et loue le Seigneur, qui est éternel et en qui tout est éternel. "
Je vis alors Mensor tirer d'une bourse, suspendue à sa ceinture, une poignée de petits lingots d'un or pur, de la longueur du doigt, épais au milieu et pointus par les bouts: c'était son présent, qu'il plaça humblement sur les genoux de là sainte Vierge, à côté de l'enfant Jésus. Elle accepta l'or, en remerciant avec bonté, et le couvrit d'un pan de son manteau. Mensor donna ces lingots d'or pur, parce qu'il était plein de foi et d'amour, et qu'il cherchait la vérité avec un zèle persévérant et infatigable.
Ensuite il se retira avec ses quatre parents, et Séïr, le brun, s'approcha avec les siens. Il s'agenouilla avec une profonde humilité, et il présenta son offrande, qu'il accompagna de paroles touchantes.

C'était un encensoir d'or, plein de petits grains résineux de couleur verdâtre; il le plaça sur la table, devant l'enfant Jésus. I1 donna l'encens, parce qu'il était un homme soumis avec respect et de tout son cœur à la volonté de Dieu, qu'il servait avec zèle. Il resta longtemps agenouillé en prière, avant de se retirer.
Après lui vint Théokéno, le plus âgé des trois rois; déjà raidi par la vieillesse, il ne pouvait plier les genoux ; il se tint donc debout, mais le corps prosterné. Il plaça sur la table un vase d'or, surmonté d'une belle plante verte. C'était une myrrhe, arbuste à tige droite, couronné de jolies fleurs blanches, formant de petits bouquets frisés. I1 offrit la myrrhe, parce qu'elle est le symbole de la mortification et de la victoire sur les passions; car cet excellent homme avait vaincu de fortes tentations d'idolâtrie, de polygamie et de violence de caractère. Sa profonde émotion le retint si longtemps devant Jésus, que j'avais compassion des autres serviteurs, restés hors de la grotte et avides de voir l'enfant Jésus […]
La Mère de Dieu accepta leurs présents avec une humble reconnaissance. Elle resta d'abord silencieuse, et, sous son voile, un modeste frémissement exprimait sa touchante et pieuse émotion. Le petit corps nu de l'enfant se montrait brillant entre les plis de son manteau. Enfin Marie, écartant un peu son voile, adressa avec humilité et gratitude à chacun des rois quelques bienveillantes paroles […]
Combien Joseph et Marie sont bons! Ils ne gardent presque rien pour eux, et distribuent tout aux pauvres ! […]
Jamais je n'avais vu Marie et Joseph si heureux et si émus. Souvent des larmes de joie coulaient le long de leurs joues. Tant d'honneurs solennellement rendus à l'enfant Jésus, qu'ils étaient obligés de loger si pauvrement, et dont il leur fallait cacher la dignité suprême dans l'humilité de leurs cœurs, leur étaient une ineffable consolation.
Les tentes du cortège des rois étaient dressées tout le long de la vallée, derrière la grotte de la crèche, jusqu'à la grotte du tombeau de Maraha. Quand tous eurent quitté la crèche, les étoiles se montraient déjà. Ils se rassemblèrent alors en cercle, auprès du vieux térébinthe qui couronnait le tombeau de Maraha, et rendirent leur culte aux étoiles avec des chants solennels. On ne saurait exprimer combien étaient émouvants ces chants qui retentissaient dans la vallée silencieuse. Durant tant de siècles leurs ancêtres avaient regardé les étoiles, prié et chanté ! […]

Pendant que les rois, pleins de ferveur et de joie, offraient leurs présents et leurs hommages à Jésus dans sa crèche, je vis dans les environs de la grotte, quelques Juifs chargés d'espionner; ils murmuraient ensemble; ensuite ils allaient et venaient pour faire des rapports. Je pleurai amèrement sur ces malheureux […]

 

Voilà le jour. Un beau soleil resplendit dans un ciel d'après-midi. Un serviteur des trois mages traverse la place et monte le petit escalier de la maisonnette. Il rentre. Il sort. Il retourne à l'auberge.
Les trois Mages sortent, suivis chacun de son propre serviteur. Ils traversent la place. Les rares passants se retournent pour regarder les majestueux personnages qui passent très lentement avec solennité. Entre la venue du serviteur et celle des trois, il s'est passé un bon quart d'heure ce qui a donné aux habitants de la maisonnette le temps de se préparer à recevoir les hôtes.
Ceux-ci sont encore plus richement vêtus que le soir précédent. Les soies resplendissent, les gemmes brillent, un grand panache de plumes de grand prix parsemé d'écailles encore plus précieuses étincelle sur la tête de celui qui porte le turban.
L'un des serviteurs porte un coffre tout orné de marqueteries dont les garnitures métalliques sont en or buriné. Le second porte une coupe d'un travail très fin, couvert par un couvercle tout en or ciselé. Le troisième une sorte d'amphore large et basse, en or également, avec une fermeture en forme de pyramide qui à son sommet porte un brillant. Ces objets doivent être lourds, car les serviteurs ont peine à les porter, spécialement celui qui est chargé du coffre.
Les trois montent l'escalier et entrent. Ils pénètrent dans une pièce qui va de la route à l'arrière de la maison. On aperçoit le jardinet par derrière à travers une fenêtre ouverte au soleil. Des portes s'ouvrent dans les deux autres murs, d'où regardent les propriétaires de la maison: un homme, une femme et trois ou quatre enfants entre deux âges.
Marie est assise avec l'Enfant sur son sein et Joseph debout à côté. Mais elle se lève aussi et s'incline quand elle voit entrer les trois Mages. Elle est toute vêtue de blanc. Si belle dans son simple habit blanc qui la couvre de la base du cou aux pieds, des épaules aux poignets délicats, si belle avec la tête couronnée de tresses blondes, en son visage que l'émotion couvre d'un rose plus vif, en ses yeux qui sourient avec douceur, avec une bouche qui s'ouvre pour saluer: " Dieu soit avec vous. " Les trois Mages en restent un instant interdits. Puis ils s'avancent, se prosternent à ses pieds et la prient de s'asseoir.
Eux non, ils ne s'assoient pas malgré l'invitation de Marie. Ils restent à genoux appuyés sur leurs talons. En arrière et à genoux aussi, sont les trois serviteurs. Ils sont tout de suite derrière le seuil. Ils ont posé devant eux les trois objets qu'ils portaient et ils attendent.
Les trois Sages contemplent le Bébé. Il me paraît avoir de neuf mois à un an tant il est éveillé et robuste. Il repose sur le sein de sa Mère. Il sourit et jase avec une voix de petit oiseau. Il est tout vêtu de blanc, comme la Maman, avec des sandalettes minuscules aux pieds. Un petit vêtement très simple: une tunique d'où sortent les petits pieds remuants, les mains grassouillettes qui voudraient tout saisir, et surtout le très joli petit visage où brillent les yeux d'azur foncé, et la bouche qui fait des fossettes des deux côtés quand il rit et découvre ses premières petites dents. Les petites boucles de cheveux semblent une poussière d'or tant ils sont brillants et vaporeux
[...] Ils étaient venus vers Bethléem et l'étoile était réapparue à leurs yeux, avait quitté la Cité Sainte et le soir précédent avait augmenté de splendeurs. Le ciel était tout embrasé. Puis, l'étoile s'était arrêtée, rassemblant la lumière des autres étoiles en son rayonnement, au-dessus de cette maison. Ils avaient compris que c'était là que se trouvait le Divin Né. Maintenant ils l'adoraient, offrant leurs pauvres cadeaux et, par-dessus tout, leur cœur qui n'avait jamais cessé de bénir Dieu pour la grâce qu'Il leur avait accordée et d'aimer son Fils dont ils voyaient la sainte Humanité. Ensuite ils retourneraient rendre compte au roi Hérode parce que lui aussi désirait l'adorer.

" Voici à la fois, l'or qu'il convient à un roi de posséder, voici l'encens comme il convient à un Dieu, et voici, ô Mère, voici la myrrhe parce que ton Enfant Né, qui est Dieu, est aussi un Homme et dans sa chair et sa vie d'homme il connaîtra l'amertume et la loi inévitable de la mort. Notre amour voudrait ne pas les dire, ces paroles et penser que sa chair est éternelle comme son Esprit. Mais, ô Femme, si nos cartes. et surtout nos âmes ne se trompent pas, Lui, ton Fils est le Sauveur, le Christ de Dieu et pour ce motif il devra, pour sauver la terre, prendre sur Lui le mal de la terre dont un des châtiments est la mort. Cette résine est pour cette heure, pour que ses. chairs saintes ne connaissent pas la pourriture de la corruption et conservent leur intégrité jusqu'à la résurrection. Qu'à cause de ces dons, Lui se souvienne de nous et sauve ses serviteurs en leur donnant son Royaume. " Pour l'instant, pour en être sanctifiés, qu'elle, sa Mère, offre son petit Enfant à notre amour. Et en baisant ses pieds descende sur nous la bénédiction céleste. "
Marie, qui a surmonté l'effroi provoqué par les paroles des Sages et a caché sous un sourire la tristesse de la funèbre évocation, offre le Bébé. Elle le met sur les bras du plus ancien qui le baise et reçoit ses caresses, et puis le passe aux autres.
Jésus sourit et joue avec les chaînettes et les franges des trois. Il regarde avec curiosité l'écrin ouvert plein d'une matière jaune et brillante. Il rit en voyant que le soleil fait un arc-en-ciel en touchant le brillant du couvercle de la myrrhe.

 

 

 

MATTHIEU 2: 12 Et avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, c'est par un autre chemin qu'ils se retirèrent dans leur pays.

Adieux des rois à la sainte crèche.

Le soir, les rois se rendirent à la crèche pour prendre congé de la sainte famille. Mensor y alla seul d'abord. Marie lui mit l'enfant Jésus dans les bras: il était ravi de joie et pleurait. Après lui vinrent les deux autres rois, ils versèrent aussi des larmes. Cette dernière visite fut accompagnée de riches présents, tels que des pièces de diverses étoffes, de la soie écrue, des draps roux et de très belles couvertures. Ils laissèrent en outre leurs grands manteaux d'un jaune pâle, faits d'une laine extrêmement fine, et si légers, que le moindre souffle les agitait.
Au moment où ils se disposaient à quitter la grotte, la sainte Vierge était debout, tenant dans ses bras l'enfant Jésus sous son voile. Elle fit quelques pas pour reconduire les rois vers la porte ; là elle s'arrêta, et, pour donner un souvenir à ces excellents hommes, elle se dépouilla elle-même du grand voile d'étoffe jaune et légère, qui l'entourait et dont elle enveloppait aussi l'enfant Jésus; elle le présenta à Mensor. Ils reçurent ce don en s'inclinant profondément, et une joie respectueuse fit battre leurs cœurs, quand ils virent devant eux sans voile la sainte Vierge avec le petit Jésus. Quelles douces larmes ils répandirent au sortir de la grotte ! Ce voile fut dès lors leur plus sainte et plus précieuse relique […]
Quand les rois se retirèrent, il faisait nuit, et la lampe était déjà allumée dans la grotte. Ils se rendirent aussitôt, avec leur suite, sous le grand térébinthe qui surmontait le tombeau de Maraha, pour y accomplir, comme la veille, leur culte religieux. Lorsque les étoiles se furent levées, ils prièrent et chantèrent. Les voix des enfants faisaient un effet émouvant dans ce chœur mélodieux. Ils retournèrent ensuite à leur tente, où Joseph leur avait encore préparé un frugal repas, après lequel quelques-uns se rendirent à l'auberge de Bethléem, et d'autres se reposèrent sous la tente.
Vers minuit, comme les rois dormaient sur des tapis, je vis apparaître au milieu d'eux un jeune homme resplendissant: c'était un ange.
Il les éveilla et leur dit de partir sur-le-champ pour leur pays, de s'en aller en côtoyant la mer Morte, et d'éviter ainsi Jérusalem.
Ils se levèrent promptement et firent lever leur suite, puis l'un d'eux alla à la crèche prévenir Joseph. Celui-ci se hâta d'aller à Bethléem pour avertir ceux qui s'y trouvaient logés. Mais ils avaient été prévenus par la même apparition, et il les rencontra à mi-chemin. Tandis que les rois faisaient de nouveau les adieux les plus touchants à saint Joseph, devant la grotte de la crèche, leur suite partait déjà, en toute hâte, dans la direction du midi, par le chemin qui longeait la mer Morte et traversait le désert d'Engaddi.
Les rois sollicitèrent vivement la sainte famille de partir avec eux pour éviter le danger, qui sans aucun doute, la menaçait pareillement; ils ajoutèrent que Marie devait au moins se cacher avec l'enfant; ils craignaient qu'elle ne fût inquiétée à cause d'eux. Ils embrassèrent saint Joseph en lui disant adieu, et pleurèrent comme des enfants; puis il montèrent leurs dromadaires, légèrement chargés, et prirent d'un pas rapide la direction du désert. Je vis, auprès d'eux, dans la plaine, l'ange qui leur montrait le chemin. Bientôt ils disparurent.

 

[Adieux des rois à la sainte crèche.]

Puis les trois rendent le Bébé à sa Mère et se lèvent. Marie aussi se lève. Le plus jeune des Mages donne à son serviteur l'ordre de sortir, alors on s'incline de chaque côté. Les trois parlent encore un peu. Ils ne peuvent se décider à quitter cette maison. Des larmes d'émotion se voient dans tous les yeux. A la fin ils se dirigent vers la sortie, accompagnés de Marie et de Joseph.
Le Bébé a voulu descendre et donner sa petite main au plus ancien des trois. Il marche ainsi, une main dans la main de Marie, l'autre dans celle du Sage qui se penche pour le conduire.
Jésus a le pas encore incertain de l'enfant et rit en frappant du pied la bande lumineuse que fait le soleil sur le pavé.
Arrivés au seuil - il ne faut pas oublier que la pièce prenait toute la longueur de la maison - les trois personnages prennent congé en s'agenouillant une dernière fois et en baisant les pieds de Jésus
Marie, penchée sur le Bébé, prend sa petite main et la guide pour faire un geste de bénédiction sur la tête de chacun des Mages. C'est déjà un signe de croix tracé par les petits doigts de Jésus que guide Marie.
Puis les trois descendent l'escalier. La caravane est déjà là toute prête et qui attend. Les bossettes des chevaux resplendissent au soleil couchant. Les gens se sont rassemblés sur la petite place pour voir l'insolite spectacle.
Jésus rit en battant les petites mains. La Maman l'a soulevé et appuyé au large parapet qui borde le palier. Elle le tient, avec un bras sur sa poitrine pour l'empêcher de tomber. Joseph est descendu avec les trois et tient l'étrier à chacun d'eux pendant qu'ils montent à cheval ou à chameau.
Maintenant, serviteurs et maîtres, tout le monde est en selle. On donne le signal du départ. Les trois se courbent jusque sur le cou de leurs montures pour un ultime salut. Joseph s'incline. Marie aussi, et elle se met à guider la petite main de Jésus en un geste d'adieu et de bénédiction.

 

 

Nous terminons donc nos récits après l'adieu des rois mages à la Sainte Famille.
Maria s'écarte encore de la tradition qui place l'Epiphanie quelques jours après Noël. Elle voit Jésus comme un petit enfant qui marche " le pas encore incertain". Il s'est donc écoulé plusieurs mois: "de neuf mois à un an
". Par contre elle respecte cet Evangile à la lettre lorsqu'il faut décrire la venue des rois mages dans une " maison " pour honorer un " enfant ".

Maria escamote dans son récit l'avertissement de l'ange, la nuit, en songe, qui leurs demande d'éviter Jérusalem (Evangile de Matthieu). Elle ne fait durer la visite des mages que quelques heures. Ils repartent "au soleil couchant" au lieu de trouver un abri pour la nuit ? Ils ont fait un bien long voyage pour si peu de temps en compagnie de la Sainte Famille. Il n'y a même pas de repas pour les réunir.

Anne Catherine par contre laisse les rois mages deux nuits et un jour sur place. Un repas est organisé par Joseph. Leur rencontre se prolonge au delà d'un simple don de présents. L'avertissement de l'ange est décrit ainsi que le chemin du retour.

Une constatation évidente s'impose à la fin de ces récits. Ils sont profondément incohérents dans le déroulement des évènements et sont donc inconciliables.
Ne doutons pas de la bonne foi des deux visionnaires mais doutons de la pertinence de l'une des révélations reçues
.

Les incohérences les plus manifestes sont :
- la démarche liée au recensement présente dans l'Evangile et omise par Maria,
- la localisation de la grotte de la crèche, près de la vallée des bergers ou en ville,
- la présence ou l'absence du bœuf dans la grotte,
- les origines des rois mages,
- les observations des astres qui ont justifié leur voyage,
- l'époque et l'endroit où a lieu la visite des rois mages à l'enfant Jésus,
- les présents des rois mages.

Le récit de la Nativité de Maria Valtorta se lit un peu comme un roman. Les descriptions sont joliment écrites mais peu précises et pourraient facilement être imaginées. Impossible de les vérifier géographiquement ou historiquement. Elles sont aussi le plus souvent fidèles à un imaginaire collectif sans jamais nous surprendre ou nous révéler d'informations inédites. Le texte de Maria est néanmoins assez vivant grâce aux nombreux dialogues, plus rares chez Anne Catherine.

Cependant, malgré qu'elle prenne peu de risques dans ses descriptions de la Nativité, Maria se trompe parfois lorsqu'on se réfère aux Evangiles:
- Matthieu (2:1) écrit que les rois mages viennent "du Levant" or, pour Maria, les rois viendraient "du nord, de l'orient et du midi". Les "terres où naît le Nil" au sud-ouest de la Palestine ne sont pas "au Levant"!
- Maria oublie les démarches liées au recensement (Luc 2:2). Marie et Joseph ont fait ce long voyage pour satisfaire une démarche officielle : le recensement; pas pour s'établir à Bethléem plusieurs mois.
- Maria omet aussi la circoncision de Jésus 8 jours après sa naissance (Luc 2:21).
Cela fait beaucoup de divergences avec les Evangiles canoniques. De telles erreurs ou omissions ne se retrouvent pas dans le récit d'Anne Catherine.

Beaucoup de chrétiens connaissent et apprécient "L'EVANGILE TEL QU'IL M'A ETE REVELE" de Maria Valtorta. Qu'ils trouvent dans l'ensemble de l'œuvre un intérêt théologique pour l'éclairage de certains passages de l'Evangile et une source de bienfaits est à saluer. Néanmoins le récit de Maria sur la Nativité, malgré son style plus fluide et moderne, manque cruellement des descriptions géographiques, archéologiques ou historiques qui font la richesse des visions d'Anne Catherine. Tout bon romancier inspiré pourrait faire aussi bien !

Anne Catherine Emmerich, par-contre, innove dans ses VISIONS. Tout en restant fidèle aux Evangiles, elle illumine par de nombreuses révélations inattendues et détaillées cette Nativité. Tout est expliqué très précisément sans se faire toujours l'écho de traditions chrétiennes.

Par exemple :
- l'arrivée à Bethléem a lieu un vendredi, avant le début du sabbat,
- la naissance a lieu le lendemain soir,
- il n'y a pas de bœuf dans la grotte,
- Joseph connaît bien cette ville où il a passé son enfance (ville d'origine du roi David), il a des parents sur place,
- les rois mages sont nommés : Théokéno, Mensor et Saïr (et non pas Gaspard, Melchior et Balthazar !),
- l'origine des rois est précise : "Théokéno habitait au delà du pays où Abraham avait d'abord vécu; les deux autres rois demeuraient dans le voisinage" et "Les ancêtres des trois rois descendaient de Job, qui avait habité près du Caucase, et possédé des terres, dans des contrées encore plus éloignées. Environ quinze cents ans avant Jésus-Christ, ils ne formaient qu'une seule tribu. Le prophète Balaam était de ce pays". Ce pays est donc au-delà de la Chaldée (Golfe persique),
- les environs sont décrits précisément : une autre grotte, voisine de celle de la Nativité, "où avait été placé le tombeau de Mahara, nourrice d'Abraham", portait aussi le nom de "Grotte du Lait" et était surmontée d'un immense térébinthe déjà présent à l'époque d'Abraham...


Tout cela ne peut pas s'imaginer. Il y a trop de risques d'erreurs pour une paysanne illettrée du fin fond de la Westphalie. Anne Catherine décrit tout simplement ce qu'elle voit en ayant conscience de l'étrangeté du phénomène :

" Et moi je suis morte, je ne suis qu'un esprit; autrement je ne pourrais voir ces choses, car elles n'existent pas maintenant, et cependant maintenant elles existent. Mais cela n'existe pas dans le temps; en Dieu il n'y a pas de temps, en Dieu tout est présent ; je suis morte, je suis un esprit. "

Etre la plus grande mystique de tous les temps, ça ne s'improvise pas !

C'est d'ailleurs grâce à la précision de ses visions que la maison de la Vierge à Ephèse a été retrouvée.

"Bethléem, cette photographie a été prise du "champ des bergers"; on y trouve les ruines très étendues d'un immense monastère byzantin, dont les pierres d'un brun-jaune contrastent avec le reste du panorama." (Les hauts lieux de la Bible - Yoshikazu Shirakawa - France Loisirs)

"Le long du chemin qui conduisait de la grotte à la vallée des bergers, il y avait sur les collines de petites maisons, et dans la plaine des hangars surmontés de toits de roseaux. A l'occident de la grotte, la colline s'abaissait dans une vallée sans issue, remplie d'arbres, de buissons et de prairies arrosées par un ruisseau. Sur la pente orientale du vallon s'ouvrait une autre grotte où avait été placé le tombeau de Mahara, nourrice d'Abraham."
Anne Catherine cite à plusieurs reprises cette "vallée des bergers". Difficile d'être étonné lorsqu'on la voit sur cette photo (en haut, au centre, on aperçoit l'église de la Nativité.)

http://www.bethleem.custodia.org/default.asp?id=350

Chapelle de "la Grotte du Lait" à Bethléem.

Selon une tradition: "Averti par un ange du danger qui menaçait Jésus et de la nécessité de se réfugier en Egypte, S. Joseph se mit immédiatement à faire les préparatifs du voyage et pressa de partir la Vierge occupée à allaiter son enfant. Dans la précipitation, quelques gouttes de lait tombèrent sur le sol et, de rouge, la roche devint blanche."
"Le sanctuaire continue d’être l’objet d’une grande vénération et la croyance populaire ne s’est jamais éteinte: depuis seize siècle."
Anne Catherine témoigne de ce lieu sanctifié par la Vierge Marie et toujours vénéré à Bethléem.

 

Pour conclure dans une dernière comparaison factuelle, voici une analyse complémentaire. Dans sa description de la grotte de la Nativité, Anne Catherine Emmerich donne des précisions inouïes dans l'édition de VIE DE LA SAINTE VIERGE publiée en 1854 (Traduction de l'Abbé DE CAZALES) disponible sur le site de Roland Soyer http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/CatherineEm/Viedemarie/table.html
Le récit de Maria Valtorta est bien loin d'atteindre cette précision.

"Ils sortirent alors par le côté oriental de Bethléhem, suivant un sentier désert qui tournait à gauche. C'était un chemin semblable à celui que l'on suivrait en marchant le long des- murs écroulés, des fossés et des fortifications en ruine d'une petite ville. Le chemin montait d'abord un peu, puis il descendait la pente d'un monticule, et il les conduisit, à quelques minutes à l'est de Bethléhem, devant le lieu qu'ils cherchaient, près d'une colline ou d'un vieux rempart en avant duquel se trouvaient quelques arbres. C'étaient des arbres verts (des térébinthes ou des cèdres), et d'autres arbres qui avaient des petites feuilles comme celles du buis.
Nous voulons maintenant, autant que possible, décrire les alentours de la colline et la disposition intérieure de la grotte de la Crèche, d'après les indications données à plusieurs reprises par la sœur Emmerich, afin de n'avoir pas à interrompre plus tard la narration.

L. - Description de la grotte de la Crèche et de ses alentours.

A l'extrémité méridionale de la colline autour de laquelle tournait le chemin qui conduisait dans la vallée des bergers, se trouvait, indépendamment de plusieurs autres grottes ou caves creusées dans le roc, la grotte où Joseph chercha un abri pour la sainte Vierge. L'entrée, tournée au couchant, conduisait par un passage étroit à une espèce de chambre, arrondie d'un côté, triangulaire de l'autre, située dans la partie orientale de la colline. La grotte était creusée dans le roc par la nature ; seulement du côté du midi où passait le chemin qui conduisait à la vallée des bergers, on avait fait quelques réparations au moyen d'une maçonnerie grossière.
De ce côte ; qui regardait le midi, il y avait une autre entrée. Mais elle était ordinairement bouchée, et Joseph la rouvrit pour son usage. En sortant par là, on trouvait à main gauche une ouverture plus large qui conduisait à un caveau étroit, incommode, placé à une plus grande profondeur et allant jusque sous la grotte de la Crèche. L'entrée ordinaire de la grotte de la Crèche regardait le couchant. On pouvait voir de là les toits de quelques maisons de Bethléhem. Si en sortant par là on tournait à droite, on arrivait à l'entrée d'une grotte plus profonde et plus obscure, dans laquelle la sainte Vierge se cacha une fois.
Il y avait devant l'entrée du couchant un toit de jonc, appuyé sur des pieux, qui se prolongeait aussi au midi jusqu'au-dessus de l'entrée qui était de ce côté, en sorte qu'on pouvait être à l'ombre devant la grotte. A sa partie méridionale, la grotte avait dans le haut trois jours grillés par où venaient l'air et la lumière ; une ouverture semblable se trouvait dans la voûte du rocher. Elle était recouverte de gazon et formait l'extrémité de la hauteur sur laquelle Bethléhem était située.
L'intérieur de la grotte, suivant les descriptions données par la sœur à plusieurs reprises, était à peu près disposé comme il suit : du côté du couchant, on entrait par une porte de branches entrelacées dans un corridor de moyenne largeur, aboutissant à une chambre de forme irrégulière, moitié ronde, moitié triangulaire, laquelle s'étendait surtout du côté du midi, en sorte que le plan de la grotte entière pouvait être comparé à une tête reposant sur son cou.
Quand on passait, du corridor qui était moins élevé, dans là grotte creusée par la nature, on descendait sur un sol plus bas ; cependant le sol se relevait tout autour de la grotte, qui était entourée comme d'un banc de pierre de largeur variable. Les parois de la grotte, sans être tout à fait polies, étaient cependant assez unies et assez propres et avaient pour moi quelque chose d'agréable à voir. Au nord du corridor se trouvait l'entrée d'une grotte latérale plus petite. En passant devant cette entrée on arrivait à l'endroit où Joseph allumait le feu ; puis la paroi tournait au nord-est dans l'autre grotte plus spacieuse et plus élevée. Ce fut là que plus tard fut mis l'âne de Joseph. Derrière cette place était un recoin assez grand pour recevoir l'âne et où il y avait du fourrage.
C'était dans la partie orientale de cette grotte, en face de l'entrée, que se trouvait la sainte Vierge lorsque la lumière du monde sortit d'elle. Dans la partie qui s'étendait au midi se trouvait la crèche où l'on adora l'Enfant Jésus. La crèche n'était autre chose qu'une auge creusée dans la pierre qui servait pour faire boire les bestiaux. Au-dessus était une mangeoire évasée, formée d'un treillis en bois et élevée sur quatre pieds, de façon que les animaux pouvaient prendre commodément l'herbe ou le foin qu'on y avait placés, et n'avaient qu'à baisser la tête pour boire dans l'auge de pierre qui était au-dessous.
C'était en face de la crèche, au levant de cette partie de la grotte, qu'était assise 'a sainte Vierge avec l'Enfant-Jésus quand les trois rois mages offrirent leurs présents Si en partant de la crèche on tournait à l'ouest dans le corridor qui précédait la grotte, on passait devant l'entrée méridionale déjà mentionnée, et on arrivait à un endroit dont saint Joseph fit plus tard sa chambre en le séparant du reste avec des cloisons en clayonnage. Il y avait de ce côté un enfoncement où il déposait toute sorte de choses.
En dehors de la partie méridionale de la grotte passait le chemin qui menait à la vallée des bergers. Il y avait ça et là sur des collines de petites maisons, et dans la plaine quelques hangars avec des toits de roseaux portés sur des pieux. Au-devant de la grotte, la colline s'abaissait dans une vallée sans issue, fermée au nord et large d'environ un demi quart de lieue.
Il y avait la des buissons, des arbres et des jardins En traversant une belle prairie où coulait une source, et en passant sous des arbres rangs régulièrement, on arrivait au côté oriental de cette vallée, ou se trouvait, dans une colline faisant saillie, la grotte du tombeau de Maraha, nourrice d'Abraham. Cette grotte est appelée aussi grotte au Lait ; la sainte Vierge y séjourna avec l'Enfant-Jésus en diverses occasions. Au-dessous était un grand arbre dans lequel on avait pratiqué des sièges. On voyait mieux Bethléhem de cet endroit que de l'entrée de la grotte de la Crèche.

J'ai appris beaucoup de choses qui se sont passées anciennement dans la grotte de la Crèche. Je me souviens seulement que Seth, l'enfant de la promesse, y fut conçu et mis au monde par Eve, après une pénitence de sept ans.
C'est là qu'un ange lui dit que Dieu lui avait donné ce rejeton à la place d'Abel. Seth fut caché et nourri dans cette grotte et dans celle de Maraha, car ses frères en voulaient à sa vie, comme les enfants de Jacob à celle de Joseph. A une époque très reculée où les hommes habitaient dans des grottes, je les ai vus souvent faire des excavations dans la pierre pour qu'eux et leurs enfants pussent y dormir commodément sur des peaux de bêtes ou sur des lits de gazon. L'excavation pratiquée dans le rocher, sous la crèche, peut donc avoir servi de couche à Seth ou à des habitants postérieurs de la grotte. Je n'en ai pourtant pas la certitude.

Je me souviens aussi d'avoir vu, dans mes contemplations sur les années de la prédication de Jésus, que, le 6 octobre, le Seigneur, après son baptême, célébra le sabbat dans la grotte de la Crèche, dont les bergers avaient fait un oratoire."

 

Porte après porte, [Joseph] demande un abri.
Rien. Tout est occupé. Ils arrivent à l'auberge. Elle est pleine jusque sous les portiques rustiques, qui entourent la grande cour intérieure, de gens qui bivouaquent.
Joseph laisse Marie, sur l'âne à l'intérieur de la cour et il sort pour chercher dans d'autres maisons. Il revient découragé. Il n'y a rien. Le précoce crépuscule d'hiver commence à étendre ses voiles [...]

Ils sortent, ils suivent le mur de l'auberge. Ils tournent par une ruelle encastrée entre elle et de pauvres maisons. Ils contournent l'auberge. Ils cherchent. Voilà des espèces de grottes, de caves, dirai-je, plutôt que des écuries, tant elles sont basses et humides. Les plus belles sont déjà occupées. Joseph est accablé.
" Ohé! Galiléen! " lui crie par derrière un vieil homme. " Là au fond, sous ces ruines, il y a une tanière. Peut-être n'y a-t-il encore personne. "

Ils s'approchent de cette " tanière. " C'est vraiment une tanière. Parmi les décombres d'un bâtiment en ruines, il y a un refuge, au delà duquel se trouve une grotte, un trou dans la montagne plutôt qu'une grotte. On dirait que ce sont les fondations d'une ancienne construction auxquelles servent de toit les matériaux étayés par ces troncs d'arbre à peine équarris [...]

Marie met pied à terre et entre. Joseph a fixé la petite lampe à un clou dans l'un des troncs qui servent de pilier. On voit la voûte couverte de toiles d'araignées, le sol en terre battue et tout disloqué avec des trous, des cailloux, des détritus et des excréments et couvert de tiges de paille. Au fond, un bœuf se retourne et regarde avec ses grands yeux tranquilles pendant que du foin lui pend des lèvres.
Il y a un siège grossier et deux pierres dans un coin, près d'une fente. Le noir de ce recoin indique que c'est là qu'on fait du feu
[...]

De même quand Joseph le pousse plus loin pour enlever beaucoup de foin au râtelier et faire un lit pour Marie. Le râtelier est double: celui où mange le bœuf et par-dessus, une sorte d'étagère où se trouve une provision de foin. C'est celle-là que prend Joseph. Le bœuf laisse faire. Il fait aussi une place pour l'âne qui, fatigué et affamé, se met tout de suite à manger. Joseph découvre aussi un seau renversé tout cabossé. Il sort parce que dehors il y a un ruisseau et revient avec de l'eau pour l'âne. Puis il s'empare d'une botte formée de branches, déposée dans un coin et essaye de balayer le sol. Ensuite il étend du foin, en fait un lit, près du bœuf dans l'angle le plus sec et le plus abrité. [...]
Marie, assise sur un tabouret, fatiguée, regarde et sourit. C'est fini. Marie s'installe de son mieux sur le foin moelleux avec les épaules appuyées sur un tronc. Joseph complète... l'ameublement en étendant son manteau qui fait office de tente sur le trou qui sert d'entrée. Un abri très relatif.

 

 

Ce plan de Bethléem (par Karl Baedeker) datant de 1912 permet effectivement de situer l'Eglise de la Nativité à l'est de Bethléem, un peu à l'écart du centre-ville : "Ils sortirent alors par le côté oriental de Bethléhem, suivant un sentier désert qui tournait à gauche [...] Le chemin montait d'abord un peu, puis il descendait la pente d'un monticule, et il les conduisit, à quelques minutes à l'est de Bethléhem, devant le lieu qu'ils cherchaient, près d'une colline ou d'un vieux rempart."

 

La situation géographique de la grotte décrite par Anne Catherine Emmerich est exacte si l'on s'en réfère au plan alors que celle de Maria Valtorta semble plus au centre-ville de Bethléem près d'une auberge dans un endroit plus fréquenté.

Si en 1821, Clément Brentano aurait pu avoir connaissance de cette localisation et "aider" un peu le récit, il ne lui aurait pas été possible d'en décrire aussi précisément l'aspect du fait des constructions d'églises successives ayant profondément modifié l'environnement originel. Cette photo actuelle permet de voir que l'intérieur de la grotte ne ressemble plus à la description qu'en fait Anne Catherine Emmerich au moment de la naissance de Jésus-Christ.

http://www.bethleem.custodia.org/default.asp?id=331


 

AVERTISSEMENT: Ce comparatif objectif des deux récits sur la Nativité ne se veut pas une critique de l'œuvre complète de Maria Valtorta par rapport à celle d'Anne Catherine Emmerich. C'est à chacun de puiser dans les révélations proposées pour choisir l'œuvre la plus à même de l'inspirer.

 

 

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Thomas Wegener (1900)

" Et moi je suis morte, je ne suis qu'un esprit; autrement je ne pourrais voir ces choses, car elles n'existent pas maintenant, et cependant maintenant elles existent. Mais cela n'existe pas dans le temps; en Dieu il n'y a pas de temps, en Dieu tout est présent ; je suis morte, je suis un esprit. " (Anne Catherine Emmerich)

 

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